31 juillet 2008

Les vrais defis


En Tunisie, le "changement" continue, et la continuité ne change pas...La deuxième présidence à vie de notre République fête le non-changement sous l'emblème du "Défi". Et les défis sont effectivement nombreux à relever: passer d'une culture de l'allégeance à une culture des compétences, d'une communication de propagande à une information juste et véridique, d'une opposition administrée à une pluralité effective...


Notre vrai défi est de changer nos institutions sclérosées et ménopausées, de refondre une justice prostituée, et d'élever la qualité d'un système éducatif défiguré... Le défi est de mettre un terme à la corruption et l'impunité qui sévissent dans toutes les couches sociales, de lutter contre les inégalités, de relever le défi de l'emploi, surtout ceux des jeunes diplômés, et de sauvegarder le pouvoir d'achat du tunisien moyen, qui est sans cesse grignoté par la cherté de la vie...

Mais le plus grand défi pour notre État-parti sera peut-être d'accepter la critique, et d'admettre que la Tunisie, comme tous les autres pays, a un besoin urgent de réformes. Qui croit encore à la Tunisie de la sérénité et de la tolérance? Qui pense encore que le tunisien est aujourd'hui respecté dans tous ses droits? Je défie quiconque qui pourra aujourd'hui le prouver...

27 juillet 2008

Betta splendens


Le Betta Splendens est aussi appelé combattant du Siam ou simplement combattant. Ce nom de combattant vient du fait que si l'on met 2 mâles dans le même bac ils vont combattre jusqu'à la mort de l'un des deux.


Le betta splendens est originaire du sud est de l'Asie, Thaïlande, Cambodge et Malaisie. Les eaux y sont chaudes et peu profondes.

Ce poisson est très résistant, je l'ai acheté (à 10 euros) il y a 8 mois, et il est toujours resplendissant. Il est aussi très gourmand, si l'on dose pas sa nourriture, il peut manger sans s'arrêter. Il est aussi très excité, il saute sur tout ce qui bouge dans son environnement, si on lui pointe le doigt, il sautera pour le mordre. Il est très agréable à regarder avec les reflets et les battements de ses grandes nageoires. A conseiller pour les amateurs!

Youssef Chahine: R.I.P.

















La longue carrière de Youssef Chahine a été une lutte constante contre son milieu, qu'il voyait comme l'oppresseur des pauvres, contre le pouvoir, la censure dont il a souvent été la cible, il dénonçait la montée de l'extrémisme islamique et militait pour la tolérance. Autant de thèmes qu'il développait dans ses oeuvres.

Source.

26 juillet 2008

Une future tele islamique tunisienne?


Après Zeitouna FM, radio préférée des taxis, les tunisiens auront bientôt droit à une télé islamique, qui sera lancée par le même promoteur. La ligne éditoriale de cette télé sera la même que celle de la radio, à savoir la diffusion de "la culture islamique"...

Ainsi, il semblerait que la promotion de la religion soit devenue le nouveau créneau de rassemblement, ou plutôt de canalisation des foules en soif de foi. Cette télé, qui se veut "privée", sera lancée par un proche du pouvoir central, qui sera prochainement nommé représentant des jeunes à la direction du parti au pouvoir.

On est manifestement face à un encadrement de la sphère religieuse de la part du pouvoir , ce qui n'est pas un fait nouveau. Après la neutralisation de l'Islam contestataire, considéré pour longtemps comme un "Islam contre l'Etat", nous assistons depuis un an à la réhabilitation de la part du régime en place de la religion dans la scène politique officielle, peut-être pour monopoliser le champ religieux et mieux le contrôler, et aussi pour chercher une alternative à l'islam politique comme force d'opposition politique crédible. L'utilisation de créneaux de diffusion aussi populaires que la radio et la télévision confirme la voix choisie: celle de l'islam populaire et administré par le pouvoir en place.

Face à l'islamisation croissante de la société tunisienne ces dernières années, et le risque de voir cette popularité de l'islam récupérée par des forces d'opposition politique; et face au vide idéologique laissé par un parti qui est depuis trop longtemps au pouvoir, la riposte du pouvoir en place se dessine de plus en plus clairement: occuper l'espace vide. Ainsi, le parti vient de créer sa "filiale" à tendance islamique, pour mieux occuper le "marché"...

Au delà de la symbôlique politique de tels changements, on peut regretter que dans un espace audiovisuel, informationnel et culturel aussi pauvre que celui de la Tunisie, la religion prenne autant de place. Car au moment où le besoin de chaînes d'informations et de débats dignes de ce nom est le plus pressant, le tunisien se trouve contraint de choisir entre Mosaique FM ou Zeitouna FM, ou encore entre Hannibal TV ou, prochainement, Zeitouna TV...

24 juillet 2008

Lifting de la constitution tunisienne


Le scalpel est encore passé sur la (désormais défigurée?) constitution tunisienne pour y greffer les fameuses "dispositions exceptionnelles" et nécessaires à la taille de "fines" élections présidentielles pour l'année 2009.

"Sur les 189 députés que compte l'institution parlementaire, cinq représentants de l'opposition ont voté contre le projet."

Contrairement à sa consœur française dont la récente opération a failli échouer de peu, l'intervention s'est bien déroulée pour la tunisienne grâce au grand talent des meilleurs chirurgiens du pays. Une intervention qui s'est déroulée dans l'intimité la plus stricte de la proche famille, afin d'éviter paparazis et autres regards indiscrets...Même si elle était annoncée à l'avance, le choix de la période estivale n'est pas anodin, les tunisiens étant généralement occupés en cette période à croquer à pleines dents dans leurs pastèques ou à siroter leurs jus au bord des plages surpeuplées. Ainsi, cette transformation a pu se dérouler dans une totale (censure?) discrétion...

Grâce à cette intervention, on l'a débarrassé de l'excès de graisse qui la gênait, et on lui a donné un coup de jeunesse ce qui lui permet aujourd'hui de passer aux yeux des jeunes tunisiens de 18 ans -et malgré l'effet dévastateur du temps et du scalpel- pour une jeune et belle femme...

Cette opération était nécessaire pour la préparation et le bon déroulement des prochaines fiançailles, prévues pour durer du 30 Juillet au 2 Août prochain. A cette occasion, une autre heureuse nouvelle sera annoncée aux tunisiens...

23 juillet 2008

Le FMI nuit gravement à la santé!

Y a t-il une relation entre les prêts accordés par le FMI et l'épidémie de Tuberculose? A priori, la réponse à cette question serait non, mais une étude récente vient de démontrer le contraire: l'augmentation rapide des cas de d'infection dans les pays de l'Europe de l'Est serait fortement corrélée avec la réception de prêts du FMI!


L'étude avance que les conditions de prêts et les politiques d'ajustement exigées par le fonds ont poussé les gouvernements de ces pays à réduire leurs dépenses en santé pour obtenir ces prêts. Encore une preuve que le FMI, au lieu d'aider financièrement au développement des pays pauvres, renforce au contraire leur dépendance en leur imposant des politiques économiques favorables aux programmes commerciaux et idéologiques du FMI, et ce aux dépens des habitants des pays concernés. (Jubilee)

21 juillet 2008

L'actualité en images



Le récent échange entre Israël et le Hezbollah de prisonniers contre dépouilles a fait la une des quotidiens partout dans le monde. Ce fut aussi l'occasion de dresser un petit bilan...Source









Lors d'une conférence interreligieuse à Madrid, le souverain saoudien a accepté mercredi de serrer la main à des rabbins. C'était une première. Normalisation ou peur des méchants iraniens? Source.





Une carte des pires prisons au monde. Comme à son habitude, la Tunisie excelle dans ce genre de classements...Source.








Suite à la révélation de la manipulation des photos des derniers essais de missiles iraniens, une série de photos truquées circule sur internet, dont voici un exemplaire. Merci à Photoshop!









12% des américains pensent que Barack Obama est musulman: "The breakdown shows that 12 percent of Democrats, 12 percent of Republicans and 11 percent of Independents still hold that belief." Je me demande combien d'américains pensent qu'il est blanc?... Source.





19 juillet 2008

Grands projets en Tunisie: les doutes des Emiratis


Des interrogations demeurent sur les opportunités et les risques engendrés par les futurs grands projets immobiliers, financés à hauteur de 60 milliards de petro-dollars Emiratis (soit deux fois le PNB tunisien) pour les 20 prochaines années. Malgré l'attrait des chiffres annoncés ( 130 000 emplois à créer, 0.6% de points de croissance économique gagnés par an, etc.), et la fausse "adhésion inconditionnelle" de la part de la quasi-totalité des journalistes, les tunisiens demeurent dubitatifs sur la faisabilité de ces projets et sur les bienfaits escomptés...Et ils ne sont pas les seuls!

Car les Emiratis eux-même en doutent, apparamment, ce qui ne veut pas forcément dire qu'ils regrettent d'avoir investit en Tunisie. Dans un article qui repasse en vue les futurs projets Nord Africains, les journalistes émiratis s'interrogent sur la lenteur des démarrages des projets, soupçonnant des effets d'annonce. Ils se demandent aussi si ces projets ne sont pas trop ambitieux pour des économies et des infrastructures relativement "petites" et restreintes. Ils se demandent si l'industrie du bâtiment tunisienne, qui est formée de petites entreprises locales, possède l'expertise, les compétences et l'expérience nécessaires pour bâtir des tours à 40 étages; et si les capacités de production locales en matières première ne seront pas très vite dépassées par la demande croissante de ces projets cumulés. Faible potentiel de marché, concurrence régionale et corruption viennent compléter la liste des risques liés à ces projets:

Furthermore, there are fears that the first developments may suck the market dry. Eighty per cent of Tunisians already own homes and few can afford new million-dollar ones. While the assumption is that these developments will also be pitched to expats, Tunisia faces strong competition from the rest of North Africa, especially Morocco, which opened its property market much earlier and thus has more developed systems in place that reassure foreign buyers. (...) “In my opinion, investing $10bn or so in a new city in Tunisia doesn’t make any sense,” an European Diplomat said. “It seems that the only realistic figure is the percentage of the $10bn that certain people in the local government may expect in commission.”

Les tunisiens, eux, veulent du concret et attendent des effets à court terme, notamment sur les opportunités d'emplois promises. Des offres d'emploi commencent à circuler sur le net, et le doute ne fait qu'augmenter car ces offres s'adressent pour l'instant essentiellement à des cadres étrangers, comme ici ou . Quant à ces villas et appartements de luxe qui vont être construites, les tunisiens doutent de pouvoir y avoir accès, vu les prix chers qui seront probablement proposés.

Enfin, un autre article met en doute les capacités d'adaptation des deux parties, en soulignant la difficulté (et la pertinence?) de transposer les méthodes et le modèle dubaïotes aux pays du Maghreb:

Même s’ils y affectionnent les grands projets, les promoteurs dubaïotes sont extrêmement prudents lorsqu’ils avancent leurs pions dans les pays du Sud. Assistés d’une noria d’avocats, ils verrouillent l’aspect juridique. Et partent du principe que c’est aux autres de s’adapter à leur façon de travailler et à leurs conditions, et non l’inverse. Les Émiratis cultivent un tropisme anglo-saxon très marqué, une approche très business, hyperréactive, souvent informelle, qui est aux antipodes de la culture bureaucratique maghrébine, souvent normative et parfois tatillonne. D’où des frictions à l’origine de retards dans le lancement de certains projets.
Enfin, contrairement à une idée reçue, la plupart des développeurs ne disposent pas d’une trésorerie très importante. Ils n’en ont pas besoin : l’essentiel des appartements de standing et des villas de luxe, dans les émirats, est vendu sur plan, et le premier coup de pioche n’est donné qu’une fois que l’intégralité d’une tranche a trouvé acquéreur. Généralement, quelques mois suffisent à tout vendre : la population de Dubaï croît à un rythme de 8 % par an, et l’immobilier, malgré la crise des subprimes, qui a d’ailleurs peu affecté les pays du Golfe, reste un fantastique placement. Mais ce qui est vrai à Dubaï, à Abou Dhabi ou Qatar l’est-il forcément au Maghreb ? C’est toute la question…

17 juillet 2008

L'urbanisation de Dubai

Cliquer pour agrandir

En 35 ans, la côte de Dubai s'est complètement transformée, ces photos prises entre 1973 et 2006 peuvent en témoigner . Dans les années 70, le désert est partout. On peut remarquer que dès les années 90, des routes traversant le désert desservent déjà Dubai. La photo la plus récente témoigne des transformations subies en si peu de temps, avec ces appendices qui partent de la côte et qui sont des îles artificielles représentant des palmiers ou les 5 continents de la planète...Une autre manière d'exploiter la manne des pétrodollars...

Source

16 juillet 2008

Le lac Ichkeul


Ces deux photos satellite du lac du Parc National d'Ichkeul reflètent les changements du niveau de l'eau du lac et l'évolution de la végétation aquatique entre le 14 novembre 2001 et le 29 juillet 2005. La végétation apparaît en rouge, les surfaces légèrement recouvertes de végétation apparaissent en roux et le bleu représente l'eau.

Bien que le niveau du lac soit plus haut en 2005 qu'en 2001, une grande partie du lac apparaît rouge en raison de la présence de plantes aquatiques sauvages. Durant les dix dernières années, le parc national de l’Ichkeul a subi toutes sortes de pressions en raison de la succession de périodes de déficit pluviométrique, la construction de barrages (pour acheminer l'eau aux terres agricoles) sur certains oueds alimentant le parc en eau douce. La superficie des marais s’est réduite, la salinité des eaux a augmenté, les écosystèmes du parc se sont dégradés et le nombre d'oiseaux migrateurs hivernant sur le Lac a diminué. Les plantes d'eau douces ont été envahies par des plantes sauvages résistant à une forte salinité de l'eau.

Selon l'UNESCO, le gouvernement tunisien a entrepris des mesures pour conserver l'eau douce et réduire sa salinité, mais l'Union de Conservation Mondiale a affirmé que la salinité a atteint des niveaux très élevés et qu'un retour à l'équilibre serait très difficile. Le lac a toutefois été retiré de la liste du patrimoine mondial en péril en Juillet 2006.

Le Ministère de l'Environnement et du Développement Durable ne renseigne pas sur l'état actuel du site, le dernier rapport mis en ligne date de 2006. Alors, ma question s'adresse à Mr Labib: que devient le lac Ichkeul?

15 juillet 2008

Précarité de l'emploi dans les centres d'appel européens en Tunisie

Dans un article bien informé du magazine tunisien Réalités, quelques jeunes diplômés en médecine ou en finance témoignent de leurs conditions de travail en tant que téléopérateurs pour des entreprises européennes implantées en Tunisie:

Au début, c’était amusant de vivre huit heures par jour dans la peau d'un voyant, mais avec le temps on se rend compte qu'on ne fait qu'escroquer les gens, surtout que la société fait signer à chaque téléopérateur recruté un engagement de ne jamais divulguer ses activités. Karima, alias Solène, maîtrise en Gestion, option finance à l'IHEC.

Avec les pourcentages sur les heures de communication et des primes motivantes on peut percevoir jusqu’à 600 dinars par mois. Nadia, alias Aline, diplôme en Médecine.

Les conditions de travail sont de plus en plus dégradées. Nous subissons un flicage incessant et une multiplication des écoutes sauvages. Moez, alias Jérôme.

Pour aller aux toilettes, je dois lever le doigt et attendre l’autorisation de mon superviseur. S’il y a beaucoup d’appels en attente, on n’est pas autorisé à y aller. Karima, diplôme en Biologie.

Il y a quelques semaines, mon chef est venu frapper à la porte des toilettes pour me presser de sortir en raison d’un nombre important de clients en attente. Une téléopératrice anonyme.

Après quelques mois de travail, tous les télé-opérateurs se rendent compte que leur tâches sont dévalorisantes pour un diplômé en médecine ou un ingénieur en informatique. Zoubeïr, alias Pierre.

La Tunisie occupe la deuxième place après le Maroc sur le marché des centres d’appels off shore avec plus de 140 centres d’appels, français pour la plupart. le secteur emploie au moins 7.000 jeunes Tunisiens, essentiellement des diplômés de l’Enseignement supérieur, selon l’Agence de promotion des investissements extérieurs (FIPA).



Salaire annuel d'un ingénieur informatique débutant en 1000 euros


Le développement des
télécommunications, des infrastructures modernes, le faible coût de la main-d’œuvre et la place de la langue française sont autant d’atouts favorables à l’implantation de centres d’appels. Ajoutez à cela un cadre légal et réglementaire très favorable, au point de permettre aux centres d'appels qui s'implantent en Tunisie de réaliser 20% de gains en coûts d'exploitation par rapport au Maroc et à la Roumanie,(pays pourtant réputés pour leurs bas coûts du travail...), selon une étude d'Enst&Young en 2007. Pour une entreprise comme La Société Tunisienne de Télémarketing, filiale d'un groupe français, qui réalise 20 millions d'euros de chiffres d'affaire par an, les gains doivent être substantiels...et qui sont pourtant non imposés!

Car ces entreprises, qui certes créent de l'emploi, coûtent aussi très cher à l'état tunisien, et à tous les tunisiens d'ailleurs: elles ne paient pas d'impôts sur les bénéfices (puisqu'elles sont exportatrices, et qu'elles paient leurs impôrts en France, accord de non double imposition oblige...), elles ne passent pas par la douane tunisienne pour importer leurs équipements, elles ne paient pas de TVA sur leurs acquisitions locales, elles ne cotisent pas à la sécurité sociale (c'est le gentil état tunisien qui le fait à sa place...), elles ne paient pas la totalité des salaires des cadres recrutés (l'état prend en charge une partie des salaire, jusqu'à 250 dinars sur 400 dinars de salaire moyen...), etc. C'est à se demander sérieusement si ça ne coûterait pas moins cher à la Tunisie de prendre en charge le coût du chômage des 7000 employés du secteur...

Certains diraient que les conditions de travail dans ces centres d'appel ne diffèrent pas beaucoup de celles qui prévalent dans l'entreprise tunisienne. Sauf que ces entreprises jouissent de suffisamment d'avantages et de moyens pour guarantir des conditions de travail décentes. Se permetteraient-elles du moins de traiter leurs employés de la sorte, si elles étaient en Europe? Non, car la force de la loi européènne ne le leur permetterait pas. Elles auraient été contraintes d'alléger la charge du travail des employés en recrutant davantage. Elles auraient peut-être et aussi été accusées d'harcèlement d'employés "en pause pipi", et obligées de prendre en charge les frais de psy de ses téléopérateurs égarés...

Ce qui m'amène à parler de l'Union pour la Méditérannée, fêtée en grandes pompes ce week-end en France, et de douter du deal "gagnant-gagnant" promis par Mr Sarkozy. Si cette union signifie le bradage des richesses et des compétences du Sud au profit du Nord, et tant que les lois, les conditions de vie et de travail, les droits et les libertés n'auront pas les mêmes poids et les mêmes consistances des deux côtés de la mer, quel sens aura cette union?

13 juillet 2008

Cap vers l'Algérie


Selon deux sources algériennes (ici et ici) :

21 familles tunisiennes de la localité frontalière Henchi El-Houch, relevant du gouvernorat de Djendouba, ont fui leur localité pour rejoindre le territoire algérien, au niveau de la commune de Bougous, dans la wilaya d’El-Tarf dans l’est de l’Algérie. En deux vagues, elles ont rejoint le territoire algérien avec leurs enfants. Les premières, treize familles, dans la nuit de jeudi à vendredi, et 08 autres dans la nuit de vendredi à samedi. Selon des informations recueillies auprès d’habitants de Bougous, ces familles auraient fui la mal-vie et les conditions de précarité dans lesquelles elles évoluent en Tunisie.

C'est la deuxième fois cette année que des tunisiens se réfugient en Algérie. L'herbe serait-elle plus verte de l'autre côté de la frontière?
Les mouvements de migration entre la Tunisie et l'Algérie deviennent de plus en plus curieux: les algériens vienennt en nombre dépenser leur argent dans les stations touristiques tunisiennes. En échange, la Tunisie leur confie ses pauvres...

Bourguiba: "Les habitudes, c'est dur à changer"


Dans un excellent reportage qui dresse un portrait nuancé de la vie des femmes tunisiennes en 1967, entre tradition et émancipation, le président Bourguiba donne un témoignage où il explique les raisons de son engagement pour cette cause:

"On est très sensible par le spectacle de l'injustice, de l'inégalité et des humiliations. C'est d'ailleurs ce qui m'a poussé dans ma carrière de combattant pour la liberté de mon pays.

Mais je me suis aperçu que, au-dessous, pour ainsi dire, dans une espèce d'étage inférieur de la société tunisienne; au côté des hommes qui étaient victimes du régime colonial, il y avait des femmes qui étaient victimes, au second degré, d'une situation épouvantable qui provient de vielles habitudes, de traditions, ayant un caractère sacré, un aspect religieux, qui a fait que les femmes elles-mêmes se résignaient, étaient résignées à leur sort.

Comment se fait-il que j'ai pu voir de si près cette situation? C'est parce que, étant le plus jeune de la famille, le plus jeune de mes frères, j'étais un peu complexé, je n'étais pas souvent avec les hommes parce que j'étais jeune. Alors, les jeunes, les gosses...bah les gosses sont à la maison, ils sont surtout avec les femmes, dans la cuisine, ils servent, ils rendent service.

Ce contact prolongé avec les femmes, ma mère, ma grand-mère, mes sœurs, les femmes...m'a montré à quel point elles étaient dans une position pénible. Je vous assure que ça m'a beaucoup touché.

Mais seulement, ayant grandi, je me suis rendu compte de la gravité de ce problème. (...) Il s'agit de s'attaquer à des mentalités, à des habitudes. Ce n'est pas une question de pauvreté, c'est une question de traditions, de mœurs, d'habitudes...Et les habitudes, c'est dur à enlever..."

Aujourd'hui, ces derniers mots sonnent comme une prédiction...

40 ans après que la femme tunisienne n'ait ôté son Sefsari (Voile tunisien traditionnel), nous la voyons qui se remet au voile. Seulement, si la tunisienne des années 60 s'est séparée de son voile, parfois même sans l'approbation de son mari, de son père ou de son frère, c'était pour affirmer son émancipation du statut d'être inférieur, qui était là juste pour servir son mari et son foyer, à celui de femme qui s'éduque, qui travaille et qui subvient aux besoins du foyer, au même titre que l'homme.

Aujourd'hui, la femme tunisienne, souvent avec l'approbation- ou la pression de son mari, de son père, de son frère, remet son voile pour rechercher une identité, par sentiment d'appartenance, ou pour éprouver sa foi. Elle est aussi de plus en plus éduquée et active. Le président Bourguiba ne croyait alors pas si bien dire quand il affirmait que les habitudes seraient dures à enlever...

Si Bourguiba avait réussi à l'époque à convaincre les tunisiennes de se dévoiler, c'était en arrivant à se substituer au Chef de famille dans chaque foyer tunisien, et en imposant sa vision avec le protectionnisme et le paternalisme qui le caractérisaient.

21 ans après la mort politique de Bourguiba, ses idées et sa vision semblent lointaines et oubliées. Elles n'ont pu résister au temps, à la conjoncture internationale, au regain de religiosité généralisé dans le monde arabo-musulman, ni à la crise identitaire que vit chaque tunisien...

Ce retour aux traditions doit-t-il être considéré comme le résultat d'un recentrage de la mentalité et des convictions de la société tunisienne, qui auraient été bousculées un peu trop vite par le volontarisme Bourguibien? Ou doit-il au contraire être considéré comme un retour en arrière et un recul sur des acquis bien précieux? Ce qui est certain aujourd'hui, c'est que certaines mentalités sont plus longues à changer...que les articles de loi!

11 juillet 2008

Actualite arabe: du sexe sur les plages de Dubai et de la lutte contre la calvitie au Yemen

Pour vous donner une petite idée sur le type d'informations qui intéressent le plus le lectorat arabe, voici l'information qui a eu le plus de succès cette semaine:


"Une femme d'affaire britannique est jugée pour avoir eu des relations sexuelles sur une plage de Dubai".
C'est l'article qui a été le plus lu, commenté, envoyé et imprimé...

La règle suprême se confirme donc: le sexe fait vendre, et plus l'information est futile et stupide, plus elle attire l'attention.
La "femelle" d'affaire britannique, devenue star médiatique malgré elle, s'est vite fait éjectée en fin de semaine par une nouvelle information encore plus sordide:

لعلاج تساقط الشعر وأمراض أخرى جدل ديني وعلمي حول إقبال اليمنيات على العلاج ببول الإبل
"Pour soigner la calvitie et d'autre maladies: débat religieux et scientifique sur l'utilisation de la pisse de chameau"


C'est ce qu'on appelle de l'information de qualité!
Qui a dit que le débat n'existait pas dans le monde arabe?
Merci à Al Arabiya de contribuer autant à l'éveil des consciences!

Source: Al Arabiya

10 juillet 2008

BTS et micro-entreprises en Tunisie


Il semble que l’on ait trouvé LA solution pour résorber le chômage des diplômés en Tunisie: le financement des micro-entreprises. Depuis un certain temps, les journalistes nous bombardent continuellement en chiffres pour témoigner de l’accroissement du nombre de projets financés et de la facilitation des modalités d’octroi de crédit.

Ainsi, la Banque Tunisienne de Solidarité (qui devrait au passage supprimer son site mauve et le refaire de nouveau tellement il est mal construit et mal informé) annonce pas moins de 6.272 projets approuvés rien que pour le premier semestre de 2008, soit un peu plus que l’ensemble des projets financés en 2006 (6152 projets) et près de 60% de l’ensemble des projets financés en 2007 (10 282 projets). L’augmentation est considérable.

Avec l’augmentation des financements, on nous annonce aussi la constitution d’une charte de financement des PME, sensée simplifier les procédures et faciliter l’obtention du financement, avec en particulier une mesure (surréaliste ?) de réduction du délai de financement à 20 jours. Mieux encore, si le jeune diplômé est à court d’idées, il a à sa disposition une banque de 1000 idées…Que demander de plus ?

A priori, toutes ces mesures ne peuvent être que bénéfiques. Aider le plus grand nombre de jeunes à créer leurs propres emplois, à défaut d’en trouver un sur le marché est une bonne alternative. Tout cela serait parfait, si la pérennité des emplois créés est assurée. Mais les difficultés rencontrées par les promoteurs des projets sont nombreuses.

Selon L'Étude d'évaluation des mécanismes de financement de la micro-entreprise, qui a été réalisée par une équipe du ministère de l’emploi et de l’insertion professionnelle des jeunes avec le concours de la Banque tunisienne de solidarité (BTS), et avec l’appui technique de la Banque mondiale :

La majorité des enquêtés, soit 85 %, a eu des difficultés depuis la création ou l’extension des projets. Les difficultés les plus fréquentes se rapportent essentiellement :

Aux fonds de roulement : Parmi les 14.000 projets en activité au moment de l’enquête, et pour près de 6.200 promoteurs, la difficulté la plus mentionnée est celle relative à l’insuffisance des fonds de roulement.

À la concurrence : Elle est plus intense dans les régions les plus urbanisées où les activités similaires à celles financées par la BTS sont suffisamment développées.

Au manque de clients : Près de 4.800 promoteurs des projets fermés, soit 55 % du total, avaient cité en premier lieu cette difficulté.

Au loyer élevé.

Aux prix des matières premières.

Le rapport conclue que les projets initiés restent marqués par le faible volume d’investissements, par leur caractère souvent répétitif et peu innovateurs. Il faudrait selon les auteurs un meilleur ciblage des promoteursn favorisant ceux possédant une qualification et des antécédents professionnels.

L’augmentation du nombre des financements depuis le début de l’année 2008 est certes une bonne initiative. Mais ne faudrait-il pas remédier à ces difficultés avant d’augmenter le nombre de projets financés? Ou sommes-nous encore face au dysfonctionnement classique : la quantité avant la qualité et il n’y a que les chiffres qui comptent, comme c’est le cas pour l’éducation ! ??

Car à moins d’allouer à la BTS beaucoup plus de fonds, l’accroissement rapide du nombre de financements pourrait passer par le rétrécissement des crédits alloués à chaque projet. Résultat : des projets sous-capitalisés et le problème du fonds de roulement qui subsiste.

Le secteur d’activité du projet est selon l’étude un autre facteur déterminant dans la survie des projets. Or le critère « secteur d’activité » ne semble pas beaucoup peser sur les décisions de financements. En témoigne la modeste qualité (et forte concentration) du portefeuille d’activités financées par la BTS :

Sept activités parmi toutes celles qui ont été financées par la banque, accaparent 60 % des concours de financement. Il s’agit en l’occurrence des activités d’élevage de vaches laitières, du textile (habillement), de la coiffure, de la menuiserie, du commerce, du bâtiment, des travaux de maintenance et de réparation. Ces activités ont de faibles taux de remboursement se situant en dessous de 40 %. Source

Il faut cependant relativiser ce bilan mitigé : selon l’étude, le taux de survie des nouveaux projets est de 60%, ce qui se rapproche du taux moyen de survie des PME. Le risque est que la BTS se transforme en une véritable usine à crédits en privilégiant le nombre de projets financés à leur qualité, et au risque de voir le taux de survie de ces entreprises chuter...

08 juillet 2008

Obscénité de la politique étasunienne

Une question bête: quels seraient les besoins urgents des centaines de milliers d’enfants irakiens gravement mal nourris, et dont la majorité souffre de troubles physiques et mentaux liés aux effets directs et dévastateurs de 5 ans de guerre?

Réponse logique: des ressources alimentaires de base, des médicaments, des prothèses pour ceux qui ont perdu un membre, du soutien psychologique pour ceux qui ont perdu parents et patrie, le rapatriement des 25 000 enfants réfugiés au Liban, une eau potable pour les nourrissons fragiles, etc.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les forces d’occupation en Irak ont toute une autre vision des besoins urgents des enfants irakiens. Ils pensent en effet que Bagdad manque avant tout de « divertissements». Et pour remédier à ce manque vital, les américains ont une solution, qui peut se révéler aussi efficace que leur tentative de « démocratisation » de l’Irak: installer un parc de divertissement « Disney Land » tout prêt de la zone verte de Bagdad!

Appuyé par le Pentagone, une société inconnue et anonyme de la ville de Los Angeles « C3, » une société de financement par capitaux propres, servira à développer le projet du « Bagdad Zoo and Entertainment Experience. » Le parc sera conçu par la société Ride and Show Engineering (RSE).

Grâce au monde magique et féérique de Disney, la « reconstruction démocratique » du pays sera ainsi accompagnée d’une « reconstruction culturelle » de la société irakienne. Selon Michel Chossudovsky*, professeur d'économie à l'Université d'Ottawa au Canada :

La mort, la destruction et la torture qui sont la réalité quotidienne de l'Irak seront remplacées par un « un monde de rêve Made in USA. ». (…) Ce projet constitue une forme abjecte de propagande de guerre. Il consiste à dissimuler l'ampleur des crimes de guerre commis à l'encontre du peuple irakien au nom d'un illusoire « rêve américain. ». (…) Un tel projet est destiné à inculquer les valeurs américaines et à détruire l'identité irakienne.

Questions subsidiaires :

1/ Pourquoi faire payer les enfants irakiens pour aller voir « le tunnel de l’épouvante », une des attractions célèbres des parcs Disney, alors que l’horreur s’offre à eux, et cela gratuitement, partout dans le pays ?

2/ Quel nom choisira-t-on à cette arme de divertissement massif : Abou Ghraib Disney Land peut-être ?


*Michel Chossudovsky est l'auteur du best-seller international The Globalization of Poverty (titre français: "La mondialisation de la pauvreté», éd. Écosociété) qui a été publié en 11 langues. Il est professeur d'économie à l'Université d'Ottawa, Canada, et directeur du Centre de recherche sur la mondialisation. Il collabore également à l'Encyclopaedia Britannica. Son dernier ouvrage est intitulé America`s War on terrorism, 2005. Il est l'auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre, éditions Écosociété et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial .

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