Affichage des articles dont le libellé est Video. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Video. Afficher tous les articles

29 janvier 2012

Tunisie : les difficultés du gouvernement Jebali




Évoquant la situation délicate que traverse le pays sur les plans économique social et sécuritaire, le premier ministre tunisien, interviewé par une journaliste à Davos, avoue sa difficulté à gouverner le pays dans les conditions actuelles. Le jour même, l’appel de l’opposition pour une marche des libertés dans la capitale a drainé une foule dense de milliers de personnes, un nombre de manifestants probablement supérieur aux attentes des organisateurs,  reflétant l'état de mécontentement et la crise de confiance actuelle qui touche le gouvernement Jebali pour des raisons diverses et variées.  

Avec la crise économique internationale, d'autres conditions étaient réunies pour que la situation se corse rapidement après les élections. La forte mobilisation des populations pendant la campagne électorale à  coups de promesses irréalistes et irréalisables s'est vite retournée contre le gouvernement une fois constitué. L‘effet inflationniste des promesses électorales a exacerbé les attentes; la déception post-électorale et la colère qui est montée partout dans le pays en sont la conséquence directe. Une colère restée intacte un an après la révolution. Le temps mis pour négocier les modalités et les conditions de partage du pouvoir, et pour constituer un gouvernement qui se révèle finalement peu expérimenté et opérationnel, n’a fait qu'augmenter l'insatisfaction. Le mois de janvier a ainsi été marqué par la recrudescence des contestations sociales et politiques partout dans le pays. Le nombre élevé de grèves, de manifestations, de tentatives d’immolations et de routes coupées paralyse partiellement l’activité économique depuis le début de l’année. 

Ne sachant dans l'immédiat que répondre aux revendications, le gouvernement ne trouve pas mieux, pour gagner du temps, que de crier au complot, et dénoncer la responsabilité d’une gauche "minoritaire" et "contre-révolutionnaire", qu’il convient aujourd’hui de désigner par la « gauche zéro », en référence aux faibles scores électoraux qu’elle a obtenus. Autre complot que le gouvernement ne cesse de dénoncer : le parti-pris d’une grande majorité des médias et journaux qui, par leur critique obsessionnelle et peu objective du gouvernement, sont accusés de rouler pour l’ancien régime et d’agir à l’encontre de la « volonté du peuple ». Sans parler de l’UGTT, accusée de rouler pour la gauche zéro, ou du gouvernement sortant accusé d’avoir pourri la situation avant de partir…  
Certes, tout le monde ne veut pas que du bien pour Ennahdha et ses alliés. Mais de là à crier au complot généralisé, le pas est vite franchi par un gouvernement qui se complaît dans la victimisation, en attendant de trouver de vraies solutions..

Faute de pouvoir susciter l’adhésion autour d’un vrai projet de relance et de réforme qui soit clair et affiché, le gouvernement cherchera pendant ce temps à exister sur la scène internationale. Non sans agacer, là encore. Réception en grandes pompes du leader du Hamas accueilli avec ferveur et … quelques slogans anti-juifs ; tapis rouge pour une brochette de dictateurs venus fêter l’an I d’une révolution qui a chassé pas mal de leurs voisins dans le monde arabe et qui les menacent encore, etc. La stratégie qui consiste à repositionner la Tunisie sur le plan géopolitique en favorisant ses riches alliés arabo-musulmans laisse sceptique. Comment accorder confiance sans mot dire à ces monarques autoritaires qui refusent de coopérer et de renvoyer Ben Ali, sa famille et leurs avoirs, qu'ils protègent chez eux?  Là encore, la position du gouvernement n'a jamais été tout à fait claire, ni ferme.  

Les liens se tendent aussi avec la société civile sur la question des libertés et sur le débat identitaire, qu' Ennahdha et ses alliés ont cru bon de poursuivre après les élections. Le gouvernement est perçu d’un côté comme trop laxiste face aux comportements bruyants et agressifs d’une minorité salafiste; et de l’autre côté comme trop autoritaire avec des médias et des critiques qui,  il est vrai, se montrent souvent partiaux et parfois malhonnêtes dans leur traitement de l’information. Les positions se radicalisent de part et d’autres, les uns dénonçant une quasi « nouvelle dictature islamiste », quand les autres accusent leurs opposants d’être « des mécréants » et des contre-révolutionnaires. Cet attitude partagée de rejet de l’autre partie s’accompagne parfois d’une intention de nuire, latente ou affichée, comme en témoignent l’affaire de la vidéo du ministre de l’intérieur ou la violence des propos tenus par Chourou envers les manifestants. Comme à chaque fois, la réponse du gouvernement a été soit molle, soit tardive...

Le gouvernement Jebali va-t-il persévérer dans sa politique de l’accommodement, en agissant au gré de la pression de la rue, au risque d’être perçu comme refusant d'assumer des décisions difficiles, comme celle de se désolidariser nettement de la tendance salafiste? 

Et quel meilleur moyen pour asseoir sa légitimité et faire taire les critiques que de prouver par les actes, plutôt que par les discours partisans et populistes, que ce gouvernement mérite la confiance de tous les tunisiens, et pas uniquement celle de ses partisans?


Enfin, quelle sera la position du gouvernement face au rassemblement récent et au retour en force des néo-destouriens, un an après la dissolution du RCD? Va-t-on de nouveau crier au complot contre-révolutionnaire ou va-t-on plutôt travailler à créer une vraie alternative à ce qui reste d'un courant politique qui a déjà servi deux dictatures? 


La balle est maintenant dans le camp de Jebali et de son gouvernement de la Troîka. A eux de se rattraper et de nous convaincre qu'ils sont meilleurs que l'opposition de gauche et que les destouriens, comme ils le prétendent. Pour y arriver, ils gagneront certainement à unir les tunisiens, toutes tendances confondues, autour d'un vrai projet qui rassemble, plutôt qu'à les diviser. 






31 janvier 2009

Repression en Tunisie




Il est triste et honteux de voir à quel point, et après plus d’un demi-siècle d’indépendance du pays, les libertés sont réprimées en Tunisie. Et il est choquant de voir avec quelle violence l’Etat tue à chaque fois toute tentative d’émancipation de ces libertés.

Après seulement 4 jours  de sa première émission satellitaire, la jeune radio indépendante Al Kalima, qui diffusait  jusque là ses programmes sur Internet, vient d’être interdite avec une violence et un acharnement inégalables : Siège des locaux de la radio, enlèvement d‘un journaliste y travaillant, violence physique envers un autre journaliste dont les images ci-dessus peuvent attester, action judiciaire envers les rédacteurs en chef et saisie du matériel…Une opération Commando visant tout simplement à anéantir ce projet et à supprimer ce nouveau canal de liberté d’expression.

La longévité de toute dictature constitue son propre mal. Plus elle dure dans le temps, plus son caractère autocratique se renforce pour sauvegarder le peu de crédibilité qui lui reste. Il est illusoire d’attendre d’un tel régime une quelconque ouverture  au débat. Encore moins à la veille d’échéances électorales dont le seul objectif est de reconduire la même politique, avec les mêmes vieilles habitudes.

Une telle répression est souvent justifiée par l’impératif de sauvegarder l’image du pays. Mais de quelle image parle-t-on encore? Malgré tous les efforts de promotion, à coups de propagande nationale et internationale, il ne reste plus grand-chose de positif dans l’image que le monde a de la Tunisie aujourd’hui. Censure, torture, dictature, propagande, corruption…sont les mots qui reviennent le plus souvent quand on aborde la situation du pays…L’Economie est le seul registre qui sauve encore un peu cette image. Mais en contexte de crise Economique et Sociale, que restera-t-il pour la Tunisie ?


04 septembre 2008

Wanabe a muslim Reformer




Prenez un homme, faites tout pour le dévaloriser, mettre en exergue ces pires défauts et le diaboliser, ne le présentez que de ce point de vue péjoratif et répulsif, et vous serez certainement accusé de le détester. Cette hostilité, ce sentiment négatif, peuvent revêtir plusieurs formes selon l'entité détestée: ils peuvent exprimer une Xénophobie, une homophobie, du racisme, du sexisme, de l'antisémitisme, ou encore du nazisme...

Prenez ce que dit Wafa Sultan dans cette Nième vidéo où elle fustige la Charia, (et l'islam et les musulmans par extension), et essayez de définir sa position. Est-ce de la haine envers l'islam? Est-ce de la Xénophobie envers les musulmans vivant en Occident? Est-ce de la discrimination, ou de la diffamation? C'est à mon avis un peu de tout cela...

Elle maîtrise son verbe, parle d'une voix sûre et qui porte, ce qui augmente son pouvoir de séduction. Mais sa vision "binaire", basée uniquement sur l'opposition (Le bien contre le mal, les musulmans contre le monde judéo-chrétien, un Occident libre contre un monde arabo-musulman oppressé, etc...) me rappelle étrangement le discours des extrémistes islamistes les plus farouches. Pourtant, Mme sultan, qui est sensée représenter le Bien dans toute cette histoire, est aussi violente et virulente dans ses propos que les pires Cheikh égyptiens...En l'écoutant déballer son scénario catastrophe où la Charia serait sur le point de supplanter la Loi Occidentale, j'ai eu l'impression que j'étais face à très mauvais scénario de film d'horreur...Mme Sultan s’est-elle seulement renseigner, avant de devenir LA « Wanabe a Muslim Reformer » américaine, sur les autres fanatismes religieux ? Sait-elle seulement que toute religion possède ses côtés obscurs et violents, aussi bien l’Islam que le Christianisme ou le Judaïsme ?

Pour mes lecteurs de Tunisie, Ammar oblige, j’ai retranscris une partie de son discours. Savourez :

« (…) Sait-on à l’Ouest ce que c’est que de vivre sous la Charia ? Je ne crois pas. J’ai passé les 30 dernières années de ma vie sous la Charia, en Syrie, mon pays d’origine, même si la dictature syrienne peut sembler laïque aux occidentaux. La Charia est le système juridique de beaucoup pays du monde, comme l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, l’Iran, le Pakistan. (…) Si vous regardez les pays basés sur la Charia, vous y verrez régner la répression et la détresse. De ce fait, s’ils le pouvaient, la majorité des hommes et des femmes de ces pays émigreraient en Occident. (…)

Parfois, j’ai l’impression que la Charia me poursuit aux Etats-Unis. C’est pourquoi il est de mon devoir de dénoncer les tentatives sournoises de certaines organisations qui visent à instaurer la charia ici. Rien ne menace mon bien-être psychologique davantage que la peur de voir la charia instaurée ici. Je ne veux pas revivre l’enfer que j’ai fui il y a 20 ans. Mon premier devoir est de défendre la liberté de ce pays merveilleux et d’empêcher ces forces destructrices d’agir. (…)

Si vous vivez dans des pays occidentaux, la charia s’installe peut-être chez vous. Dans des villes en Europe et au Canada, certains vivent davantage selon la Charia que selon les lois laïques de ces pays. (…) C’est difficile à croire, mais dans des zones de Londres, de Paris, d’Amsterdam ou de Malmö, les autorités ont largement perdu le pouvoir au profit d’une Charia imposée par des musulmans radicaux. (…) Vous êtes peut-être inquiets comme moi, alors que pouvons-nous faire ? (…) Vous pouvez demander à vos dirigeants de légiférer pour interdire la Charia dans votre pays. Vous pouvez parler aux journalistes, aux radios, aux télévisions, pour exiger d’eux qu’ils parlent des inquiétudes liées à la Charia en Occident. (…) Pour les femmes et les non musulmans, la Charia est une forme d’esclavage. »

27 juillet 2008

Youssef Chahine: R.I.P.

















La longue carrière de Youssef Chahine a été une lutte constante contre son milieu, qu'il voyait comme l'oppresseur des pauvres, contre le pouvoir, la censure dont il a souvent été la cible, il dénonçait la montée de l'extrémisme islamique et militait pour la tolérance. Autant de thèmes qu'il développait dans ses oeuvres.

Source.

08 juillet 2008

La Coupe de Tunisie s'achève dans la violence



La finale de la Coupe de Tunisie qui a opposé l’Etoile du Sahel à l’Espérance de Tunis au stade de Rades s’est achevée (comme d’habitude ?) dans le chaos. Contestant la décision de l’arbitre allemand qui a annulé un but marqué par l’Etoile vers la fin du match, la tension est montée rapidement dans le public et les violences ont aussitôt éclaté à l’intérieur du stade (jets de bouteilles et d'objets divers sur les forces de l’ordre, terrain investi par les supporters, etc.) comme à l’extérieur : un feu a été déclenché dans la forêt de Rades, les vitres du bassin olympiques détruites, des voitures et camion de pompier et de police brûlés ou détruits, des accidents de la route se sont produits…



Les ingrédients d’une telle violence sont toujours les mêmes : une stupide rivalité historique entre deux clubs qui revendiquent d’être les meilleurs, et des supporters bien arrosés et excités, qui pensent que l’issue du match mettra en jeu la suprématie de leurs régions respectives. Cette fois, ce sont les forces de l’ordre qui ont été particulièrement visées, ainsi que des biens publics, financés par l’argent du contribuable. Des sièges du stade de Rades ont été arrachés, et 1000 m2 de la forêt sont partis en fumée.



Qu’ont-ils voulu faire au juste? Se rendre justice à leur manière ? Prouver qu’ils sont de bons émeutiers comme les Gafsiens? Ou profiter de l’occasion pour exprimer toutes leurs frustrations et leur hostilité aux forces de l’ordre et au régime ? Il y a peut-être un peu de tout cela…Mais l’envie de réussite peut-elle justifier de tels agissements ?



Vouloir en découdre avec les forces de l'ordre revient à s'opposer à la représentation physique de l'état. Mais que peut signifier la destruction d’une forêt ou d’équipements sportifs, si ce n’est un manque de civisme et de respect pour 10 millions de tunisiens ? Rien à mon avis ne pourrait justifier de tels actes…à part la stupidité !

Source

Pour aller plus loin dans la relation du football avec la Politique, lire cet article de Karim Makdisi sur le cas du Liban.


06 juillet 2008

Eurockéennes

J’ai eu la chance d’aller à ce festival, qui fête ses 20 ans cette année. J’ai été impressionné par la foule, par les prestations et par l’incroyable organisation et bonne gestion du site...

Quelques chiffres : entre 90 000 et 100 000 visiteurs en 3 jours, des milliers de campeurs, 5 scènes, 70 concerts pendant 3 jours, de 15h00 à 3h00 du matin. Le tout organisé sur le site de l’aérodrome de Belfort.

Il y avait du beau monde : Massive Attack, Sharon Jones & DAP Kings, The DO, Ben Harper, etc. Mes découvertes : N*E*R*D avec leur style musical entre le rock et le Hip Hop. Et puis une incroyable femme, complètement hors-norme dans ce qu’elle est et dans ce qu’elle fait. Elle s’appelle Beth Dito, elle est la chanteuse du groupe post-punk américain Gossip. Ils se sont produit vendredi devant une foule déchainée. Mais pas autant qu’elle : elle a fini le concert en sous-vêtements pour chanter "Standing in the way of control".

Et puis elle est descendue dans la foule faire un petit tour…

09 juin 2008

Evènements de Redeyf sur El Hiwar TV


El Hiwar, ou Canal du Dialogue Tunisien, est un des rares médias libres en Tunisie. Dans cette video leur couverture des derniers évènements à Redeyef et Feriana, grâce à des témoignages locaux, et un débat avec Borhan Bseiess, qui remplie efficacement son rôle de "porte-parole langue de bois" du gouvernement...
Malgré les efforts de son interlocuteur pour l'amener à admettre la gravité des faits, ou à justifier les emprisonnements de jeunes manifestants, il a usé de ses capacités oratoires pour défendre la position du gouvernement, en déballant son discours de propagande bien rodé. Il est dans une relativisation qui frise le déni: tout ce qui se passe est presque normal, mais les solutions prendront du temps à avoir de l'effet. Pour les arrestations et la répression policière, ce ne sont pour lui que des "dépassements ordinaires" dans ce genre de situations de crise, et qui ne diffèrent pas des méthodes d'autres polices dans le monde. Pour lui, la police était sous pression à cause de la violences des actes des protestations, ce qui l'aurait amené à être violente en retour.
Il justifie le renvoi du syndicaliste adnane Al Haji pour dissensions au sein du syndicat, en déclarant sans gêne qu'il "déteste les militants"...

Malheureusement pour lui, des vidéos viennent d'apparaitre sur internet, et elles contredisent fermement ce qu'il dit. Elles témoignent des violences des affrontement en montrant des images de nombreux blessés, et de policiers usant de la force pour pénétrer dans les habitations (voir la vidéo ci-dessous)
Pour un accès aux dernières vidéos des évènements de Redeyef mises en ligne, ici. Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité.


08 juin 2008

Note Rouge






Dans un communiqué paru aujourd'hui, des "partis politiques" ( le MDS, le PUP et PSL, tous pro-gouvernement) sont venus à la rescousse, pour affirmer que tout va bien en Tunisie, pays d'équilibre entre toutes "les catégories sociales et les régions":

Ils estiment que ces réalisations, reconnues internationalement, ont eu pour mérite notoire d'impulser l'investissement dans tous les gouvernorats, notamment, dans les régions de l'intérieur.

Le communiqué lance un appel à faire preuve de sagesse, à faire prévaloir l'intérêt national et à bannir toute forme de violence.

En insistant sur l'équilibre entre régions, ces partis pointent du doigt une cause probable de cette crise. Ce faisant, ne donnent-ils pas plus de crédibilité à cette thèse? D'autant plus qu'une telle insistance se justifie par la crainte d'une propagation vers d'autres régions de "l'intérieur" qui peuvent prétendre à la même injustice.
Quant au slogan de "l'intérêt national": c'est du classique, c'est l'argument passe-partout. L'intérêt national n'est-il pas plus menacé par toutes les inégalités, la misère et les dépassements dénoncés par les manifestants?

07 juin 2008

Tunisie: un mort et plusieurs blessés dans une manifestation à Redeyef

Un manifestant a été tué par balle et plusieurs blessés vendredi en Tunisie au cours d'affrontements avec la police à Redeyef, dans la région minière de Gafsa (sud-ouest) en proie à l'agitation sur fond de chômage et de cherté de la vie.

Hafnaoui Al-Maghzaoui, 25 ans, a été atteint d'une balle au poumon droit et a succombé sur le coup, lorsque la police a ouvert le feu sur les manifestants à Redeyef, a indiqué Adnane Hajji, dirigeant syndical. Dix-huit personnes ont été blessées également par balles, a ajouté M. Hajji, joint par l'AFP au téléphone à Redeyef.

Des cocktails Molotov contre les forces de l'ordre

Une source gouvernementale a confirmé le décès d'un manifestant et fait état de 8 blessés, dont cinq manifestants et trois agents parmi les forces de sécurité, qui «sont confrontées à des troubles ces derniers jours» dans la région de Redeyef. «Les forces de l'ordre ont essuyé vendredi des jets d'engins incendiaires (cocktails Molotov) et ont dû intervenir pour neutraliser certains éléments, qui les fabriquaient», a indiqué cette source dans un communiqué.

«La police est intervenue après les sommations réglementaires d'usage», a ajouté cette source, précisant que les autorités ont ouvert une enquête pour «déterminer les circonstances de l'incident et délimiter les responsabilités». Adnane Hajji a affirmé que la police a fait usage de balles «sans sommation» et indiqué que les autorités locales ont appliqué un «couvre-feu annoncé à la population par hauts parleurs vendredi».

Affrontements depuis lundi

Selon lui, la police a aussi réprimé «une marche pacifique» des habitants qui tentaient de joindre le siège de la sous-préfecture pour «circonscrire la situation» qu'il a qualifiée de «grave». Des leaders et notables locaux étaient en tête de la marche, qui a été dispersée à coup de grenades lacrymogènes, des hommes et des femmes ont été piétinés, a raconté ce syndicaliste agissant en porte-parole du «mouvement de protestation du bassin minier».

Des affrontements sporadiques opposaient depuis lundi des manifestants qui «dénoncent le chômage, le coût de la vie, la corruption et le clientélisme», a indiqué Adel Jayar, du comité d'encadrement. Selon lui, les protestataires ont jeté des pierres aux forces de l'ordre déployées en nombre et en permanence dans Redeyef et ses quartiers périphériques.

Des dizaines de manifestants avaient été appréhendés en avril à la suite de manifestations similaires danc cette ville de 30.000 habitants, principal foyer d'agitation dans le bassin minier de la région de Gafsa, riche en phosphates.

20minutes.


Des évènements d'une telle violence sont rares en Tunisie. De mémoire, les derniers évènements de ce type et qui ont fait plusieurs morts remontent aux années 1980. Les policiers ont déjà tirés sur les manifestants il y a des semaines, mais c'était avec des balles en caoutchouc. Tirer avec des balles réelles est un acte de la plus grande gravité: c'est un homicide volontaire. Quand les banlieues françaises ont brulé de milles feux en 2005, et nous gardons tous ces images de violence en tête, aucun policier n'a tiré à balles réelles sur les manifestants, malgré le risque de propagation des émeutes jusqu'à Paris. En Tunisie, la vie d'un jeune n'a manifestement pas la moindre valeur...
Ce soir, toutes nos pensées vont aux habitants de Redeyef, et surtout aux familles des défunts.


Pour télécharger la video, ici.

25 mai 2008

Zembra en danger

C’est son premier projet d’investissement hors d’Asie, et il a fallu que ca tombe sur la Tunisie, précisément sur un bijou rare du patrimoine national, l’Île de Zembra. « Il », c’est l’homme d’affaire chinois Ruo Hong Li, qui est prêt à investir 600 millions de dollars pour transformer ce véritable paradis écologique en complexe touristique haut de gamme pour riches touristes chinois et américains en soif d’exotisme.

Hong Li, ce « self-made man » qui a grandi enfermé dans un camp chinois pour opposants et pour qui « le profit demeure secondaire » (selon ses propres paroles) a donné récemment une interview au magazine New African où il a parlé de son projet en Tunisie. Ancien fonctionnaire de l’appareil étatique chinois, il s’est vite reconverti dans les affaires. Il a touché à tout, de l’automobile au tourisme en passant par les taxis, avant de se spécialiser dans l’immobilier à Beijing. Sa porte d’entrée en Tunisie a été l’ambassadeur tunisien en Chine, Mr Basli.

Pour justifier son choix du site Tunisie, Hong Li va jusqu’ à citer Ibn Khaldoun : « Selon Ibn Khaldoun, quand l’économique arrive à un certain niveau d’influence sur le politique, cela cause des problèmes sociaux. Les pratiques économiques et les perspectives politiques de la Tunisie sont parmi les meilleures en Afrique ». Il ambitionne de transformer l’île en un haut lieu du tourisme de haut de gamme : « Nous pouvons en quatre ans transformer cette superficie de 400 hectares peuplée d’oiseaux et de poissons précieux, en une île de loisirs écologiques (C’est quoi des « loisirs écologiques » ? Depuis quand l’écologie est-elle un « loisir » ?) et en paradis touristique de la Méditerranée. (…) J’aimerai attirer les clients asiatiques et américains pour lesquels nous devons élaborer un produit haut de gamme, en se spécialisant dans les voyages à thèmes : voyage pour le golf, voyages d’affaires, voyages artistiques »


Ce que nous offre Hang li, ce n’est pas de l’éco-tourisme, c’est de l’éco-terrorisme. Car Zembra n’est pas n’importe quelle île :


Ces deux îles (Zembra et Zembreta) qui font partie des plus beaux endroits de Tunisie sont riches d'histoire. Leur situation stratégique dans le détroit de Sicile a fait qu'elles étaient sur le chemin des conquérants. Occupées depuis par les Phéniciens elles furent ensuite colonisées par les romains sous le nom de " Archipel des Aegimures ". Quelques traces subsistent encore, celles d'installations portuaires dans l'unique petite crique au sud de l'île. Malgré toute leur douceur méditerranéenne elles furent dans un premier temps totalement abandonnées. Au début des années soixante Zembra abrita un Centre nautique international avec une école de voile et de plongée sous-marine avant de devenir à partir de 1973 un parc marin dans une zone de un mile et demi soit prés de 3670 ha. Depuis avril 1977 Zembra et Zembretta ont été décrétées parc national grâce au travail d'un groupe de protecteurs de la nature, et insérées dans le programme international de l'UNESCO (MAB) sur la liste des réserves de la biosphère. Cette protection intégrale a permis un développement de la faune et de la flore marine. Les plongeurs y trouvent les plus beaux fonds de la Méditerranée, un véritable sanctuaire aux crevettes, langoustes et homards. C'est ce qui en a fait peut être aussi le refuge de toute une faune, du fameux phoque moine espèce très protégée de nos jours en passant par des oiseaux de mer, puffins cendrés, goélands argentés et mouettes et une espèce unique de lapins, dont les études récentes ont prouvés son introduction depuis l'époque punique. En automne et au printemps des milliers d'oiseaux appartenant à prés de 100 espèces différentes font escale sur Zembra et Zembretta.

Le véritable enjeu est bien le sacrifice d’un trésor de la biodiversité d'intérêt mondial. Il en est de même du point de vue archéologique et culturel. Un tel projet ne porte aucun enjeu écologique ou environnemental, comme l’a prétendu la petite presse tunisienne. Ces enjeux ne sont que strictement financiers. Mr Hong li est un investisseur international qui investit son argent pour avoir du retour sur investissement. Je doute qu’il ne soucie véritablement de l’équilibre environnemental de l’île, ni qu’il ait mesuré tous les dangers liés à son projet. L’étiquette « écologique » qu’on a voulu coller à ce projet n’est qu’un cache-misère.

Car les risques pour les précieuses faunes et flores de l’île sont nombreux, et les coûts trop lourds pour la Tunisie. Il y a tout d’abord le risque de la pollution que causeront l’exploitation des villas, hôtels et restaurants sur l’île, sans oublier les pollutions causées par les yachts de luxes. Les déversements de déchets et d’essence dans l’eau avoisinante des côtes ne manqueront pas de mettre à mal la richesse sous-marine du lieu. L’investissement immobilier est d’une ampleur telle que ce site, particulièrement petit et fragile, ne le supportera pas.

L’autre risque est lié à la facture énergétique de la construction et de l’exploitation de ce projet touristique. Une île par définition est très coûteuse sur le plan énergétique car elle dépend du continent. Combien coûteront l’acheminement d’eau douce et d’énergie à l’île, sachant qu’elle est dépourvue de toute infrastructure? Une vraie approche écologique aurait été de proposer des solutions permettant de réduire au maximum la facture énergétique, qui risque d’être très sale dans un contexte de raréfaction de ces ressources.

Le projet représente aussi un risque pour le stock de poissons des côtes tunisiennes, une ressource qui est déjà surexploitée par la surpêche. Car Zembra représente l’un des derniers sites de reproduction de centaines d’espèces de poissons qui sont ensuite pêchés sur les côtes tunisiennes. Ces poissons qui se reproduisent autour de l’île pour échapper à la pression de la pêche et ensuite repeupler les autres régions, sont aussi le gagne pain de nombreux pêcheurs sur tout le littoral tunisien. L’ensemble de l’économie de la pêche risque à terme de se trouver en danger.

Le plus incompréhensible, c’est que ce site surprotégé (1973 : Réserve marine de pêche ; 1977- Parc National), reconnaissance internationale : 1977 Réserve de biosphère UNESCO; 2001 : Aire Spécialement Protégée d'Importance Méditerranéenne du PAM/PNUE ; ZICO) ; a aussi fait l'objet de nombreux projets et études de préservation financés par la coopération internationale) n’ait pas attiré plus que ca l’attention des instances qui sont sensées le protéger, même plusieurs mois après que le projet n’ait été ébruité dans la presse. Comment une île protégée par l'Unesco peut-elle devenir du jour au lendemain le site d'un projet touristique ? Et comment est ce que la Tunisie compte-t-elle honorer ses engagements internationaux?

Que rapporte ce projet, à part des recettes supplémentaires en devises et quelques dizaines de nouveaux emplois ? Cela vaut-il le coup par rapport aux risques encourus? Une pétition existe.


17 mai 2008

L'armée de la honte


Celui qui tire la balle en caoutchouc est un soldat de l'armée israélienne, apparemment excédé par le manifestant qui leur criait "assez de violence". Celui qui reçoit la balle est un manifestant israélien pro-palestinien. Il a été touché à la jambe, à moins de 40 mètres, qui est la distance de sécurité nécessaire pour tirer des balles en caoutchouc. Le manifestant a assuré qu'il continuera de manifester contre l'injustice dont souffrent les palestiniens de Bil'in, qui "ont reçu plus de balles que lui".
S'ils sont capables de tirer aussi facilement sur l'un des leurs, je n'ose pas imaginer leurs méthodes face aux palestiniens...
Source.

09 mai 2008

Gafsa isolée


la situation dans le sud-ouest de la Tunisie ne cesse de se dégrader.. Les manifestions se font de plus en plus fréquentes dans certaines villes du gouvernorat de Gafsa. Située à près de 60 km de la capitale régionale, Redeyef est devenu le symbole d’une Tunisie en colère. Après concertations, ses habitants ont décidé de vider les lieux mercredi en fin d’après-midi après le drame de la veille à Oum Lârayes, localité voisine de Redeyef. Plusieurs jeunes diplômés chômeurs ont été électrocutés. L’un d’entre eux Ali Ben Jeddou El Aleimi est mort ; un autre, Taoufik Ben Salah, est toujours dans le coma. (Pour voir la video, ici)


Une bavure policière de plus ?

C’est pour protester, une fois de plus, contre les résultats du concours d’entrée à la Compagnie qu’un groupe de jeunes chômeurs ont décidé mardi d’occuper le générateur électrique alimentant les ateliers de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG). Selon plusieurs sources locales, une brigade d’intervention de la police, munie de gaz lacrymogènes, s’est rendue sur place pour dégager les jeunes. L’un des jeunes se serait alors emparé de câbles électriques afin d’empêcher l’évacuation du lieu. Le générateur était hors tension. La remise en route du courant électrique a provoqué son électrocution et celle d’un certain nombre de jeunes qui se trouvaient avec lui. Les secours ne seraient intervenus que plusieurs heures après l’accident.


Pour le moment, la version officielle de l’histoire reste floue. « C’est une question sensible mais pour rester objectif, la police n’a pu commettre un tel acte », affirme la CPG par la voix de son service de presse. Mais pour la population qui réclame l’ouverture d’une enquête indépendante, le coupable est tout désigné. C’est la police qui aurait délibérément réactivé le générateur, sans tenir compte du danger. Le drame a mis la région en émoi et la journée du mardi a été rythmée par des affrontements entre jeunes et forces de police. Abderahman Hedili, responsable du Comité de soutien des mineurs de Gafsa en Tunisie, confirme les faits : « En ce moment, tout est fermé : les écoles, le lycée, les commerces… Redeyef reste en état de siège ».

Une initiative spectaculaire vite avortée

« La présence policière est toujours énorme », affirme M. Hedili. C’est pour « laisser Redeyef aux policiers », selon le communiqué du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), que les habitants se sont concertés mercredi sur cette action coup de poing. Plusieurs centaines l’ont effectivement fait, emportant avec eux les objets de première nécessité. Mais l’action est décédée prématurément. Après quelques négociations entre autorités et syndicalistes, les habitants sont revenus le soir même. La présence policière devait en effet se réduire. « Finalement, rien n’a changé depuis hier », déclare M. Hedili.

Le chômage, cause de tous les maux

Selon un accord formel, la CPG s’engageait à recruter dès janvier un certain nombre de chômeurs en son sein. Chose qui ne s’est pas faite et qui expliquent l’occupation de mardi. Contacté par Afrik.com, un employé de la compagnie a cependant déclaré que le recrutement de cas sociaux a débuté depuis une dizaine de jours. « On recrute pour le moment ceux dont les parents travaillaient dans la compagnie mais qui ont eu des accidents de travail. Mais les habitants veulent des solutions radicales pour résoudre le problème du chômage, qui est structurel dans le bassin minier de Gafsa », explique l’homme. La CPG ne s’attendait pas à ce que les choses prennent cette « tournure dramatique », ajoute t-il.

Rien à signaler pour Nicolas Sarkozy

« L’espace des libertés progresse », déclarait Nicolas Sarkozy lors de sa visite d’Etat le 28 avril dernier. Ces propos ont provoqué un tollé général de la part des organisations de lutte pour les droits de l’homme. Aucune mention n’a été faite des « évènements de Gafsa ». Alors que la situation empire, les autorités ne voient pour ce conflit social d’autres solutions que la répression et la pression policière selon plusieurs organisations locales. Jusque là, le bassin minier reste officieusement fermé aux journalistes. Aucun média officiel n’a repris l’information. « Après d’âpres discussions, les défenseurs des droits de l’homme ont finalement été autorisés à entrer dans la ville », affirme M. Hedili « La suite que l’on donnera à cette action sera décidé rapidement », conclut t-il.

Source.

Les autorités n'ont pas intérêt à faire durer cette situation de crise, car, à la veille de la saison touristique et du retour des tunisiens à l'étranger- dont un nombre considérable vient de la région en crise-, on peut se demander comment l'isolation de toute la région de Gafsa pourra être possible.
Cette crise est très mal gérée dès le début par les autorités, qui devraient comprendre enfin que la répression est une réponse inappropriée qui ne fait qu'exacerber la colère des habitants de la région. Quant aux médias tunisiens, leur silence obstiné est preuve de leur parfaite soumission...Un tel niveau d'irresponsabilité dans le pays est incroyable et incompréhensible...