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13 novembre 2011

Tunisie : et après les élections?




Fini le temps des revendications de liberté, de dignité et de justice qui ont marqué la période post 14 Janvier.  L’assemblée constituante  fraîchement élue et la configuration de la nouvelle scène politique qui en résulte donne un visage neuf à la révolution tunisienne. Les islamistes, les socialistes nationalistes et les populistes des listes "indépendantes" Al Aridha, qui ont raflé les voix des couches populaires de l’intérieur du pays, sont aujourd’hui les mieux représentés au sein de l’assemblée. Le temps des revendications d’ordre culturel et identitaires commence à prendre ses marques.

Tout en s’éloignant des causes profondes qui ont donné naissance à la révolution tunisienne, le débat public s’est focalisé depuis le début de la campagne électorale  sur la question de savoir si le parti islamiste, qui représente la première force politique du pays, est capable de renoncer à ses fondamentaux ultra-conservateurs ;  de ne pas céder à la tentation de domination que peut procurer l’exercice du pouvoir à tout apprenti- dirigeant dans un environnement peu habitué au pluralisme politique ; et à la tentation de remise en cause des acquis du Bouguibisme du point de vue de l’émancipation de la femme et du code du statut personnel.

L’entrée en force dans la scène politique des islamistes et des représentants des classes populaires a provoqué d’abord  la stupeur, ensuite la méfiance et le scepticisme d’une partie de la bourgeoisie et des couches moyennes urbaines et occidentalisées. Ni les discours séducteurs des responsables d’Ennahdha, ni leur propension à négocier la transition ne rassurent encore. La greffe n'a pas encore complètement pris. Toute l’attention des observateurs est portée à ce parti, à ses premiers pas dans l’exercice du pouvoir et à la moindre de ses déclarations. Au point où les blessés de la révolution doivent faire une grève de la faim et en appeler au soutien d’associations, nawaat et le collectif Nsitni principalement, pour faire entendre leurs revendications et être pris en charge par l’Etat, ce qui aurait dû être une priorité pourtant! 

Sans nier l’importance de la question de la sécularisation de l’Etat et celle des libertés individuelles, il y en a d’autres qu’il ne faudrait pas négliger et sous-estimer. Les derniers chiffres du chômage viennent rappeler l’urgence d’une réforme sociale, économique et éducative.  Le résultat même des élections est révélateur de telles urgences. Comment comprendre toutes les voix accordées au populiste  Hechmi Hamdi?  A-t-on pris le temps de bien comprendre la teneur du message envoyé par les classes marginalisées et exclues de la société qui ont été séduites par ses promesses fantaisistes pour de meilleures conditions de vie ? Au-delà de la question de la manipulation des esprits, n’est-ce pas aussi  un appel à l’aide de leur part, à plus de considération? Quel devrait être le nouveau rôle de l’Etat auprès de ces populations ? 

En attendant les propositions du futur gouvernement à cette dernière question, une lecture rapide des résultats des élections laisse croire que beaucoup de tunisiens ont donné leur voix à Ennahdha pour une société plus ordonnée, plus éthique et moins corrompue ; d’autres ont voté socialiste pour préserver les droits déjà acquis et en acquérir de nouveaux; d’autres encore ont choisi les listes d’Al Aridha dans l’espoir de sortir de leur état de marginalité sociale. Mais quelles que soient les raisons apparentes de ces choix différents, les tunisiens ont dans leur majorité voté pour un objectif de fond partagé par tous : l’amélioration de leur vie au quotidien et la garantie de tous les droits : qu’ils soient civils, politiques, économiques et sociaux.

La question de l’islamisme occupe encore trop d’espace et continue de faire l’objet de polémiques qui risquent d’hypothéquer les réformes politiques, économiques et sociales les plus urgentes. Ennahdha, fort de ses 41% des sièges de l'assemblée mais sans pour autant bénéficier d’une majorité absolue, sera obligé de négocier ses réformes et de les réussir pour conserver sa majorité. Ennahdha n’est pas en position hégémonique, il n’est pas tout à fait libre de ses actes et dans ses orientations, et il ne veut surtout pas gouverner seul. Il ne faudrait ni diaboliser ce parti, ni s’aligner aveuglement sur ses positions en lui accordant une confiance totale. Ce parti a encore ses preuves à faire, et ceci est valable pour toutes les autres formations politiques.  

La révolution ne sera pas achevée tant que les demandes révolutionnaires ne seront pas satisfaites. Mais nous venons de franchir un grand pas : nous avons pour une fois élu démocratiquement nos nouveaux gouvernants. A nous de rappeler régulièrement ces élus à leurs obligations pour qu’ils ne dévient pas de leur mission première : répondre aux attentes de la majorité plutôt que de servir les seuls intérêts des minorités qu’ils représentent. 

Nos dirigeants seront ce que nous voudrons qu'ils soient.   

Source cartes électorales : ici

25 juillet 2011

Et si le problème actuel de la Tunisie résultait d’un conflit générationnel profond?


Je publie ici un excellent texte qu'un ami m'a transmis.

"Le discours de certains Hommes politiques tunisiens en ce moment est pour le moins ambigu et incompréhensible.



En effet, 5 mois après le 14 janvier, on constate que l’élite composant la vie politique tunisienne se borne dans une rhétorique du passé et simpliste (crise économique, insécurité et spectre islamiste/extrême gauche). Tous ou presque se trompent et semblent oublier un élément fondamental dans l’analyse qu’il faut avoir de la société tunisienne aujourd’hui qui n’est autre qu’un conflit générationnel profond et qu’il faudra nécessairement reconnaitre un jour ou l’autre.


Une fois ces deux générations brièvement décrites, nous pouvons attaquer le vif du sujet en rappelant à nos Hommes politiques qu’un conflit générationnel est au cœur de la dynamique observée en Tunisie : les enfants des 2 Ben « Ben Laden et Ben Ali » Versus les enfants des 2 Bou «Bourguiba et Abou Ammar (plus connu sous le nom de Yasser Arafat) ».


Un clivage profond au niveau de la pensée, l’idéal recherché, du mode de vie, etc. sépare les deux générations présentés ci-dessus. Les deux évoluent ou ont évolué dans des situations radicalement différentes et ont donné lieu à l’apparition, dans chacun des deux cas, de deux blocs distincts :






1- Principales caractéristiques des enfants des 2 Bou « Bourguiba et Abou Ammar » :






  • Principal fait d’arme : avoir obtenu l’indépendance du pays pacifiquement (à moindre frais en vies humaines).
  • Icône du moment : Bourguiba, despote éclairé (mais despote quand même) se considérant père de la nation et ayant servi de modèle à toute une génération d’intellectuels prête à se sacrifier pour leur maître et à servir leur mère patrie avec dévouement et fierté
  • Puissances en présences : les Etats unis et l’Union Soviétique (un monde bi-polaire)
  • Révolutionnaires du moment : Abou Ammar « Yasser Arafat », terroriste international ayant fait de la cause palestinienne son principal combat. Cette cause qui est couramment admise comme l’une des plus grandes injustices post-seconde guerre mondiale et Che Guevara (révolutionnaire qui a osé défier l’impérialisme en déclenchant des rebellions sur pratiquement tous les continents)
  • Icônes sportives : Mohamed Ali ou Cassius Clay champion de boxe hors du commun et symbole du combat d’une minorité opprimée par son système et Maradona « El Pibe de Oro ». Tous les deux sont connus pour leur arrogance légendaire.
  • Caractéristiques de la société tunisienne : société ayant vécu une émancipation importante surtout pour la place de la femme dans la société (accès au travail, droit au vote « même si il ne servait à rien », etc., scolarisation massive (droit au savoir)
  • Les deux blocs qui s’affrontent : les socialo-communistes affrontaient les capitalistes purs et durs. Le parti au pouvoir sous le joug du despote éclairé expérimentera les deux tendances pour au final inventer un modèle à la tunisienne de « capitalisme socialisant »
  • Rapport avec la religion : un islam modéré transmis par la tradition et des imams modérés dont on a peine aujourd’hui à trouver des équivalents dans la société moderne cheikh « J3ait », cheikh « Ben Achour », etc.
  • Principaux échecs de cette génération : Cette génération n’a pas su tuer (au sens figuré) son Roi ayant toujours cette naïveté de croire que le système était bâti sur des bases solides et que le pays arrivera à avancer même si son principal cerveau (le despote éclairé) n’avait plus la vivacité d’antan. Elle a également subie de très gros affronts comme la guerre des six jours (une raclée inoubliable) et le bombardement de Hammam Lif par Tsahal. Tous ces éléments ont contribué à brider son caractère et à la soumettre de plus en plus !
  • Principaux traits caractéristiques de cette génération : Brillante, Grande Gueule, soumise à son Roi et ayant subi des chocs qui ont bridé son caractère !


2- Principales caractéristiques des enfants des 2 Ben « Ben Laden et Ben Ali » :




  • Principal fait d’arme : avoir viré du pays son Roi (Ben Ali) et tout son clan de mafieux
  • Icône du moment : pour une partie de cette génération c’est le prophète Mohamed, pour l’autre c’est le Dollar
  • Puissances en présences : les Etats unis (toujours là), les BRIC’s et les islamistes (on ne peut pas négliger le poids de ces derniers dans l’équilibre géopolitique d’aujourd’hui : à cause d’eux on déclenche des guerres)
  • Révolutionnaires du moment : Ben Laden, terroriste notoire ayant osé l’impensable (toucher l’ennemi impérialiste à son cœur) ! Même si la plupart de cette génération n’adhère pas à ses méthodes radicales, force est de constater que son geste a marqué cette génération ! Julian Assange : le premier à avoir efficacement utilisé le net dans son combat contre l’impérialisme
  • Icône sportive : Zineddine Zidane, sportif hors du commun ayant osé l’impensable devant toute une planète (mettre un coup de boule en finale de la coupe du monde de football devant 3 milliards de téléspectateurs)
  • Caractéristiques de la société tunisienne : société ayant vu l’émergence d’une classe moyenne éduquée qui pour une grande partie aspire à avoir accès à toutes les technologies modernes (voiture, internet, grand écran, etc.). Renforcement du rôle de la femme dans la société à un tel point qu’elle aspire à devenir la maitresse de la cité (Leila Ben Ali est une des facettes du résultat de l’émancipation féminine en Tunisie. Bien entendu et heureusement, il n’y pas que cette facette preuve en est le rôle de la femme tunisienne dans le mouvement du 14 janvier)
  • Les deux blocs qui s’affrontent : les capitalistes décomplexés affrontent les fervents disciples de Mohamed ! En d’autres termes, il nous faut inventer notre modèle de croissance pour les 30 prochaines années ! Une seule certitude : ce dernier devra prendre en considération les différents blocs en présences ! une sorte de « capitalisme islamique moderne »
  • Rapport avec la religion : un islam radicalisé prôné par des médias globaux soutenus par des Etats idéologiques (riches de surcroît) !
  • Principaux échecs de cette génération : Ne pas avoir gardé la main sur le mouvement du 14 janvier (la Génération des 2 Bou ayant pris la main) ! Ne pas avoir su préserver un rapport sain avec la religion (la bataille n’est pas perdue) ! une génération trop influencée par les médias et l’argent !
  • Principaux traits caractéristiques de cette génération : Moins Brillante, plus discrète, mais radicale et surtout loin d’être soumise !
3- La théorie du « conflit générationnel »


Aujourd’hui et au terme d’un rocambolesque scénario, on se retrouve dans une situation des plus ubuesque et dangereuse où la Génération des 2 Bou essaie de prendre en main la destinée de la génération des 2 Ben.


C’est pourquoi, nous assistons depuis quelques mois à un dialogue de sourds !


En effet, la première Génération (celle qui gouverne et anime la vie politique aujourd’hui) essaie d’imposer au dépend de la deuxième sa vision de la société tunisienne ! En même temps, cette génération s’accroche et ne part pas à la retraite car pour la première fois une occasion lui est offerte de ne pas être soumise à un Roi et de pouvoir exprimer ses capacités sans retenues !


C’est pourquoi, au-delà de la forme (critiquable pour certains), le fonds du discours politique actuel est hors sujet sauf pour quelques-uns qui arrivent à toucher une partie de la génération des 2 Ben avec des sujets qui les intéressent (Exemples : M. Nejib C et M. Rached G qui chacun de son côté tient un discours pour l’un et l’autre des deux blocs de la génération des 2 Ben : les capitalistes décomplexés et les fervents disciples de Mohamed) !


D’autres acteurs de la vie politique sont complètement à l’ouest et ne voient pas du tout le clivage générationnel existant (Exemple M. Béji C qui est l’incarnation de la Génération des 2 Bou : Brillant, Grande Gueule mais fait l’erreur de vouloir toujours avoir un rapport de soumission avec l’autre) !


Or il s’adresse, essentiellement à une génération qui a dit non à la « soumission » et qui risque de lui appliquer le geste favori de son icône sportive (le coup de boule) !


Signe de ce décalage entre les 2 Générations : les thèmes abordés par une majorité de la classe politique : crise économique, insécurité et spectre des islamistes/extrême gauche ! Ces thèmes ne sont pas audibles et parfois insultants pour les composantes des générations des 2 Ben :


  • Crise économique : un des slogans du mouvement du 14 janvier était de dire au despote Ben Ali que les tunisiens étaient prêts à vivre avec du pain et de l’eau pour ne plus se soumettre à son régime dégradant et totalitaire ! ce n’est donc pas en brandissant le spectre de la récession économique (qui au passage n’est pas encore avérée) que les hommes politiques vont réussir à captiver les foules
  • Insécurité : Depuis la date du 14 janvier, aucun Homme politique n’a eu le courage de dire la vérité aux tunisiens : «Plus jamais le niveau sécuritaire d’antan ne sera atteint, et ce pour une raison très simple c’est que nous vivions dans une société cadencée, verrouillée et de fait complètement artificielle. Toutes les sociétés modernes font face à des problèmes d’insécurité à des degrés divers, reste à savoir où le curseur sera placé pour la Tunisie post-14 janvier » ce choix, la génération des 2 Ben l’a fait et n’est pas prête à revenir dessus ! il vaut mieux vivre en insécurité mais digne qu’avec une sécurité et soumis ! La génération des 2 Bou qui elle a été soumise tout le temps a du mal à concevoir cette philosophie sécuritaire
  • Spectre des islamistes/extrême gauche : le discours tenu par la plupart des Hommes politiques consistent à brandir le spectre des islamistes et/ou l’Extrême Gauche. Encore une preuve que la génération des 2 Bou est à la manœuvre ! En effet, ils oublient que dans la génération des 2 Ben il y’a deux grands blocs qui s’affrontent : les fervents disciples de Mohamed et Les capitalistes décomplexés (la meilleure preuve semble la décision récente de M. Hamma H qui veut enlever le mot « communiste » de son parti)


Au lieu de nous proposer en boucle cette rhétorique, la classe politique ferait mieux de se saisir de sujets plus captivants pour la génération des 2 Ben à savoir : comment permettre au tunisien de gagner plus d’argent ? Comment les biens confisqués seront redistribués au citoyen tunisien ? Où sont les snipers? Comment organiser les autorités religieuses dans le pays ? Quel modèle de tourisme va-t-on proposer dans l’avenir? Comment développer la finance islamique? Comment combattre la corruption ?, etc.


Au terme de cette analyse rapide de la situation sous l’angle du conflit générationnel, on est obligé de faire le constat qu’à 3 mois des élections le Bloc des fervents disciples de Mohamed est le bloc le mieux encadré et le mieux représenté au sein de la génération des 2 Ben. Celui des capitalistes décomplexés peine à trouver une représentation à l’écoute de ses revendications (la génération des 2 Bou étant déphasée) !


Un autre constat s’impose c’est la disparition programmée de tous ses partis nouvellement créés dits centristes, nationalistes et autres ! Ces partis sont la preuve que la génération des 2 Bou n’a rien compris aux aspirations de la Génération des 2 Ben !"


Par Mon ami Dali
 
Source photo : ici

17 février 2009

L'urgence de rétablir le modèle social tunisien


"L'éducation pour tous" comme ascenseur social qui associe activement les femmes en les émancipant; et un développement économique équilibré entre les régions du pays : tel est le modèle social tunisien tel qu'il a toujours été appliqué et tel qu'on nous l'a toujours appris. Tous les journaux tunisiens ne cessent de nous le rappeler…

Aujourd'hui, ce modèle ne fonctionne plus.

L'ascenseur social est en panne : le chômage ou la précarité de l'emploi à la fin des études font que l'éducation ne représente plus le moyen privilégié pour la promotion sociale. Environ 100 000 tunisiens diplômés du supérieur sont au chômage. Et quand l'ascenseur est en panne, on prend généralement les escaliers : la corruption, la débrouille, ou bien l'immigration, sont les voix empruntées par certains tunisiens pour y arriver autrement, parfois au risque de leur vie dans la dernière alternative...Les femmes sont quant à elles plus touchées par le chômage que les hommes. 57% des diplômés sont des femmes. Pourtant, 38% des femmes sont employées contre 51% des hommes. Et quand elles accèdent à l'emploi, elles sont à compétences égales moins bien payées que les hommes.

Quant au développement régional, un constat s’impose : toute la moitié-ouest de la Tunisie est aujourd'hui sous développée comparé au littoral qui assure plus de 80% de la production économique annuelle avec 60% de la population installée sur près de 17% du territoire. Le Sud (15% de la population, 58% du territoire) et l'Ouest (25% de la population, 25% du territoire) réalisent le reste, c'est-à-dire un peu moins du cinquième. Quand le chômage évolue entre 5 et 10% dans les régions côtières (la partie verte de la carte), il tourne autour de 16 à 21% sur la moitié ouest (la partie rouge). Au point que toute une région de l'Ouest, celle de Gafsa, a implosé en 2008, les habitants ne supportant plus leurs conditions économiques et sociales qui ne cessent de se détériorer.

Refonder notre modèle social est devenu une urgence, d’autant plus que la crise économique actuelle ne fait qu’empirer la situation. Concernant le chômage des diplômés, une des premières réformes qui s’imposent est le changement radical du système d’orientation des bacheliers : ne plus orienter les étudiants selon les places disponibles dans les universités, mais plutôt selon les débouchés disponibles sur le marché du travail. Il faut revaloriser les diplômes en rehaussant le niveau des diplômés, qui est plus qu’insuffisant aujourd’hui. Autrement, les entreprises ne seront pas incitées à recruter. Familiariser l’étudiant avec le monde de l’entreprise dès ses premières années d’études est indispensable pour éviter que les étudiants ne choisissent des filières qui ne leur conviennent pas et pour favoriser leur insertion dans le monde professionnel. En résumé : rapprocher davantage la demande de l’offre, agir en amont des études en améliorant l’orientation, plutôt qu'après la formation en accompagnant les chômeurs de longue durée dans une insertion souvent chaotique. Et faire en sorte que l’étudiant choisisse sa formation au lieu de la subir !

Le rééquilibrage du développement économique entre les régions constitue la deuxième urgence. Le Nord-ouest de la Tunisie, qui est une région historiquement agricole, et le Sud-ouest, une région historiquement minière, souffrent d’une part, d’un manque d’équipements et d’infrastructures et d’autre part, d’un manque de diversification des activités économiques. Avec les progrès technologiques réalisés dans les deux branches agricoles et minières, la demande en main d’œuvre a fortement chuté ces dernières années, ne laissant aux habitants des régions concernées que le choix du chômage, de la migration ou de l’immigration.

L’effondrement du modèle social sur lequel le pays a été bâti est déstabilisant pour toute la société. Les conséquences ont commencé à se faire ressentir avec les évènements de Redeyef, et la réponse de l’Etat a été plus que décevante et frustrante pour tous. Il ne faut pas que le sentiment de désespoir que peuvent ressentir les gens qui souffrent de cette situation ne se transforme en sentiment d’injustice. Car cela justifierait tous les extrémismes.

Source image: Consultation Nationale sur l'Emploi.

15 septembre 2008

Annee scolaire, annee gruyere...


La journée de la rentrée des classes n'est pas encore achevée, et on nous informe déjà du calendrier des vacances... Disons que c'est de la motivation à la façon tunisienne: commencer l'année en se réjouissant des proches vacances! Et elles sont vraiment proches, et bien trop nombreuses...


Ainsi, un élève/lycéen/instituteur/professeur/enseignant commence l'année le 15 Septembre, pour aussitôt prendre une pause de 3 jours de "digestion de Ramadan" fin Septembre. Le mois d'Octobre sera récompensé de 9 ( c'est à dire 7 +2) jours de vacances début Novembre. Et puis arrive le mois de Décembre avec ses 10 jours fériés, suivi d'un Janvier amputé de ses 4 premiers jours...Les 4 jours de congé de Février serviront d'avant-goût aux deux dernières semaines de vacacnces de Mars. Avril et Mai seront légers, avec seulement un jour chacun, et l'année sera bouclée le 30 Juin! Les mois en rouge étant les mois contenant au moins un jour férié, on voit bien qu'il n'y a pratiquement pas de mois sans vacances!

Selon mes souvenirs, aux années 1980/1990, l'année scolaire n'était pas aussi généreuse en vacances...Nos élèves et professeurs sont-ils devenus plus productifs aux années 2000? Pourquoi tous ces trous dans l'année????

Année scolaire, année gruyère...ou L'enseignement, à la sauce tunisienne...

30 juin 2008

Hosni Mubarek: un tyran qui règne sur des lâches...



Ce sont les propos tenus, ou plutôt écrits par un lycéen égyptien de 17 ans sur sa copie d’examen, lors de l’épreuve des Mathématiques de l’examen de fin d’études secondaires. (Équivalent du baccalauréat)

Le jeune candidat (Hassen) a justifié son geste en expliquant qu’il était de toute façon persuadé qu’il n’allait pas réussir ses examens, puisqu’il venait d’une famille modeste qui ne pouvait lui payer les cours particuliers indispensables à sa réussite.

En Egypte, les enseignants de l’école publique sont très mal payés, et se voient souvent obligés de donner des cours privés moyennant cadeaux ou compensations en argent afin de joindre les deux bouts. La majorité d’entre ceux qui se consacrent à ces cours privés et lucratifs négligent par conséquent leur devoir public.

Résultat : les riches qui ont les moyens de se payer des cours particuliers ont plus de chance de réussir. Quant aux pauvres, ils doivent être très intelligents pour (peut-être) s’en sortir….et pour espérer échapper au cercle vicieux de la pauvreté grâce à des études supérieures.

Hassan a été arrêté et entendu pendant des heures par les autorités égyptiennes qui lui ont interdit de passer plus d'examens cette année. Il devra les reprendre tous l'année suivante et pourra être poursuivi pour diffamation. Motif de la sanction : un incroyable courage et une grande lucidité sur sa condition socio-économique défavorisée. Son crime : avoir pris la liberté de dire SA vérité…

Source.

02 novembre 2007

Scandaleux!

Aujourd'hui, le quotidien "Le Temps" publie une lettre reçue d'un parent d'un élève de 11 an qui a été aggréssé physiquement par son instituteur. Son tort? Avoir refusé de s'inscrire aux cours particuliers dispensés par cet instituteur dans son domicile...

« Je soussigné M. A., père de l'enfant A. A., âgé de 11 ans et inscrit à l'école Slaheddine Bouchoucha - Hammam-Lif, en 5ème A, porte à votre connaissance ce qui suit :

Le mercredi 31/10/2007, mon fils a été victime de violences graves de la part de son instituteur... en classe : arrachement de cheveux, traumatisme de la colonne vertébrale au niveau du cou, contusion de l'oreille et puis une fois par terre, il l'a roué de coups de pieds sur tout le corps.

A signaler que pareille attitude est motivée par mon refus d'inscrire mon fils aux cours particuliers instaurés par l'instituteur à son domicile sous la menace, en effet, il a brandi un grand cercle rouge (un zéro) à tous les élèves les menaçant de le leur coller au cas ils ne souscriraient pas à ses « études particulières » ( ?)

Il est grand temps qu'on décide enfin de protéger les élèves de pareilles manœuvres portant préjudice au corps enseignant. Inutile de vous préciser que mon fils est arrivé à redouter le fait même d'aller à l'école. Puisse votre courageux journal contribuer à assainir le milieu scolaire."

Depuis quand les cours particuliers sont obligatoires? Qu'est ce que c'est que ces instituteurs et professeurs de l'enseignement public qui se transforment en commerçants malhonnêtes et violents? C'est tout simplement scandaleux! Immaginez la terreur qu'un tel homme a pu instaurer dans sa classe, imaginez ce que vivent ces gosses de 11 ans avec un tel instituteur? Que faire pour mettre un terme à ce genre de pratiques qui deviennent courantes dans nos établissements scolaires?

05 juillet 2007

Université-Entreprise


L'UTICA a organisé dernièrement une journée de sensibilisation pour booster le partenariat Université-Entreprise dans le domaine de la recherche et le développement. C'est une initiative intéressante dans la mesure où l'innovation et la recherche peuvent constituer un excellent avantage compétitif pour les entreprises tunisiennes. Toutefois, je vois l'urgence ailleurs. Les entreprises tunisiennes ne devraient-elles pas cesser d'ignorer les étudiants et commencer à croire en leur potentiel? Ne faudrait-il pas encourager les entreprises à former des jeunes en cours d'études afin qu'ils acquièrent en parallèle à leur formation théorique de l'expérience professionnelle qui ne peut que valoriser leurs CV? Quand j'ai fait mes 4 années d'études à l'IHEC, le stage était considéré par 99% des étudiants comme un "problème", un "obstacle" de plus dans le cursus...Pour rendre leurs rapports de stages, les étudiants se débrouillaient pour trouver un ancien rapport ce qui les débarassait de l'obligation du stage...Pourquoi est ce que les stages dans cette école de renommée sont-ils "obligatoires"???? Ils devraient faire naturellement partie du cursus car à mon avis, l'expérience professionnelle vaut parfois bien plus que le diplôme. A ce sujet, l'université tunisienne est aussi est à blâmer, car elle n'encourage pas assez ses étudiants à entrer dans le monde professionnel en cours d'études, et elle n'invite pas assez les entreprises à l'université. Aux entreprises de faire aussi l'effort d'intégrer le stagiaire, de l'impliquer, de le responsabiliser afin qu'il ressorte avec une valeur ajoutée après son stage, et non avec un "diplôme d'aptitude en photocopie"...