09 juin 2009

Scénario de succession

La mort du dictateur Bongo après 41 ans au pouvoir vient poser l’épineux problème de la succession. Un problème récurant dans tous les pays où le pouvoir est hyper personnalisé et centralisé en une seule personne, le président lui-même. Bongo était l’un de ces dirigeants qui n’apprécient guère le partage. Il était le seul à décider de toutes les affaires du pays, jusqu’aux moindres petits détails insignifiants. Avec de tels modes de gouvernance, le système décisionnaire ne peut fonctionner sans la clé de voûte présidentielle. En son absence, tout le système risque de s’écrouler, comme un château de cartes auquel on aurait retiré son principal pilier. Il est donc normal qu’après disparition du chef suprême, le pays entre dans une période de troubles et d’incertitudes rythmée par les guerres de clans et les tentatives de prise du pouvoir par la force.

Beaucoup de dictateurs ont bien compris la fragilité de leurs systèmes, et ont commencé à travailler sur la question de leur succession bien avant leur disparition. Pour cela, ils ont pour la plupart privilégié une démarche dynastique. A l’instar des présidents syrien, libyen, égyptien ou nord-coréen, qui ont respectivement désigné un fils pour hériter du pays qu’ils dirigent, et qui préparent déjà leurs opinions publiques et l’opinion internationale à accepter un tel fait.

Mais quand la succession verticale n’est pas possible pour absence de rejeton en âge d’exercer, c’est la voix horizontale qui semble être privilégiée par les dictateurs, sans pour autant sortir du cercle familial. C’est la tendance qui ne cesse de se confirmer chez nos voisins algériens, où le président Bouteflika, fraichement réélu, a déjà commencé à ouvrir la voix à son frère Said, qui prépare la création de son nouveau parti politique, étape préalable à la prise du pouvoir. En Tunisie, une succession « en transversale » est plausible, par l’intermédiaire du gendre du président. Celui-ci fait l’objet de toutes les spéculations, depuis sa montée en puissance fulgurante sur les plans économique, politique et médiatique, et ce en l’espace de quelques années seulement…

Et les peuples dans tout cela? Laisseront-ils tomber aussi facilement le modèle républicain pour une forme de pouvoir qui se rapproche de celui d’une monarchie constitutionnelle ?

Les scènes politiques dans ces pays sont dans un état lamentable, elles n’offrent aucune vraie alternative ou changement, ni même la possibilité de faire un choix différent au sein des partis politiques surpuissants des présidents en place. Par manque de culture politique ou par intérêt, beaucoup auront tendance à se ranger derrière « l’homme puissant du moment », à défaut de pouvoir faire un choix par conviction et sur la base d’un programme politique bien défini auquel ils peuvent adhérer.

Il n’y a qu’une solution pour échapper à de tels scénarios de succession : une prise de conscience collective qui émanerait d’un réel désir de changement !


06 juin 2009

Gafsa: souvenons-nous!


Le 6 Juin 2008 éclatait l'un des plus importants mouvements sociaux de l'histoire récente de la Tunisie. Il y a un an, les forces de l'ordre ont tiré sur des citoyens, faisant 2 morts et plus de 20 blessés. Leur tort: avoir manifesté durant des mois contre la corruption, le chômage, et la pollution de leur environement. La tension était telle que l'on a eu recours à l'armée pour boucler le bassin minier de Gafsa, dans le sud-est du pays.

Après un an, le bilan est lourd: plusieurs centaines de manifestants arrêtés, certains ont été condamnés à des peines de 10 ans d’emprisonnement. Des dizaines de familles vivent un calvaire continu en étant de plus en plus éloignés de leurs proches prisonniers. Aucune enquête sur les évenèments n'a abouti. Récemment, la ligue des droits de l'homme a été interdite de déposer un simple appel à la libération des prisonniers. Aucun droit à la parole n'est permis, aucune revendication n'est tolérée...

Alors, faute de pouvoir rendre justice à tous ceux qui ont souffert et qui continuent de souffrir de cette situation, il nous reste le devoir de mémoire : se souvenir de ces évènements violents qui ont marqué à jamais la population de cette région, pour que ces injustices ne tombent pas dans l'oubli...

14 mai 2009

Not Free


Y a-t-il chose plus bête que de censurer un blog?

La censure d'un blog, qui est de plus aussi populaire que celui de 3amrouch, provoque automatiquement une onde de choc dans la blogosphère pour dénoncer cet acte inutile. Cela a pour conséquence de médiatiser cet acte de censure, et de relayer largement l'information que l'on a voulu cacher. Avec quelques centaines de visiteurs par jour et pour chaque blog qui reprend le fameux tabou, le censeur fait exactement ce qu'il faut pour la diffuser plus vite et plus fort.

Tout blog est facilement dupliquable si son auteur le souhaite. Le censurer, c'est tout simplement le déplacer sur la toile. Il existera toujours et sera également accessible, d'une manière ou d'une autre. Ce qui laisserait penser que la sanction de la censure est plus symbolique qu'effective. C'est pour punir. C'est une manière de rappeler à chacun que l'on est surveillé, et aussi de redéfinir les lignes rouges à ne pas dépasser...

Une nouvelle fois, la Tunisie confirme son statut de "Not Free" obtenu dans le dernier rapport de Freedom House, dont voici un extrait:

Although the Tunisian blogosphere is still young (effectively started in 2006) and comparatively small (600 active blogs), it serves as a dynamic alternative forum for the practice of free speech. Blogs have begun to play an important role in addressing issues and events that are considered to lie beyond the "red lines" observed by traditional media, such as the labor riots that took place in the Gafsa mining area in early 2008

12 mai 2009

Tragédie en 5 actes...


Nous sommes le 12 Mai, à 5 mois seulement du vote d'Octobre prochain, et rien ne se passe en Tunisie.. Alors que dans d'autres pays démocratiques la bataille entre partis et candidats débute un an avant le vote final, nos principaux sujets de discussion et de débat tournent autour de la religion, du foot ou de la télé-réalité. Quand dans les pays où il y a un réel enjeu et un vrai désir de changement, les élections sont le principal sujet de discussion et de débat dans les médias et entre citoyens, le calme règne sur notre scène politique et dans nos médias : pas de débats, pas d'interviews, pas de sondages...Rien de tout celà. Même dans le parti unique, seul vrai acteur de ces fausses élections, rien ne se passe vraiment. Militants et symathisants ne peuvent même pas choisir le candidat de leur parti aux élections. C'est toujours le même, évidemment...

Pourtant, ce ne sont pas les sujets et thèmes de débats qui manquent. Chômage élevé, une croissance en berne, de difficiles débouchés pour les diplômés, des jeunes qui ne croient plus à grand chose, une éducation de masse qui ne forme plus, un système de santé enrhumé, une presse non libre, corruption, affairisme, clientellisme, "familiarisme", renforcement des inégalités, entre pauvres et riches, entre "littoral" et "intérieur", entre "bien nés" et "mal nés"...sans parler de la justice, de l'administration, de la censure...Nous aurions l'embarras du choix!

Les prochaines élections seront probablement la dernière échéance avant qu'un nouveau "changement" ne survienne. Beaucoup de gens le ressentent, appréhendent et attendent en silence. Une atmosphère de fin de rigne s'installe progressivement dans le pays. Et elle ressemble étrangement, à quelques détails près, à celle de l'époque du Roi-Soleil (17ème siècle) en France, dont voici une brève description tirée d'un ouvrage sur Phèdre, la tragédie en 5 actes de Jean Racine :

"Racine rompt avec Champmeslé et épouse une bourgeoise de bonne famille, dont il a de nombreux enfants. Nommé histographe du roi, il embrasse de nouvelles fonctions qui le rapprochent davantage de la cour et du pouvoir: logé à Versailles, considéré comme un familié du monarque, Racine mène une vie bien établie. Il adopte en outre les tendances idéologiques qui se dessinent à la fin de règne de Louis XIV: la religion occupe tous les esprits, sous l'influence de Mme de Maintenon, épouse morganatique du roi. Cette grande dame austère commande à Racine deux pièces religieuses, de forte inspiration biblique, Esther et Athalie. Le Grand Siècle devient bigot, les fêtes brillantes appartiennent au passé et le vieux roi prie pour son âme. Une atmosphère de fin de règne s'installe". Phèdre, Brigitte Prost