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04 mars 2012

Tunisie : débat faussé, opposition effacée


[AFP/Fethi Belaid]


Un débat faussé


Plus le temps passe, plus le gouvernement semble dans l’incapacité de faire face aux difficultés qu’il rencontre pour redresser la situation économique et sociale du pays. Fortement critiqué pour son laisser-faire sur la question des salafistes, pour son incompétence sur le dossier de l’emploi, ou encore pour sa mauvaise gestion des conséquences des intempéries qui ont touché récemment le Nord-Ouest du pays, le gouvernement refuse la critique, se replie sur lui-même, crie au complot et fait diversion. Des signes d’agitation qui ne font que traduire une situation d'échec et d'incompétence. L'absence de Jebali lors des questions aux gouvernement renforce cette impression. 


S’éloignant des vrais problèmes du pays et des vrais enjeux de la révolution, le débat est déplacé sur d’autres sujets de nature à déchainer les passions et à diviser l’opinion, comme la religion ou l’identité. On veut nous faire croire qu’aujourd’hui notre « identité arabo-musulmane » est en danger et que la gauche « athée » et « occidentalisée » en est la cause principale. 

Cette gauche serait d’ailleurs en passe de confisquer le pouvoir par la force, selon les dernières déclarations sans preuves des ministres de Jebali. Ce coup d’Etat imminent serait bien entendu appuyé de l’étranger et fomenté avec le mouvement syndical, considéré comme perverti par les idées de la gauche et manipulé par les mouvements destouriens contre-révolutionnaires. Opposition et médias affiliés (c'est à dire 90% des médias tunisiens selon le chef du gouvernement!) représenteraient le plus grand danger pour le pays, et le gouvernement, qui est « légitime » faut-il le rappeler, en serait la première victime. On accuse donc « les ennemis du gouvernement » d’être derrière la baisse des investissements, derrière l’absence de touristes, derrière la colère des marginalisés, etc. Une stratégie qui permet de détourner le débat des vraies priorités, de diviser l'opinion, et qui consiste à répondre par une démagogie passionnelle à des problèmes qui appellent à la plus grande rationalité et responsabilité !


Le débat polémique basé sur la religion et entretenu volontairement par certains responsables d’Ennahdha montre aussi qu’une frange de ce mouvement n’a pas renoncé à son projet originel d’islamisation de l’Etat, des lois et de la société. La démocratie semble représenter pour eux juste un moyen légal pour réaliser ce projet, plutôt qu’un esprit de gouvernance favorisant les libertés, l’émancipation de l’individu, le pluralisme politique, l’alternance au pouvoir, et où nulle loi, quelque sacrée qu'elle soit, n'est supérieure à la loi de la République. 

Effet direct de cette diversion : alors qu’avant les élections, les partis affichaient un consensus large autour de l’article 1 de la première constitution, évacuant par l'occasion le débat identitaire, les élus se retrouvent aujourd’hui à discuter, et ce dès le préambule du texte fondamental, de l’inscription de la Charia dans la nouvelle constitution. Une constitution censée s’inspirer avant tout des principes de liberté, de dignité, de travail, de justice...



Sur l’opposition tu ne pourras compter ?


De leur part, les partis d’opposition tendent  à se regrouper en coalitions pour augmenter leur poids électoral, dans une logique purement quantitative, et sans veiller au préalable à se réformer et à chercher un minimum de cohérence. Fragilisés par des démissions et des guéguerres internes, ces partis n'arrivent pas à renforcer leurs bases militantes pour mieux promouvoir leurs idées, et convaincre les tunisiens du bien-fondé de leurs programmes politiques. La plupart d’entre eux n’ont toujours pas renouvelé leurs dirigeants, ni passé le stade de « partis de personnalités », basé sur le culte de la personne fondatrice du parti.  Les conflits de personnes et d’égos qui les fragilisent ne cèderont la place aux débats d’idées que lorsque ces partis décideront enfin de faire leurs propres révolutions internes, et réfléchiront sérieusement à de vrais projets politiques qui rassemblent plutôt que divisent, et qui donnent du sens à notre avenir.


Plutôt que de s’adresser aux populations et se rapprocher d’elles pour les reconquérir, on a plutôt le sentiment que l’opposition cherche avant tout à convaincre la majorité de son existence, en reproduisant des réflexes d’opposition pré-révolutionnaires. Par son boycott de la séance des questions au gouvernement pour temps de parole insuffisant, l’opposition a préféré marquer sa présence en brillant par son absence, plutôt que de participer au débat par des contre- propositions convaincantes et efficaces qui lui feraient gagner des points dans l'opinion.


Pire encore, certains de ces partis d’opposition n’hésitent pas à mimer la stratégie des partis au pouvoir dans l’espoir d’égaler leur performance électorale, en ayant notamment recours au registre islamique pour légitimer leur action aux yeux des masses. L’UPL qui appelle à inscrire la Charia dans la constitution ou le PDP qui défend l’inscription de la référence aux valeurs islamiques dans le préambule de la constitution, après avoir dénoncé pendant toute la campagne électorale le projet islamiste d’Ennahdha, sont de parfaits exemples de cet opportunisme politique qui décrédibilise l’opposition, brouille son image et rend incrédule son message..


29 janvier 2012

Tunisie : les difficultés du gouvernement Jebali




Évoquant la situation délicate que traverse le pays sur les plans économique social et sécuritaire, le premier ministre tunisien, interviewé par une journaliste à Davos, avoue sa difficulté à gouverner le pays dans les conditions actuelles. Le jour même, l’appel de l’opposition pour une marche des libertés dans la capitale a drainé une foule dense de milliers de personnes, un nombre de manifestants probablement supérieur aux attentes des organisateurs,  reflétant l'état de mécontentement et la crise de confiance actuelle qui touche le gouvernement Jebali pour des raisons diverses et variées.  

Avec la crise économique internationale, d'autres conditions étaient réunies pour que la situation se corse rapidement après les élections. La forte mobilisation des populations pendant la campagne électorale à  coups de promesses irréalistes et irréalisables s'est vite retournée contre le gouvernement une fois constitué. L‘effet inflationniste des promesses électorales a exacerbé les attentes; la déception post-électorale et la colère qui est montée partout dans le pays en sont la conséquence directe. Une colère restée intacte un an après la révolution. Le temps mis pour négocier les modalités et les conditions de partage du pouvoir, et pour constituer un gouvernement qui se révèle finalement peu expérimenté et opérationnel, n’a fait qu'augmenter l'insatisfaction. Le mois de janvier a ainsi été marqué par la recrudescence des contestations sociales et politiques partout dans le pays. Le nombre élevé de grèves, de manifestations, de tentatives d’immolations et de routes coupées paralyse partiellement l’activité économique depuis le début de l’année. 

Ne sachant dans l'immédiat que répondre aux revendications, le gouvernement ne trouve pas mieux, pour gagner du temps, que de crier au complot, et dénoncer la responsabilité d’une gauche "minoritaire" et "contre-révolutionnaire", qu’il convient aujourd’hui de désigner par la « gauche zéro », en référence aux faibles scores électoraux qu’elle a obtenus. Autre complot que le gouvernement ne cesse de dénoncer : le parti-pris d’une grande majorité des médias et journaux qui, par leur critique obsessionnelle et peu objective du gouvernement, sont accusés de rouler pour l’ancien régime et d’agir à l’encontre de la « volonté du peuple ». Sans parler de l’UGTT, accusée de rouler pour la gauche zéro, ou du gouvernement sortant accusé d’avoir pourri la situation avant de partir…  
Certes, tout le monde ne veut pas que du bien pour Ennahdha et ses alliés. Mais de là à crier au complot généralisé, le pas est vite franchi par un gouvernement qui se complaît dans la victimisation, en attendant de trouver de vraies solutions..

Faute de pouvoir susciter l’adhésion autour d’un vrai projet de relance et de réforme qui soit clair et affiché, le gouvernement cherchera pendant ce temps à exister sur la scène internationale. Non sans agacer, là encore. Réception en grandes pompes du leader du Hamas accueilli avec ferveur et … quelques slogans anti-juifs ; tapis rouge pour une brochette de dictateurs venus fêter l’an I d’une révolution qui a chassé pas mal de leurs voisins dans le monde arabe et qui les menacent encore, etc. La stratégie qui consiste à repositionner la Tunisie sur le plan géopolitique en favorisant ses riches alliés arabo-musulmans laisse sceptique. Comment accorder confiance sans mot dire à ces monarques autoritaires qui refusent de coopérer et de renvoyer Ben Ali, sa famille et leurs avoirs, qu'ils protègent chez eux?  Là encore, la position du gouvernement n'a jamais été tout à fait claire, ni ferme.  

Les liens se tendent aussi avec la société civile sur la question des libertés et sur le débat identitaire, qu' Ennahdha et ses alliés ont cru bon de poursuivre après les élections. Le gouvernement est perçu d’un côté comme trop laxiste face aux comportements bruyants et agressifs d’une minorité salafiste; et de l’autre côté comme trop autoritaire avec des médias et des critiques qui,  il est vrai, se montrent souvent partiaux et parfois malhonnêtes dans leur traitement de l’information. Les positions se radicalisent de part et d’autres, les uns dénonçant une quasi « nouvelle dictature islamiste », quand les autres accusent leurs opposants d’être « des mécréants » et des contre-révolutionnaires. Cet attitude partagée de rejet de l’autre partie s’accompagne parfois d’une intention de nuire, latente ou affichée, comme en témoignent l’affaire de la vidéo du ministre de l’intérieur ou la violence des propos tenus par Chourou envers les manifestants. Comme à chaque fois, la réponse du gouvernement a été soit molle, soit tardive...

Le gouvernement Jebali va-t-il persévérer dans sa politique de l’accommodement, en agissant au gré de la pression de la rue, au risque d’être perçu comme refusant d'assumer des décisions difficiles, comme celle de se désolidariser nettement de la tendance salafiste? 

Et quel meilleur moyen pour asseoir sa légitimité et faire taire les critiques que de prouver par les actes, plutôt que par les discours partisans et populistes, que ce gouvernement mérite la confiance de tous les tunisiens, et pas uniquement celle de ses partisans?


Enfin, quelle sera la position du gouvernement face au rassemblement récent et au retour en force des néo-destouriens, un an après la dissolution du RCD? Va-t-on de nouveau crier au complot contre-révolutionnaire ou va-t-on plutôt travailler à créer une vraie alternative à ce qui reste d'un courant politique qui a déjà servi deux dictatures? 


La balle est maintenant dans le camp de Jebali et de son gouvernement de la Troîka. A eux de se rattraper et de nous convaincre qu'ils sont meilleurs que l'opposition de gauche et que les destouriens, comme ils le prétendent. Pour y arriver, ils gagneront certainement à unir les tunisiens, toutes tendances confondues, autour d'un vrai projet qui rassemble, plutôt qu'à les diviser. 






12 octobre 2011

Tunisie : schizophrénie électorale



La tournure qu'a pris l'affaire Nesma TV suite à la diffusion en dialecte tunisien du film franco-iranien "Persepolis" est révélatrice des maux de la Tunisie d'aujourd'hui, une Tunisie qui se cherche, toute convelescente qu'elle est du temps de la dictature.


Beaucoup de tension, de colère, de violence...et parfois de haine se sont cristrallisés, de part et d'autres, autour du tabou religieux de la représentation d'Allah, mais aussi du nouveau phénomène du port du voil intégral. Ces réactions exacerbées, de part et d'autre, révèlent le visage d'une société male dans sa peau et qui peine encore à s'accepter comme elle est : c'est à dire plurielle. Une société qui a aussi peur pour ses acquis identitaires, dont la définition varie selon les bords : conservatrice et arabo-musulmane pour les uns, progressiste et sécularisée pour d'autres.

Cet affront de la chaine privée Nesma- et son parti pri pour une certaine conception de la société tunisienne -  provoque des démonstrations de force, mais qui sont restées pacifiques jusqu'à preuve du contraire, d'une poignée de salafistes accompagnés de sympathisans conservateurs. Dans le même temps, on assiste à une levée de boucliers de la part des progressistes, avec parfois des messages un brin alarmistes quant au danger de la talibanisation imminente de la société. La réaction pitoyable du directeur de la chaîne en est un parfait exemple...Remarquez que des deux côtés, on a recours aux mêmes procédés : la dramatisation des faits et la persuasion par la peur du camp adverse...

Ces réactions prouvent que le chemin à parcourir est encore long, avant qu'une Tunisie plurielle ne trouve son équilibre.

C'est que naître, grandir et vivre dans une société cadrée, contrôlée, surveillée dans ses moindres gestes et expressions, et élevée dans la peur de la différence et la detestation des extrêmismes, laisse des traces chez tous et n'aide pas à la tolérance. Avant la révolution, les tunisiens étaient de deux genres : les "khobzistes", ces opportunistes tout lisses qui renonçaient à leurs convictions pour plaire à l'Etat, et les passifs, ces êtres creux qui préféraient ne croire en rien et suivre la mouvance. Aujourd'hui, on voit encore beaucoup de "khobzistes" et de passifs, mais on voit également des communistes, des salafistes, des laïcistes, des humanistes, des athés, des conservateurs etc. et la liste est longue.


Les tunsiens, de tous bords, semblent à peine découvrir le vrai visage de leur pays, sans le fard et loin des clichés mauves de la propagande de Ben Ali qui prétendaient que les tunisiens formaient un bloc monolitique et homogène composé de citoyens tolérants, modérés, ouverts sur l'occident, attachés à leur tradition et laïques...Les tunsiens, pour une bonne part, découvrent aujourd'hui leur société sous ses différentes facettes : du religieux radical, au laïque radical, en passant par une large frange composée de conservateurs et de modérés.


Les médias étangers, mais également pas mal de nos médias, semblent aussi être dans le même état de torpeur face à l'enchaînement rapide des évènements, et ne s'intéressent, par fénéantisme, qu'aux plus bruyants. Au lieu de chercher à comprendre les motivations profondes des uns et des autres, et leur réel impact dans la société, on nous ressort une bonne vielle recette benalienne éprouvée : la montée dangereuse de la fièvre salafiste qui menace tout le pays...et qui pourrait rapidement justifier tous les abus et les dépassements.


Les choses sont pourant un peu plus compliquées que cela, et la Tunisie n'est ni laïque et progressiste dans sa majorité, ni subitement envahie par les salafistes et par le voil intégral. C'est le fait de minorités, qui sont beaucoup plus visibles aujourd'hui, et determinées à s'exprimer et à réclamer l'espace qui leur a été confisqué. Quoi de plus normal dans ce cas que de voir des barbus et des conservateurs resurgir, à chaque fois que l'occasion s'y prête, en gardiens du livre et de ses règles sacrées? Ils sont dans leur rôle, comme leurs contradicteurs sont dans le leur quand ils défendent leurs propres convictions.

Mais quand, d'un côté, les uns dénoncent la pseudo influence sioniste et franc-maçonne qui agit sur les esprits des tunsiens pour justifier leur projet de société conservateur (pour ne pas dire rétrogade pour certains d'entre eux...) et appeler à la censure; et quand, de l'autre côté, on crie au ras de marée islamiste...on frise rapidement la caricature et on se trompe de combat. Car le seul et vrai enjeu du moment est de faire de nos premières élections libres un succès! Nos élus autront ensuite le temps de débattre de ces sujets, entre autres.  

Le danger de radicalisation de la société existe réellement en Tunisie, surtout en cette phase de transition, et comme c'est le cas un peu partout dans le monde. Les plus vielles démocraties occidentales font face aujourd'hui aux mêmes phénomènes de société, comme la radicalisation religieuse. Mais il ne tient qu'à nous de nous prévenir des mouvances violentes et radicales, en adoptant et en imposant un système démocratique et des institutions fortes, seuls romparts contre tous les extrêmismes. Agissons alors avant qu'il ne soit trop tard, au lieu de s'inquiéter!

Seul un vote massif, gage d'une assemblée fidèle à notre société, révèlera enfin notre vrai visage. Il faudra ensuite l'accepter comme il s'est dessiné... Les plus sceptiques diront que les votes traduiront une manipulation des masses. C'est possible. Mais si la participation au vote est forte, le poids des voix manipulées ne peut être que relatif. Cette affaire a eu le mérite de pousser les partis en compétition dans leurs retranchements et à les obliger à clarifier leurs positions respectives sur ces sujets brûlants, profitons-en alors pour affiner nos choix, pour voter en son âme et conscience et inciter ses proches à faire de même.



Crédits photo : FETHI BELAID/AFP

20 août 2010

Tunisie : allegeance au souverain

Restant dans la pure tradition benna-liste, qui doit elle-même remonter à la vieille tradition d'allégeance beylicale, des personnalités tunisiennes "d'envergure" ont lancé un appel à l'officialisation de la présidence à vie.

Au delà du véritable poids de ces 1000 et quelques noms dans la société tunisienne, et de l'impact réel de telles manifestations de soutien sur l'opinion publique, ces nouvelles listes témoignent de deux faits inédits.

En premier lieu, la date de diffusion de ces nouveaux appels : un an environ après la réélection du président. Traditionnellement, ces messages de soutien précèdent les périodes électorales d'un ou deux ans maximum. Ces nouveaux appels sont alors bien précoces pour concerner les prochaines élections qui ne se déroulent qu'en 2014. Tout porte à croire qu'ils viennent en appui et en préparation d'un autre évènement qui surviendrait en mi-mandat : probablement une nouvelle piqure de botox pour rajeunir notre constitution...

Il y a ensuite la composition de cette liste de noms qui diffère des précédentes dans le poids des secteurs de la société tunisienne représentés. Dans l'appel des 1000, l'élite économique du pays, qui occupaient naguère des positions minoritaires, prend cette fois la tête de la liste et une place importante en termes de nombre de signataires. Le poids des élites intellectuelles (avocats et universitaires) reste néanmoins important dans la liste. Preuve s'il en faut de la maturité des nombreux réseaux de corruption et de clientélisme, proches du pouvoir, et qui contribuent à son maintien pour la sauvegarde de leurs propres rentes.

Ces appels sonnent en tous cas l'ouverture du bal "démocratique" tunisien qui va façonner la Tunisie de demain. Avec pour thème principal : l'art anticonstitutionnel de rester au pouvoir. A suivre...

20 février 2010

"Il fait si bon vivre chez nous"


L'éditorial de ce Samedi du journal LeTemps au titre bien pompeux "Il fait bon vivre chez nous" est révélateur de la double nature contradictoire du régime tunisien : un régime autoritaire qui continue à vendre un pays stable et sécurisé, et de bénéficier en retour de l'image positive du "bon élève" au sein d'une communauté internationale hypocrite et opportuniste.

En quelques lignes, l'auteur commence à parler de tourisme pour finir par un rappel des principaux arguments usés par le régime pour vanter son modèle de réussite et bénéficier de la tolérance et de la coopération de la communauté internationale :

"(...)
Finalement la croissance, l'investissement, l'afflux des étrangers ne sont pas uniquement tributaires du cadre macro-économique viable. Rien ne se fait en effet sans stabilité politique, sans paix sociale et sans sécurité. Oui, il fait bon vivre chez nous. Et pour rien au monde nous n'y renoncerons."

Équilibre macro-économique, stabilité politique, paix sociale, et sécurité...Voici un mixe de critères qui parleront plus aux bailleurs de fonds et autres institutions économiques et financières internationales qu'à un citoyen lambda. Des institutions qui sont juges et parties à la fois : elles sont garantes des aides indispensables pour la Tunisie et sont en même temps les premières à lui donner des satisfécits et lui accorder le statut de "pays en voix de développement et de démocratisation". Des institutions qui obéissent aux seules lois du marché et qui sont constamment soumises à diverses pressions politiques. Elles ont une lecture macro-économique, normative et à court terme de la situation économique, sociale et politique d'un pays. Tant qu'un petit pays dépendant de leur aide comme la Tunisie continuera à absorber autant de fonds et à les rembourser, à simuler la libéralisation économique, à assurer la croissance, à éviter l'implosion sociale et à contrôler "l'invasion islamiste", on continuera à bien le considérer. Le régime tunisien l'a très bien compris. Mais cela suffit-il à accorder à un pays le statut de "bon élève", ou d'avancer qu'il y fait bon vivre?

Quel sens donner à des chiffres de croissance économique ou à une première position dans un classement si on extrait ces données de leur contexte social et politique? Que penser d'une croissance économique qui est accompagnée d'une augmentation du chômage et des inégalités? De la stabilité politique dans un contexte de censure et de répression des libertés et en l'absence de vraie alternance? Peut-on vraiment se sentir en sécurité dans un pays où on peut être constamment surveillé et où peu de gens sont à l'abri d'une sanction arbitraire? S'il fait si bon vivre en Tunisie, pourquoi ses jeunes et ses moins jeunes rêvent toujours de la quitter?

"Il fait bon vivre chez nous"; c'est peut-être ce que pense vraiment l'auteur de ce petit éditorial. D'autres citoyens tunisiens comme Saida, Hechmi, Sonia, Fahem, Sami et Mohammed ont leur propres opinions sur la question qu'ils développent dans une série de témoignages réalisés par la RSR. Écoutez-les, ça vaut mille de ces classements sur la qualité de vie en Tunisie...

17 janvier 2010

Jeunesse en Tunisie : promotion "carcerale"


Quoi de plus légitime et normal quand on est jeune, étudiant et doté d'un minimum de conscience que de se sentir concerné par l'amélioration des conditions de logement et d'études des dizaines de milliers de jeunes tunisiens inscrits à l'université. Et quoi de plus pacifique comme action de protestation que d'organiser des sit-in dans une résidence universitaire pour faire entendre ces revendications?

Et pourtant...Ce qui est considéré sous d'autres cieux moins répressifs comme une demande légitime et un engagement plutôt sain est systématiquement puni par de lourdes peines de prison en Tunisie, ce pays qui continue de se targuer d'être à l'initiative du programme onusien "
2010, année internationale de la jeunesse"...Quelle hypocrisie!

Arrêtés dans la violence et vraisemblablement maltraités, plusieurs étudiants militants et sympathisants du syndicat des étudiants sont aujourd'hui privés de leur liberté. Des procès sans droit de défense les condamnent à des peines disproportionnées par rapport à ce qu'on leur reproche, comme s'il y avait quelque chose de reprochable dans leur engagement. L'exemple des condamnés de Manouba ne suffisant pas, d'autres procès similaires semblent être en cours de préparation. Des militants de la ville de Sousse et de Bir el-Bey ont été arrêtés pour les mêmes motifs...

Cette fuite en avant et cet acharnement contre les étudiants semblent constituer un premier "
défi à relever", pour reprendre ce beau slogan de propagande, que le pouvoir s'est fixé pour ce cinquième quinquennat. Et comme par enchantement, c'est quand les choses empirent dans les faits qu'elles semblent aller au mieux dans notre presse schizophrène. Ainsi, devrions-nous nous réjouir de la "Déclaration de Tunis pour un meilleur avenir des jeunes" qui vient d'être prononcée pour promouvoir "l’approche tunisienne en matière de promotion de la jeunesse"...

A quand des "stages de promotion" dans les geôles tunisiennes pour tous les jeunes du monde?

26 décembre 2009

La Tunisie modèle de tolérence et de dialogue



L'image de la Tunisie s'est beaucoup détériorée depuis le dernier forcing "électoral" et la campagne de dénigrement et de répression des voix libres qui a suivi et qui se poursuit. Malgré une communication plus offensive répondant au coup par coup aux critiques et la multiplication des efforts de propagande, le pouvoir peine à rétablir son image d'avant, celle de garant de l'équilibre social et de la démocratisation progressive d'un pays paisible et ensoleillé... Cette mauvaise posture l'oblige à déployer davantage de moyens pour reconstruire son capital confiance, comme la récupération de toute mention positive et son amplification parfois à un point qui frise le ridicule...Deux exemples parmi d'autres de récupération et d'amplification maladroites marquent cette fin de semaine : l'ONU qui proclame 2010 année internationale de la jeunesse à l'initiative de la Tunisie, et la fille adoptive des Chirac qui salue le modèle tunisien et le cite en exemple de tolérance.

Alors que l'Assemblée Générale des Nations Unies n'a pas jugé utile de mentionner l'initiative tunisienne dans son seul et unique communiqué à ce sujet, la nouvelle a été intensivement relayée par les médias tunisiens donnant lieu à un concert de louanges et à des poussées de fierté
pour saluer "un nouveau témoignage édifiant de la grande estime que voue la communauté internationale à la Tunisie et à son Président". Beaucoup de bruit pour une simple résolution adoptée sans vote par la bureaucratie onusienne et très peu relayée dans les médias internationaux...

Quant à la fille Chirac, quand son père affirmait en 2003 en Tunisie que "
le premier des droits de l’Homme, c’est de manger, d’être soigné, de recevoir une éducation et d’avoir un habitat", elle a pour sa part eu la gentillesse de rajouter à la liste des droits "permis" aux tunisiens celui "de pratiquer la religion de son choix", tout en ignorant comme son père les autres droits et libertés qui sont systématiquement bafoués en ce moment en Tunisie. Qui sait, un jour viendra peut-être où les Chirac reconnaîtront aussi aux tunisiens leur droit à une société civilisée, juste et libre...

Ni les satisfécits de l'ONU ni les paroles d'une Chirac ne masqueront l'état de forte tension et la répression sévère que subit actuellement la société civile tunisienne. Cette quête de "bons points" pour se crédibiliser est d'autant plus ridicule que ce pouvoir qui se place comme modèle de tolérance et de dialogue avec la jeunesse aux yeux du monde continue d'envoyer en prison de jeunes étudiants syndicalistes et militants en Tunisie. C'est sur ses actes qu'un gouvernement est jugé et non par les paroles. Et ce sont ceux qui en parlent le plus, qui en font le moins...

Photo de
Mohamed Soudani, étudiant syndicaliste emprisonné

23 octobre 2009

Echos d'une campagne




A deux jours du "scrutin", tous les projecteurs sont braqués sur la Tunisie, ce petit pays de l'Afrique du Nord dont on entend si rarement parler... On ne compte plus les articles, enquêtes et reportages menés par des journalistes étrangers qui décrivent en majorité un système politique fermé dans un pays qui est avancé par rapport à ses voisins sur le plan économique, mais qui recule sur celui des droits et des libertés. Corruption, népotisme, chômage... sont des mots qui sont revenus souvent dans ces articles, cette année plus qu'en 2004.

Le régime tunisien, qui n'a jamais autant manqué de crédibilité aux yeux des observateurs internationaux, réagit en ce moment avec les mêmes méthodes qu'on lui connait pour faire face aux critiques - contribuant ainsi à leur donner plus de crédit :
harcèlement et arrestation de journalistes et de militants tunisiens, reconduite à la frontière de journalistes étrangers, censure des papiers et sites critiques, et multiplication des efforts de propagande pour défendre ce qui est dévenu indéfendable. Un dernier bilan de RSF résume bien la situation. Dans cette bataille de l'image évoquée précédemment, il se justifie par des décisions et des discours ambigus et contradictoires, qui dénotent bien l'état d'angoisse dans lequel les technocrates du régime doivent se trouver actuellement. Le ministre de la communication en a fait les frais :"L’organisation du tirage au sort donnant l’ordre de passage [des candidats] a d’ailleurs valu son poste au ministre de la Communication, limogé sur le champ, pour ne pas avoir tiré la boule du chef de l’Etat de sa poche plus discrètement." RSF.

L'article publié aujourd'hui dans LaPresse tunisienne est d'ailleurs un bel exemple de contradiction. Pour défendre ce régime, devenu expert dans la récupération des référentiels démocratiques occidentaux pour servir son image de démocratie naissante et progressive, l'auteur n'hésite pas à attaquer ces mêmes valeurs de liberté et de démocratie auxquelles pourtant le régime lui-même prétend se référer... Le tout en prenant soin de jouer sur la fibre nationaliste en accusant ses détracteurs d'intentions néo-colonialistes :

"Réveillez-vous, les Tunisiens ne sont plus ces indigènes ignorants à la merci de ces prédateurs blancs venus leur donner des leçons. (...) Quand l’Occident, qui s’érige en chantre de la liberté, piétine les droits de l’Homme, ce cortège d’esprits dits démocratiques préfèrent regarder ailleurs, plus doués pour compter leurs exploits médiatiques que les cadavres des autres. C’est le revers sanglant de la médaille dorée de la liberté à l'occidentale "

Quelle est alors cette liberté "à la tunisienne" que ce régime dit construire depuis maintenant 22 ans et semble privilégier aux autres modèles? Est-ce celle qu'il a pratiquée au début des années 90 pour réprimer durement toute l'opposition politique, des islamistes à l'extrême gauche? Ou bien peut-être est-ce celle qu'il pratique aujourd'hui pour étouffer le mouvement de contestation qui continue de secouer le bassin minier de Gafsa?

Si l'Occident a bien voulu croire et nous faire croire qu'il fallait accorder du temps à ce régime pour qu'il puisse consolider ses bases économiques et sociales pour ensuite initier la transition démocratique, il est forcé aujourd'hui de constater que ce temps accordé n'a servi qu'à consolider son caractère autoritaire et arbitraire. La transition démocratique tant attendue n'a jamais eu lieu. Bien au contraire, une combinaison de libéralisation économique profitant à une minorité, de répression et de décor démocratique définissent le mieux aujourd'hui ce régime du "changement", si choyé par l'occident pour sa bonne coopération sur les questions sécuritaires, migratoires et de libre échange...Qui croit encore que ce régime peut accoucher d'une quelconque forme de démocratie? Nous sommes face à un système qui ne sait plus se renouveler, qui est en pleine crise identitaire et idéologique, et qui se discrédite lui même en entretenant ses propres contradictions...

Nous avons eu droit dans cette campagne "électorale" à un énorme gâchi de ressources et d'argent pour amuser la galerie avec des tentes, des cirques, des éléphants et des concerts...Nous avons eu droit aussi à un président absent, et à une présidente par intérim qui s'est carrément substituée à son mari pour mener compagne et prendre du galon, sans légitimité aucune, mais avec certainement la volonté de sauvegarder quelques intérêts.

A suivre...

06 octobre 2009

Guerre d'image



Les médias tunisiens sont devenus experts dans la récupération et la manipulation des résultats obtenus par la Tunisie dans les différents classements internationaux. Après l'indice de qualité de vie présenté comme le fruit de 20 ans de "changement", omettant de préciser que le score de 2009 était en recul par rapport à celui de 2008 ; ou l'indice "d'instabilité politique et de vulnérabilité à l'agitation politique et sociale" présenté comme un indice de stabilité et de progrès démocratique alors qu'il ne faisait que refléter l'immobilisme politique du pays, nous avons eu droit cette semaine à l'indice de la gouvernance en Afrique. Cette fois encore, l'information était incomplète : elle ne mentionnait que la moyenne des scores obtenus par la Tunisie sur 5 critères d'évaluation, évitant de parler des notes très moyennes obtenues sur 2 de ces 5 critères- et pas les moindres: "Participation et droits humains " avec 45.3/100 et "Opportunités économiques" avec 52.5/100. (Voir rapport)

Il ne s'agit pas là de nier la situation relativement bonne du pays comparé à d'autres pays africains ou du monde arabe sur le plan du développement humain (initié d'ailleurs bien avant le changement) ou de celui de la sécurité (au prix d'un contrôle et d'une surveillance accrus de la société), mais de dénoncer l'interprétation trompeuse de ces résultats et leur détournement systématique à des fins de propagande. Il faut dire que pour un régime obsolète et de moins en moins crédible, de tels classements, c'est du pain béni! Cette soif de reconnaissance à l'échelle nationale et internationale ne cache-t-elle pas le mépris d'une large partie de l'opinion envers un régime qui continue de tabasser ses opposants, et ce même en pleine période électorale?

Telle est la stratégie déployée depuis plus de 20 ans pour construire et refléter l'image d'une Tunisie tranquille, heureuse et apaisée et pour détourner le regard sur les dérives du pouvoir. A côté de la quasi-totalité des médias tunisiens qui sont exclusivement voués à cette basse besogne, d'autres magazines étrangers comme Afrique Asie , Arabies, ou dans une moindre mesure Jeune Afrique , tous très sensibles à la manne publicitaire de l'état tunisien, contribuent aussi à véhiculer une telle image en prenant soin d'éviter les sujets qui fâchent comme la question sociale ou celle des libertés.

Mais dans cette guerre de l'image, qui passe indéniablement par une guerre de l'information, le pouvoir n'a plus le monopole de la parole et perd depuis un certain temps du terrain. Des chaînes satellitaires comme Al Jazira, connue pour son ton libre et critique envers les dictatures arabes, continuent de déranger en donnant la parole à des militants et à des opposants tunisiens. Ce qui lui vaut régulièrement de véritables compagnes de dénigrement de la part du pouvoir. Actuellement, pas moins de
deux livres critiques sur la situation de la Tunisie circulent et peuvent être téléchargés sur le net. Toutes les tentatives de censure déployées pour contrer ces sources d'information alternatives n'ont pas réussi à empêcher leur diffusion. Dans cette guerre de l'image, le pouvoir ne cesse de perdre des batailles. Entre temps, c'est malheureusement l'image de tout pays, mal représenté, qui continue à se détériorer...

27 août 2009

Décor électoral

Malgré la faim et la chaleur, la presse tunisienne a fait la fête aujourd'hui, à l'occasion de la pré-victoire aux présidentielles du "fils du peuple"...Et les photos étaient comme à leur habitude délicieuses:

Version 2009




Le plus frappant dans ces scènes devenues si familières, est l'extrême ressemblance des évènements - des textes et des scénarios aussi. J'ai voulu vérifier cette impression de "déjà vu", en allant fouiller dans les archives de notre Pravda nationale pour comparer les comptes-rendus des journées de dépôt de la candidature "suprême" pour les élections de 2004 et de 2009. Seulement, les archives de LaPresse s'arrêtent exactement au mois d'octobre 2004, impossible de remonter plus loin...Ils ont raison de raisonner en quinquennat, les archives de 22 années de changement pèseraient bien lourd!

Mais j'ai trouvé ailleurs ce que je cherchais, et la ressemblance des photos est troublante :

Version 2004

Vous remarquerez que mêmes les membres du conseil constitutionnel ne changent pas d'une élection à l'autre...Même chose du côté de l'opposition politique, qui comme prévu a fait preuve de courage et d'honnêteté en plébiscitant leur éternel et bien-aimé adversaire...

Evidemment, tous ces efforts font partie du décor pluraliste et constitutionnel qu'on veut absolument attribuer à ces élections. Mais pour qu'un décor soit crédible, il doit faire preuve d'un minimum de vraisemblance et de variété : il ne faudrait pas toujours utiliser les mêmes d'une élection à l'autre...Cette monotonie électorale qui dure depuis 20 ans ne dupe plus grand monde, à part ceux qui veulent bien y croire. Des phrases comme "veiller à ce que la Tunisie demeure constamment la patrie du sérieux, de l'effort, de l'équilibre et de la modération" ne correspondent plus à la réalité du pays. Quand plusieurs partis dits de l'opposition appellent pour voter pour un parti concurrent, ce n'est pas "sérieux". Quand un parti unique monopolise la scène politique et médiatique, ce n'est pas "équilibré". Et quand la Cour de cassation rejette le pourvoi des détenus du bassin minier, ce n'est pas ce qu'on peut appeler de la "modération".

16 juillet 2009

Propaganda


L’information de la semaine, à savoir le lancement en Tunisie et en avant-première mondiale du nouveau bolide de la marque Porsche, n’a dû échapper à personne. L’information, lancée par « TAP Propaganda », a aussitôt été reprise par l’ensemble des journaux en ligne, chacun y mettant un peu du sien pour donner à ce micro-évènement une dimension nationale, presque patriotique…

Mais de quoi s’agit-il au fait? Une marque positionnée sur le marché de l’automobile de luxe, en manque de ventes, lance un nouveau modèle dans un contexte mondial marqué par la crise économique et par une chute vertigineuse des ventes mondiales de voitures, qu’elles soient luxueuses ou pas. Mais en Tunisie, l’information est présentée comme étant un évènement d’envergure : « une prouesse qui témoigne, si besoin est, d'une forte conviction du constructeur allemand dans les potentialités du marché tunisien, le savoir-faire et l'efficacité commerciale de son concessionnaire tunisien ». Le concessionnaire en question n’est autre que la société Ennakl…


Quelles sont donc ces fameuses potentialités du marché tunisien pour vendre cette machine qui sera facturée au prix indécent de 250 000 DT (140 000 €), soit plus de 1000 fois le SMIG tunisien ? D’après le concessionnaire tunisien, ce « fort potentiel » est estimé à 40-50 ventes par an. Ce qui représenterait un Chiffre d’Affaires d’environ 7 millions d’€ par an pour le constructeur, soit moins de 0,5% de son CA mondial, si l’on se base sur les résultats du groupe au cours des 9 derniers mois (4,6 milliards d’€). Pas si fameux que cela le potentiel finalement…Le Directeur Commercial de la marque, quant à lui, se montre plus prudent sur « le potentiel du marché tunisien », et préfère invoquer « la stabilité économique du pays » et « ses performances économiques appréciables » pour justifier le choix de notre pays. Comme si le monsieur s’apprêtait à commercialiser des centrales nucléaires pour justifier la prise en compte de critères politiques et économiques pour choisir où il va lancer son produit en premier…

Beaucoup de bruit pour rien, donc. Ou presque…Car ce qu’il faut retenir de ce grand pas en avant vers le progrès et la modernité que vient de réaliser la Tunisie, c’est bien entendu «La stratégie avant-gardiste et visionnaire de notre président- directeur général, M. Mohamed Sakher El Materi, et ses excellentes relations avec les membres du directoire de Porsche A.G nous ont fait bénéficier d’une confiance certaine auprès de cette marque prestigieuse ».


Dans l’art de la récupération politique, rien ni personne ne pourra rivaliser avec la propagande tunisienne!


12 avril 2009

Manipulation d'information



Aux nouvelles officielles aujourd'hui un nouveau classement international, l'indicateur de stabilité politique, où la Tunisie est bien classée : elle obtient la deuxième place au niveau africain et la cinquième à l’échelle arabe. Elle occupe le même rang que des pays européens, de même qu’elle devance d’autres pays parmi eux.

Selon la machine propagandiste, tout celà est grâce l’approche du Président Ben Ali (qui) a consolidé les bases de l’édifice démocratique pluraliste, la promotion des libertés et du système des droits de l’Homme, la société du dialogue et la participation de toutes les forces vives à la définition des grands choix.

Cette information telle qu'elle est présentée est manipulée et incomplète.

Manipulée parce que ce qu'on nous présente comme indicateur de "stabilité politique" est en réalité un indicateur "d'instabilité politique et de vulnérabilité à l'agitation politique et sociale", comme l'explique le rapport. C'est différent. Cet indicateur ne mesure pas l'édifice démocratique des pays comme on veut nous le faire croire. Les pays qui devancent la Tunisie dans le classement arabe et africain ne sont que des dictatures encore plus enracinées comme la Lybie, les Emirats Arabes Unis ou le Sultanat d'Oman...Tout ce que nous révèle ce classement, c'est le degré d'immobilisme politique en Tunisie...

Incomplète, car la même équipe de The Economist Intelligence Unit a aussi émis un véritable indicateur de la démocratie dans chaque pays, où comme on l'imagine bien, la Tunisie est la dernière de la classe. Classée par le rapport dans la catégorie des "régimes authoritaires", la Tunisie arrive à la 141ème place sur 167 pays, avec une note globale de 2.96/10, et un zéro pointé pour le critère "Processus électoral et pluralisme"...

Finalement, ces classements ne nous aprennent pas grand chose de nouveau : le régime tunisien est authoritaire et modéremment vulnérable à l'agitation sociale et politique...