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29 janvier 2012

Tunisie : les difficultés du gouvernement Jebali




Évoquant la situation délicate que traverse le pays sur les plans économique social et sécuritaire, le premier ministre tunisien, interviewé par une journaliste à Davos, avoue sa difficulté à gouverner le pays dans les conditions actuelles. Le jour même, l’appel de l’opposition pour une marche des libertés dans la capitale a drainé une foule dense de milliers de personnes, un nombre de manifestants probablement supérieur aux attentes des organisateurs,  reflétant l'état de mécontentement et la crise de confiance actuelle qui touche le gouvernement Jebali pour des raisons diverses et variées.  

Avec la crise économique internationale, d'autres conditions étaient réunies pour que la situation se corse rapidement après les élections. La forte mobilisation des populations pendant la campagne électorale à  coups de promesses irréalistes et irréalisables s'est vite retournée contre le gouvernement une fois constitué. L‘effet inflationniste des promesses électorales a exacerbé les attentes; la déception post-électorale et la colère qui est montée partout dans le pays en sont la conséquence directe. Une colère restée intacte un an après la révolution. Le temps mis pour négocier les modalités et les conditions de partage du pouvoir, et pour constituer un gouvernement qui se révèle finalement peu expérimenté et opérationnel, n’a fait qu'augmenter l'insatisfaction. Le mois de janvier a ainsi été marqué par la recrudescence des contestations sociales et politiques partout dans le pays. Le nombre élevé de grèves, de manifestations, de tentatives d’immolations et de routes coupées paralyse partiellement l’activité économique depuis le début de l’année. 

Ne sachant dans l'immédiat que répondre aux revendications, le gouvernement ne trouve pas mieux, pour gagner du temps, que de crier au complot, et dénoncer la responsabilité d’une gauche "minoritaire" et "contre-révolutionnaire", qu’il convient aujourd’hui de désigner par la « gauche zéro », en référence aux faibles scores électoraux qu’elle a obtenus. Autre complot que le gouvernement ne cesse de dénoncer : le parti-pris d’une grande majorité des médias et journaux qui, par leur critique obsessionnelle et peu objective du gouvernement, sont accusés de rouler pour l’ancien régime et d’agir à l’encontre de la « volonté du peuple ». Sans parler de l’UGTT, accusée de rouler pour la gauche zéro, ou du gouvernement sortant accusé d’avoir pourri la situation avant de partir…  
Certes, tout le monde ne veut pas que du bien pour Ennahdha et ses alliés. Mais de là à crier au complot généralisé, le pas est vite franchi par un gouvernement qui se complaît dans la victimisation, en attendant de trouver de vraies solutions..

Faute de pouvoir susciter l’adhésion autour d’un vrai projet de relance et de réforme qui soit clair et affiché, le gouvernement cherchera pendant ce temps à exister sur la scène internationale. Non sans agacer, là encore. Réception en grandes pompes du leader du Hamas accueilli avec ferveur et … quelques slogans anti-juifs ; tapis rouge pour une brochette de dictateurs venus fêter l’an I d’une révolution qui a chassé pas mal de leurs voisins dans le monde arabe et qui les menacent encore, etc. La stratégie qui consiste à repositionner la Tunisie sur le plan géopolitique en favorisant ses riches alliés arabo-musulmans laisse sceptique. Comment accorder confiance sans mot dire à ces monarques autoritaires qui refusent de coopérer et de renvoyer Ben Ali, sa famille et leurs avoirs, qu'ils protègent chez eux?  Là encore, la position du gouvernement n'a jamais été tout à fait claire, ni ferme.  

Les liens se tendent aussi avec la société civile sur la question des libertés et sur le débat identitaire, qu' Ennahdha et ses alliés ont cru bon de poursuivre après les élections. Le gouvernement est perçu d’un côté comme trop laxiste face aux comportements bruyants et agressifs d’une minorité salafiste; et de l’autre côté comme trop autoritaire avec des médias et des critiques qui,  il est vrai, se montrent souvent partiaux et parfois malhonnêtes dans leur traitement de l’information. Les positions se radicalisent de part et d’autres, les uns dénonçant une quasi « nouvelle dictature islamiste », quand les autres accusent leurs opposants d’être « des mécréants » et des contre-révolutionnaires. Cet attitude partagée de rejet de l’autre partie s’accompagne parfois d’une intention de nuire, latente ou affichée, comme en témoignent l’affaire de la vidéo du ministre de l’intérieur ou la violence des propos tenus par Chourou envers les manifestants. Comme à chaque fois, la réponse du gouvernement a été soit molle, soit tardive...

Le gouvernement Jebali va-t-il persévérer dans sa politique de l’accommodement, en agissant au gré de la pression de la rue, au risque d’être perçu comme refusant d'assumer des décisions difficiles, comme celle de se désolidariser nettement de la tendance salafiste? 

Et quel meilleur moyen pour asseoir sa légitimité et faire taire les critiques que de prouver par les actes, plutôt que par les discours partisans et populistes, que ce gouvernement mérite la confiance de tous les tunisiens, et pas uniquement celle de ses partisans?


Enfin, quelle sera la position du gouvernement face au rassemblement récent et au retour en force des néo-destouriens, un an après la dissolution du RCD? Va-t-on de nouveau crier au complot contre-révolutionnaire ou va-t-on plutôt travailler à créer une vraie alternative à ce qui reste d'un courant politique qui a déjà servi deux dictatures? 


La balle est maintenant dans le camp de Jebali et de son gouvernement de la Troîka. A eux de se rattraper et de nous convaincre qu'ils sont meilleurs que l'opposition de gauche et que les destouriens, comme ils le prétendent. Pour y arriver, ils gagneront certainement à unir les tunisiens, toutes tendances confondues, autour d'un vrai projet qui rassemble, plutôt qu'à les diviser. 






25 avril 2011

Tunisie : journaliste, profession à réinventer


Avant la révolution, les tunisiens se méfiaient des médias nationaux audiovisuels et écrits pour leur affiliation ou leur assujettissement au pouvoir. Après la révolution, la parole a été libérée mais les tunisiens restent méfiants et insatisfaits. Ils continuent de douter de l'indépendance de certains médias et dénoncent le manque de professionnalisme des journalistes.


Même si l'on peut constater quelques améliorations depuis le 14 janvier, les journalistes tunisiens ne sont pas encore prêts à couvrir correctement la période électorale qui démarre. Autrefois inhibés et (auto)censurés, ils tentent petit à petit de reprendre possession de leur profession non sans difficultés. Les manquements sont flagrants en matière de respect des règles et de la déontologie journalistique dans le traitement de l'information, et la qualité du rendu n'est pas toujours à la hauteur des attentes.


A quelques exceptions près, on retrouve les mêmes lacunes chez les journalistes tunisiens, tout support confondu. Quand il dispose d'une information, le journaliste tunisien se contente généralement de la délivrer à l'état brut. Par moment, il ne prendra pas la peine de la vérifier, de la recouper, de contextualiser les faits et de les analyser, laissant libre champ à l'interprétation et à la rumeur. Dans son réflexe de peur du châtiment et d'obéissance aveugle à l'autorité, il ne se risque pas dans le traitement d'informations critiques envers le gouvernement. Parfois, le journaliste ne prend pas assez de distance et manque d'objectivité par rapport au sujet abordé, ce qui peut influencer l'opinion. Quand il anime un débat, il peine à le recadrer et à faire respecter le temps de parole, laissant passer les dérapages médiatiques. Dans ses écrits, il privilégiera l'opinion à l'enquête, la capitale à la région...


Ces lacunes, qui sont dues à un défaut de formation et à un manque d'expérience dans l'exercice libre et respectueux des règles de la profession de journaliste, sont renforcées par l'absence de cadre législatif structurant et de moyens de régulation. A défaut de compétences et de structures, le journalisme en Tunisie continuera à verser dans le sensationnalisme et dans les règlements de comptes et les journalistes à confondre leur rôle, ce qui n'apporte aucune valeur au citoyen qui a avant tout besoin de s'informer pour comprendre ce qui se passe dans le pays.

Le journaliste tunisien doit également faire face à d'autres difficultés liées à un environnement toujours hostile, qui ne respecte pas son métier et qui n'affectionne pas la transparence. Plusieurs cas d'agression de journalistes ont été
dénoncés, d'autres médias sont toujours indésirables. Deux photographes ont été arrêtés puis relâchés hier à Tunis parce qu'ils prenaient la police en photo. Certains journalistes continuent à être pointés du doigt pour leur proximité avec l'ancien régime. D'autres subissent des pressions et des menaces de poursuite quand ils s'intéressent un peu trop aux sujets sensibles liés à la corruption et la sécurité du pays. Et la disparition de la manne financière de l'ATCE, ancien organe de propagande, fragilise le secteur et commence à faire tomber des structures...


A trois mois du vote pour élire une assemblée constituante, et face à la multiplicité des partis politiques et à la complexité des questions à débattre, la situation devient inquiétante. Les recommandations annoncées par l'instance nationale pour l'information et la communication se font toujours attendre. Des journalistes de l'audiovisuel bénéficient actuellement d'un programme d'accompagnement de l'Audiovisuel Extérieur de France, et c'est une bonne chose. Mais qu'en est-il du cadre législatif? Dans quelles conditions et de quelle manière la campagne électorale va être couverte par les journalistes tunisiens? Disposeront-ils des moyens qu'il faut? Les médias électroniques seront-ils assujettis au même code que les autres médias? Les dérapages médiatiques seront-ils sanctionnés? A défaut de journalisme performant, les tunisiens continuent-ils à s'informer via Facebook et autres médias alternatifs?

Autant de questions sans réponses à ce jour...



Pour aller plus loin : ici (anglais) et ici (arabe)

Source photo : ici


26 décembre 2009

La Tunisie modèle de tolérence et de dialogue



L'image de la Tunisie s'est beaucoup détériorée depuis le dernier forcing "électoral" et la campagne de dénigrement et de répression des voix libres qui a suivi et qui se poursuit. Malgré une communication plus offensive répondant au coup par coup aux critiques et la multiplication des efforts de propagande, le pouvoir peine à rétablir son image d'avant, celle de garant de l'équilibre social et de la démocratisation progressive d'un pays paisible et ensoleillé... Cette mauvaise posture l'oblige à déployer davantage de moyens pour reconstruire son capital confiance, comme la récupération de toute mention positive et son amplification parfois à un point qui frise le ridicule...Deux exemples parmi d'autres de récupération et d'amplification maladroites marquent cette fin de semaine : l'ONU qui proclame 2010 année internationale de la jeunesse à l'initiative de la Tunisie, et la fille adoptive des Chirac qui salue le modèle tunisien et le cite en exemple de tolérance.

Alors que l'Assemblée Générale des Nations Unies n'a pas jugé utile de mentionner l'initiative tunisienne dans son seul et unique communiqué à ce sujet, la nouvelle a été intensivement relayée par les médias tunisiens donnant lieu à un concert de louanges et à des poussées de fierté
pour saluer "un nouveau témoignage édifiant de la grande estime que voue la communauté internationale à la Tunisie et à son Président". Beaucoup de bruit pour une simple résolution adoptée sans vote par la bureaucratie onusienne et très peu relayée dans les médias internationaux...

Quant à la fille Chirac, quand son père affirmait en 2003 en Tunisie que "
le premier des droits de l’Homme, c’est de manger, d’être soigné, de recevoir une éducation et d’avoir un habitat", elle a pour sa part eu la gentillesse de rajouter à la liste des droits "permis" aux tunisiens celui "de pratiquer la religion de son choix", tout en ignorant comme son père les autres droits et libertés qui sont systématiquement bafoués en ce moment en Tunisie. Qui sait, un jour viendra peut-être où les Chirac reconnaîtront aussi aux tunisiens leur droit à une société civilisée, juste et libre...

Ni les satisfécits de l'ONU ni les paroles d'une Chirac ne masqueront l'état de forte tension et la répression sévère que subit actuellement la société civile tunisienne. Cette quête de "bons points" pour se crédibiliser est d'autant plus ridicule que ce pouvoir qui se place comme modèle de tolérance et de dialogue avec la jeunesse aux yeux du monde continue d'envoyer en prison de jeunes étudiants syndicalistes et militants en Tunisie. C'est sur ses actes qu'un gouvernement est jugé et non par les paroles. Et ce sont ceux qui en parlent le plus, qui en font le moins...

Photo de
Mohamed Soudani, étudiant syndicaliste emprisonné

23 octobre 2009

Echos d'une campagne




A deux jours du "scrutin", tous les projecteurs sont braqués sur la Tunisie, ce petit pays de l'Afrique du Nord dont on entend si rarement parler... On ne compte plus les articles, enquêtes et reportages menés par des journalistes étrangers qui décrivent en majorité un système politique fermé dans un pays qui est avancé par rapport à ses voisins sur le plan économique, mais qui recule sur celui des droits et des libertés. Corruption, népotisme, chômage... sont des mots qui sont revenus souvent dans ces articles, cette année plus qu'en 2004.

Le régime tunisien, qui n'a jamais autant manqué de crédibilité aux yeux des observateurs internationaux, réagit en ce moment avec les mêmes méthodes qu'on lui connait pour faire face aux critiques - contribuant ainsi à leur donner plus de crédit :
harcèlement et arrestation de journalistes et de militants tunisiens, reconduite à la frontière de journalistes étrangers, censure des papiers et sites critiques, et multiplication des efforts de propagande pour défendre ce qui est dévenu indéfendable. Un dernier bilan de RSF résume bien la situation. Dans cette bataille de l'image évoquée précédemment, il se justifie par des décisions et des discours ambigus et contradictoires, qui dénotent bien l'état d'angoisse dans lequel les technocrates du régime doivent se trouver actuellement. Le ministre de la communication en a fait les frais :"L’organisation du tirage au sort donnant l’ordre de passage [des candidats] a d’ailleurs valu son poste au ministre de la Communication, limogé sur le champ, pour ne pas avoir tiré la boule du chef de l’Etat de sa poche plus discrètement." RSF.

L'article publié aujourd'hui dans LaPresse tunisienne est d'ailleurs un bel exemple de contradiction. Pour défendre ce régime, devenu expert dans la récupération des référentiels démocratiques occidentaux pour servir son image de démocratie naissante et progressive, l'auteur n'hésite pas à attaquer ces mêmes valeurs de liberté et de démocratie auxquelles pourtant le régime lui-même prétend se référer... Le tout en prenant soin de jouer sur la fibre nationaliste en accusant ses détracteurs d'intentions néo-colonialistes :

"Réveillez-vous, les Tunisiens ne sont plus ces indigènes ignorants à la merci de ces prédateurs blancs venus leur donner des leçons. (...) Quand l’Occident, qui s’érige en chantre de la liberté, piétine les droits de l’Homme, ce cortège d’esprits dits démocratiques préfèrent regarder ailleurs, plus doués pour compter leurs exploits médiatiques que les cadavres des autres. C’est le revers sanglant de la médaille dorée de la liberté à l'occidentale "

Quelle est alors cette liberté "à la tunisienne" que ce régime dit construire depuis maintenant 22 ans et semble privilégier aux autres modèles? Est-ce celle qu'il a pratiquée au début des années 90 pour réprimer durement toute l'opposition politique, des islamistes à l'extrême gauche? Ou bien peut-être est-ce celle qu'il pratique aujourd'hui pour étouffer le mouvement de contestation qui continue de secouer le bassin minier de Gafsa?

Si l'Occident a bien voulu croire et nous faire croire qu'il fallait accorder du temps à ce régime pour qu'il puisse consolider ses bases économiques et sociales pour ensuite initier la transition démocratique, il est forcé aujourd'hui de constater que ce temps accordé n'a servi qu'à consolider son caractère autoritaire et arbitraire. La transition démocratique tant attendue n'a jamais eu lieu. Bien au contraire, une combinaison de libéralisation économique profitant à une minorité, de répression et de décor démocratique définissent le mieux aujourd'hui ce régime du "changement", si choyé par l'occident pour sa bonne coopération sur les questions sécuritaires, migratoires et de libre échange...Qui croit encore que ce régime peut accoucher d'une quelconque forme de démocratie? Nous sommes face à un système qui ne sait plus se renouveler, qui est en pleine crise identitaire et idéologique, et qui se discrédite lui même en entretenant ses propres contradictions...

Nous avons eu droit dans cette campagne "électorale" à un énorme gâchi de ressources et d'argent pour amuser la galerie avec des tentes, des cirques, des éléphants et des concerts...Nous avons eu droit aussi à un président absent, et à une présidente par intérim qui s'est carrément substituée à son mari pour mener compagne et prendre du galon, sans légitimité aucune, mais avec certainement la volonté de sauvegarder quelques intérêts.

A suivre...

06 octobre 2009

Guerre d'image



Les médias tunisiens sont devenus experts dans la récupération et la manipulation des résultats obtenus par la Tunisie dans les différents classements internationaux. Après l'indice de qualité de vie présenté comme le fruit de 20 ans de "changement", omettant de préciser que le score de 2009 était en recul par rapport à celui de 2008 ; ou l'indice "d'instabilité politique et de vulnérabilité à l'agitation politique et sociale" présenté comme un indice de stabilité et de progrès démocratique alors qu'il ne faisait que refléter l'immobilisme politique du pays, nous avons eu droit cette semaine à l'indice de la gouvernance en Afrique. Cette fois encore, l'information était incomplète : elle ne mentionnait que la moyenne des scores obtenus par la Tunisie sur 5 critères d'évaluation, évitant de parler des notes très moyennes obtenues sur 2 de ces 5 critères- et pas les moindres: "Participation et droits humains " avec 45.3/100 et "Opportunités économiques" avec 52.5/100. (Voir rapport)

Il ne s'agit pas là de nier la situation relativement bonne du pays comparé à d'autres pays africains ou du monde arabe sur le plan du développement humain (initié d'ailleurs bien avant le changement) ou de celui de la sécurité (au prix d'un contrôle et d'une surveillance accrus de la société), mais de dénoncer l'interprétation trompeuse de ces résultats et leur détournement systématique à des fins de propagande. Il faut dire que pour un régime obsolète et de moins en moins crédible, de tels classements, c'est du pain béni! Cette soif de reconnaissance à l'échelle nationale et internationale ne cache-t-elle pas le mépris d'une large partie de l'opinion envers un régime qui continue de tabasser ses opposants, et ce même en pleine période électorale?

Telle est la stratégie déployée depuis plus de 20 ans pour construire et refléter l'image d'une Tunisie tranquille, heureuse et apaisée et pour détourner le regard sur les dérives du pouvoir. A côté de la quasi-totalité des médias tunisiens qui sont exclusivement voués à cette basse besogne, d'autres magazines étrangers comme Afrique Asie , Arabies, ou dans une moindre mesure Jeune Afrique , tous très sensibles à la manne publicitaire de l'état tunisien, contribuent aussi à véhiculer une telle image en prenant soin d'éviter les sujets qui fâchent comme la question sociale ou celle des libertés.

Mais dans cette guerre de l'image, qui passe indéniablement par une guerre de l'information, le pouvoir n'a plus le monopole de la parole et perd depuis un certain temps du terrain. Des chaînes satellitaires comme Al Jazira, connue pour son ton libre et critique envers les dictatures arabes, continuent de déranger en donnant la parole à des militants et à des opposants tunisiens. Ce qui lui vaut régulièrement de véritables compagnes de dénigrement de la part du pouvoir. Actuellement, pas moins de
deux livres critiques sur la situation de la Tunisie circulent et peuvent être téléchargés sur le net. Toutes les tentatives de censure déployées pour contrer ces sources d'information alternatives n'ont pas réussi à empêcher leur diffusion. Dans cette guerre de l'image, le pouvoir ne cesse de perdre des batailles. Entre temps, c'est malheureusement l'image de tout pays, mal représenté, qui continue à se détériorer...

10 septembre 2009

Le projet civilisationnel du changement


Depuis quelques semaines, toutes les associations, organisations professionnelles et autres institutions que compte la société civile tunisienne ne cessent de proclamer leur adhésion totale et absolue au "projet civilisationnel du Changement du 7 Novembre", et appellent ainsi à la continuité.

L'absence de la moindre critique, du moindre avis divergeant et d'une façon générale d'exception à la règle de l'adhésion, peut signifier deux choses : soit les tunisiens sont arrivés à un stade de maturité citoyenne et civile avancé qui leur permet aujourd'hui de se rassembler tous et sans exception derrière un même projet, indépendemment de leurs opinions et de leurs sensibilités différentes. Soit on vit dans un régime totalitaire qui ne peut tolérer aucun écart et aucun avis différent. Sachant que la richesse d'une société civile ne peut provenir que de la diversité de ses composantes, on est tenté de croire au deuxième scénario...

D'autant que la façon brutale dont l'état vient de boucler son dernier "chantier" pré-électoral, en délogeant manu militari le Syndicat National des Journalistes de son bureau, ne peut que confirmer cette hypothèse. La mobilisation en nombre des forces de l'ordre pour empêcher les membres du bureau syndical d'accéder à leurs locaux en dit long sur la nature des rapports que l'état entretient avec les institutions, les syndicats, ou toute organisation pour peu qu'elle soit indépendante, critique ou non allié. Parce que le dernier rapport sur l'état de la presse nationale émis par ce syndicat a été critique, et du fait qu'il ne se soit pas prononcé en faveur de la candidature du président sortant, la punition est tombée : le syndicat vient de subir un véritable coup d'état perpetré par des journalistes putshistes pro-gouvernement, et aidés par une justice partisane...

Oui, il n'y a pas le moindre espace permis à la liberté d'opinion et d'expression, et surtout pas pour les journalistes. La tolérance de l'état dans ce domaine est proche de zéro. Et en l'absence de tout autre moyen de discussion ou de négociation pacifiques, le recours à la force ( qu'elle soit judiciaire ou physique) est devenu quasi-systématique dans le traitement de ce genre de conflits d'indépendance. Tel est le projet civilisationnel qu'on appelle de toute part à reconduire : l'allégence comme unique moyen de survie et de reconnaissance, le recours à la force à la place du débat et la gestion politico-policière de toute tentative d'émancipation provenant de la société civile.

27 août 2009

Décor électoral

Malgré la faim et la chaleur, la presse tunisienne a fait la fête aujourd'hui, à l'occasion de la pré-victoire aux présidentielles du "fils du peuple"...Et les photos étaient comme à leur habitude délicieuses:

Version 2009




Le plus frappant dans ces scènes devenues si familières, est l'extrême ressemblance des évènements - des textes et des scénarios aussi. J'ai voulu vérifier cette impression de "déjà vu", en allant fouiller dans les archives de notre Pravda nationale pour comparer les comptes-rendus des journées de dépôt de la candidature "suprême" pour les élections de 2004 et de 2009. Seulement, les archives de LaPresse s'arrêtent exactement au mois d'octobre 2004, impossible de remonter plus loin...Ils ont raison de raisonner en quinquennat, les archives de 22 années de changement pèseraient bien lourd!

Mais j'ai trouvé ailleurs ce que je cherchais, et la ressemblance des photos est troublante :

Version 2004

Vous remarquerez que mêmes les membres du conseil constitutionnel ne changent pas d'une élection à l'autre...Même chose du côté de l'opposition politique, qui comme prévu a fait preuve de courage et d'honnêteté en plébiscitant leur éternel et bien-aimé adversaire...

Evidemment, tous ces efforts font partie du décor pluraliste et constitutionnel qu'on veut absolument attribuer à ces élections. Mais pour qu'un décor soit crédible, il doit faire preuve d'un minimum de vraisemblance et de variété : il ne faudrait pas toujours utiliser les mêmes d'une élection à l'autre...Cette monotonie électorale qui dure depuis 20 ans ne dupe plus grand monde, à part ceux qui veulent bien y croire. Des phrases comme "veiller à ce que la Tunisie demeure constamment la patrie du sérieux, de l'effort, de l'équilibre et de la modération" ne correspondent plus à la réalité du pays. Quand plusieurs partis dits de l'opposition appellent pour voter pour un parti concurrent, ce n'est pas "sérieux". Quand un parti unique monopolise la scène politique et médiatique, ce n'est pas "équilibré". Et quand la Cour de cassation rejette le pourvoi des détenus du bassin minier, ce n'est pas ce qu'on peut appeler de la "modération".

16 juillet 2009

Propaganda


L’information de la semaine, à savoir le lancement en Tunisie et en avant-première mondiale du nouveau bolide de la marque Porsche, n’a dû échapper à personne. L’information, lancée par « TAP Propaganda », a aussitôt été reprise par l’ensemble des journaux en ligne, chacun y mettant un peu du sien pour donner à ce micro-évènement une dimension nationale, presque patriotique…

Mais de quoi s’agit-il au fait? Une marque positionnée sur le marché de l’automobile de luxe, en manque de ventes, lance un nouveau modèle dans un contexte mondial marqué par la crise économique et par une chute vertigineuse des ventes mondiales de voitures, qu’elles soient luxueuses ou pas. Mais en Tunisie, l’information est présentée comme étant un évènement d’envergure : « une prouesse qui témoigne, si besoin est, d'une forte conviction du constructeur allemand dans les potentialités du marché tunisien, le savoir-faire et l'efficacité commerciale de son concessionnaire tunisien ». Le concessionnaire en question n’est autre que la société Ennakl…


Quelles sont donc ces fameuses potentialités du marché tunisien pour vendre cette machine qui sera facturée au prix indécent de 250 000 DT (140 000 €), soit plus de 1000 fois le SMIG tunisien ? D’après le concessionnaire tunisien, ce « fort potentiel » est estimé à 40-50 ventes par an. Ce qui représenterait un Chiffre d’Affaires d’environ 7 millions d’€ par an pour le constructeur, soit moins de 0,5% de son CA mondial, si l’on se base sur les résultats du groupe au cours des 9 derniers mois (4,6 milliards d’€). Pas si fameux que cela le potentiel finalement…Le Directeur Commercial de la marque, quant à lui, se montre plus prudent sur « le potentiel du marché tunisien », et préfère invoquer « la stabilité économique du pays » et « ses performances économiques appréciables » pour justifier le choix de notre pays. Comme si le monsieur s’apprêtait à commercialiser des centrales nucléaires pour justifier la prise en compte de critères politiques et économiques pour choisir où il va lancer son produit en premier…

Beaucoup de bruit pour rien, donc. Ou presque…Car ce qu’il faut retenir de ce grand pas en avant vers le progrès et la modernité que vient de réaliser la Tunisie, c’est bien entendu «La stratégie avant-gardiste et visionnaire de notre président- directeur général, M. Mohamed Sakher El Materi, et ses excellentes relations avec les membres du directoire de Porsche A.G nous ont fait bénéficier d’une confiance certaine auprès de cette marque prestigieuse ».


Dans l’art de la récupération politique, rien ni personne ne pourra rivaliser avec la propagande tunisienne!


02 juillet 2009

Escale tunisienne


"Lors d'une croisière en Censurie, la Tunisie mérite une escale : premier pays africain à avoir investi Internet, rutilante vitrine de l'informatisation des citoyens et des nouvelles technologies louée par Bill Gates (" Je suis époustouflé par la Tunisie "), cet Etat est à la pointe de la cybercensure. Dès 2000, dans une blogosphère encore déserte, il innovait en censurant sur son territoire le forum Takriz.org, ("ras-le-bol".org). La même année, son premier cyberdissident,Zouhair Yahyaoui, était arrêté dans un publitel (cybercafé) et condamné à dix-huit mois de prison pour avoir proposé un sondage sur son site, Tunezine : " La Tunisie est-elle un royaume, une république, un zoo, une prison ? "

Le mariage des technologies dernier cri de cybersurveillance et d'un Etat policier a engendré en dix ans une triste routine – cyberdissidents emprisonnés et blocage systématique des sites de la presse étrangère dès qu'un entrefilet déplaît. Lofti, un Tunisien qui vit en Europe, se souvient qu'il n'a jamais pu accéder au portail français Voila.fr lors d'un séjour au pays. Pourquoi ? A cause des dépêches AFP que le portail propose ? De photos trop sexy ? Les questions aussi sont mal vues. A noter : l'ATI, depuis ses débuts, est toujours dirigée par une femme. Khadija Ghariani, ingénieurSup Telecom Paris promo 1984, Feriel Béji, docteur en intelligence artificielle, et Lamia CheffaiSghaier, ingénieure en génie électrique, s'y sont succédé. En dissidence, on les surnomme les Ben Ali's Angels, une production locale sous-titrée : " A nous de vous faire détester Internet ! ". La Tunisie est aussi championne d'un certain cyberhumour."

Source: Article du Monde "Les censeurs du Net" par Claire Ulrich

12 avril 2009

Manipulation d'information



Aux nouvelles officielles aujourd'hui un nouveau classement international, l'indicateur de stabilité politique, où la Tunisie est bien classée : elle obtient la deuxième place au niveau africain et la cinquième à l’échelle arabe. Elle occupe le même rang que des pays européens, de même qu’elle devance d’autres pays parmi eux.

Selon la machine propagandiste, tout celà est grâce l’approche du Président Ben Ali (qui) a consolidé les bases de l’édifice démocratique pluraliste, la promotion des libertés et du système des droits de l’Homme, la société du dialogue et la participation de toutes les forces vives à la définition des grands choix.

Cette information telle qu'elle est présentée est manipulée et incomplète.

Manipulée parce que ce qu'on nous présente comme indicateur de "stabilité politique" est en réalité un indicateur "d'instabilité politique et de vulnérabilité à l'agitation politique et sociale", comme l'explique le rapport. C'est différent. Cet indicateur ne mesure pas l'édifice démocratique des pays comme on veut nous le faire croire. Les pays qui devancent la Tunisie dans le classement arabe et africain ne sont que des dictatures encore plus enracinées comme la Lybie, les Emirats Arabes Unis ou le Sultanat d'Oman...Tout ce que nous révèle ce classement, c'est le degré d'immobilisme politique en Tunisie...

Incomplète, car la même équipe de The Economist Intelligence Unit a aussi émis un véritable indicateur de la démocratie dans chaque pays, où comme on l'imagine bien, la Tunisie est la dernière de la classe. Classée par le rapport dans la catégorie des "régimes authoritaires", la Tunisie arrive à la 141ème place sur 167 pays, avec une note globale de 2.96/10, et un zéro pointé pour le critère "Processus électoral et pluralisme"...

Finalement, ces classements ne nous aprennent pas grand chose de nouveau : le régime tunisien est authoritaire et modéremment vulnérable à l'agitation sociale et politique...

08 décembre 2008

A la Une aujourd'hui


Voici un Mix imaginé de ce qu'on peut lire aujourd'hui sur la presse officielle d'un côté, et la non officielle, de l'autre. Celà m'a été inspiré de la "Une" de La Presse d'aujourd'hui, puis d'une nouvelle lue ailleurs...






Actualités nationales

Après l’ouverture du procès des syndicalistes hier à Gafsa, en présence de syndicats de plusieurs pays.

Hommage appuyé des 38 inculpés du bassin minier de Gafsa au Président

• Attachement à la personne du Chef de l’Etat pour poursuivre la conduite de la marche de la Tunisie sur la voie du progrès et de la prospérité

Le procès des 38 inculpés du bassin minier de Gafsa, suite aux manifestations qui se sont déroulées depuis le mois de janvier dans cette région du Sud-Ouest tunisien, s’est ouvert hier, dans une ambiance de recueillement et de sérénité.  Les détenus ont adressé leurs chaleureuses félicitations au Président et à son épouse, implorant Dieu le Tout-Puissant de faire revivre au Chef de l’Etat, à sa famille et au peuple tunisien, cette heureuse fête d’Aïd, dans la santé, le bonheur et la réussite.

Cette audience a mobilisé tout ce que la Tunisie compte de démocrates. Des représentants de syndicats français (CGT, CFDT, SUD, FO, FSU, UNSA…), algériens et marocains avaient même fait le déplacement. Les avocats tunisiens se sont particulièrement distingués. Une trentaine d’entre eux sont venus de Tunis, non sans mal, pour participer à la fête. En tout, ils étaient 92 avocats à venir représenter la justice - la vraie.

Les 38 inculpés tunisiens se félicitent, dans un message adressé au Président de la République, de la sollicitude dont il entoure la sublime région de Gafsa, son environnement sain et les cadres en charge des affaires économiques, ainsi que de l’intérêt constant qu’il porte aux diplômés-chômeurs tunisiens, dans le but de leur assurer les meilleures conditions leur permettant de débuter leur carrière professionnelle.

Alors qu’une interruption de séance était prononcée par le juge, l’un des principaux inculpés, Adnan Hadji, entonnait l’hymne national tunisien, rapidement suivi par ses camarades, pour exprimer leur message de gratitude au chef de l’Etat. Dans ce même message, les détenus saluent les efforts méritoires déployés par le Chef de l’Etat pour impulser le processus de réforme et de modernisation dans tous les domaines, grâce à sa vision prospective et à sa politique clairvoyante.

Ils réaffirment leur attachement à la personne du Président pour poursuivre la conduite de la marche de la Tunisie sur la voie du progrès et de la prospérité. Les avocats ont obtenu le report du procès au 11 décembre et la libération de huit prisonniers.


Qui a dit que les tunisiens n'étaient pas bien informés? Haya Inchallah Aidkom Mabrouk...

PS: L'image en haut est pour soutenir Debat Tunisie, le Blog de Z, désormais considéré comme "perturbateur"...


11 juillet 2008

Actualite arabe: du sexe sur les plages de Dubai et de la lutte contre la calvitie au Yemen

Pour vous donner une petite idée sur le type d'informations qui intéressent le plus le lectorat arabe, voici l'information qui a eu le plus de succès cette semaine:


"Une femme d'affaire britannique est jugée pour avoir eu des relations sexuelles sur une plage de Dubai".
C'est l'article qui a été le plus lu, commenté, envoyé et imprimé...

La règle suprême se confirme donc: le sexe fait vendre, et plus l'information est futile et stupide, plus elle attire l'attention.
La "femelle" d'affaire britannique, devenue star médiatique malgré elle, s'est vite fait éjectée en fin de semaine par une nouvelle information encore plus sordide:

لعلاج تساقط الشعر وأمراض أخرى جدل ديني وعلمي حول إقبال اليمنيات على العلاج ببول الإبل
"Pour soigner la calvitie et d'autre maladies: débat religieux et scientifique sur l'utilisation de la pisse de chameau"


C'est ce qu'on appelle de l'information de qualité!
Qui a dit que le débat n'existait pas dans le monde arabe?
Merci à Al Arabiya de contribuer autant à l'éveil des consciences!

Source: Al Arabiya

13 juin 2008

Journalistes borderline


Depuis qu’ils ont eu le feu vert pour parler de la crise de Redeyef, les journalistes tunisiens se retrouvent confrontés à nouveau au dilemme de la ligne rouge à ne pas dépasser pour pouvoir publier leurs articles sans être censurés par leurs rédactions respectives.

Il y a ceux qui ont décidé de ne pas réfléchir, et de persévérer dans leur rôle de propagandistes à deux sous (Boudourou en langage blogosphérique…). Et il y en a d’autres qui se hasardent à des jeux d’équilibrisme en débordant par moment en dehors du cadre officiel et autorisé…

Quoi de meilleur que l’article de Raouf Khalsi, journaliste du Temps tunisien, paru hier dans l’édition du quotidien, pour illustrer cette schizophrénie journalistique ! Cet article m’a frappé par son caractère hybride, j’ai même eu l’impression qu’il était le résultat de la combinaison deux articles distincts : on dirait que le journaliste a commencé par écrire un article sans langue de bois, pour ensuite y insérer quelques phrases qu’on croirait sorties d’un article de Mouldi M’barek, comme pour satisfaire tout le monde : d’un côté sa rédaction dans son rôle de surveillant général ; et de l’autre les lecteurs, qui ne sont certainement pas dupes…Le résultat est une sorte d’Article Génétiquement Modifié (A.G.M.). J’ai mis en rouge ce que j’ai jugé comme langage Mouldi'ien (ou Bsseiessien, comme vous le préférez…)

Redeyef : tous concernés


La Tunisie est une et indivisible. C’est un pays qui a toujours lutté contre les disparités régionales. Toute une philosophie de la solidarité effective implique fortement les structures de l’Etat, les institutions, autant que la société civile tout entière dans ce qu’elle a de plus solide; le tissu associatif et le social dans son acceptation la plus large.

Notre pays n’échappe pas aux effets dévastateurs d’une conjoncture internationale difficile. Les jeunes Tunisiens sont en butte au chômage car, même s’il y a une demande d’Etat pressante de par le monde, l’Etat-Providence n’a plus les réponses providentielles de jadis. Il n’empêche : les équilibres macro-économiques résistent encore; la Caisse de Compensation arrondit les angles et la facture sociale se maintient à des taux tolérables. Par les temps qui courent, c’est une prouesse.

Mais en Tunisiens fiers d’être les dépositaires d’une histoire trois fois millénaire; fiers d’appartenir à un pays où se pratiquent toutes les formes de tolérance, nous nous sentons agressés lorsque des chaînes satellitaires montrent des images d’affrontements entre jeunes et forces de l’ordre à Redeyef et que, nous, de l’intérieur nous nous limitions à laisser la rumeur s’amplifier dangereusement, comme si Redeyef était coupée de la Tunisie.

Ce qui se passe autour du bassin minier, dans une région, ayant été de tous les combats pour l’indépendance du pays, ne peut nous laisser indifférents. Il ne devrait pas exister de Tunisiens exclus de la croissance. Et l’administration gagnerait à revoir ses critères d’attribution des chances pour tous, sur un pied d’égalité.

Il s’agit en fait de créer de l’emploi pour les jeunes. C’est une exigence nationale, la priorité absolue du Chef de l’Etat, et elle n’est pas endémique à la seule région de Redeyef. Mais lorsqu’on en arrive aux affrontements, lorsque des jeunes égarés fabriquent des cocktails molotov, cela veut dire que, quelque part, on a opté pour le pire. Que quelque part les forces tentaculaires de l’embrigadement, de la récupération, de l’instrumentalisation inévitablement religieuse sont prêtes à bondir sur ces âmes égarées. Sans doute l’ordre public a-t-il lui-même ses contraintes impérieuses. Il a pour mission de contrer la violence et d’endiguer les dérives.

Mais ce n’est pas un problème entre jeunes de Redeyef et forces de l’ordre. C’est toute la société civile, ce sont finalement tous les Tunisiens qui demandent à comprendre, à être impliqués dans un retour à la normale, mais avec des réponses concrètes aux doléances de ces jeunes et des mesures énergiques contre toute velléité d’instrumentalisation de ces actes.

Car une dérive ce n’est toujours que quelque chose de passionnel. C’est une traînée de poudre. Et la Tunisie, havre de paix, a toujours manifesté cette promptitude à sceller l’unité nationale.

Parlons-en néanmoins... sans détours. En toute franchise. Sans tabous.

Le Temps.



Post publié aussi ici.

05 juin 2008

Arab Cartoons


Cartoonist: Imad Hajjaj
Al-Quds Al-Arabi, London, June 2, 2008


Cartoonist: Yasin Al-Khalil

Al-Watan, Oman, June 2, 2008



El-Khaber, Algeria, June 1, 2008




Cartoonist: Jihad 'Awartani

Al-Watan, Saudi Arabia, May 29, 2008




Cartoonist: Amer Al-Zo'abi

Akhbar Al-Arab, UAE, May 28, 2008





Cartoonist: Abdallah Mahraqi

Akhbar Al-Khaleej, Bahrain, May 27, 2008



Cartoonist: Amer Al-Zo'abi

Akhbar Al-Khaleej, UAE May 21, 2008

28 mai 2008

Mobilisation de la Blogosphère tunisienne: un succès selon Le Figaro

Dans un article intitulé "Les blogs de la colère secouent le monde arabe", le magazine français Le Figaro cite la blogosphère tunisienne:

«Ils comblent le vide laissé par la presse locale, muselée par les pouvoirs en place», constate Gert Van Langendonck, rédacteur en chef de Menessat, un site Internet dédié aux médias arabes. Corruption, torture, harcèlement… Rien n'échappe aux blogueurs. «En leur absence, personne ne serait capable de savoir ce qui se passe dans ces sociétés», remarque Alexandra Sandels, une journaliste suédoise qui travaille sur la cybercensure au Moyen-Orient.

Ni contraintes de taille ni délais d'impression pour ces petits génies de l'informatique. Grâce aux outils Internet sites Web de réseaux sociaux ou encore les twitters, ces textos envoyés directement d'un téléphone portable sur un blog , les blogueurs informent en temps réel, en évitant la censure. Succès garanti, à en croire la récente mobilisation de la blogosphère tunisienne, où l'on a pu voir de jeunes auteurs raconter, en direct, les manifestations organisées par des milliers d'ouvriers des mines de phosphates de Gafsa, Redyef et Oum-el-Arayess pour protester contre l'inflation. Les journaux officiels se sont gardés d'en faire part à leurs lecteurs.

Pour lire l'article en entier, ici.

13 mai 2008

La justice: deux poids, deux mesures?

J'ai été surpris d'apprendre que nous avions une justice en Tunisie...une justice tellement alerte qu'elle a décidé de se pencher sérieusement sur la mort horrible d'un jeune tunisien vivant à Grasse en France.
En lisant l'histoire de ce jeune tunisien, telle qu'elle a déjà été rapportée par la presse française, je n'ai pu m'empêcher de penser à l'histoire de la mort d'un autre jeune tunisien, qui a eu lieu à Redeyef, en Tunisie cette fois.
Une certaine ressemblance rapproche ces deux histoires, où une bavure de la Police est dénoncée comme cause du décès des jeunes dans chacun des cas. Pourtant, la justice tunisienne est montée au créneau dans la première affaire- qui a eu lieu en France, où il y a déjà une justice qui fait son boulot- , mais elle est restée étrangement sourde et muette dans le deuxième cas, qui a lieu en Tunisie...
Une mention spéciale "mauvaise foi" est à accorder à nos journalistes, qui se sont pressés de récupérer cette affaire pour condamner l'absence de réaction des militants des droits de l'homme. Il aurait pourtant fallu se renseigner un peu sur ce cas, pour apprendre que "le Mrap et la Ligue des droits de l'homme en France ont fait part de leur soutien", entre autres mouvements.
LaPresse tunisienne titrait aujourd'hui: "Droits de l'homme: deux poids, deux mesures". J'ai aussi envie de dire: "La Justice en Tunisie: deux poids, deux mesures?"...

01 mai 2008

Quand les journalistes tunisiens donnent des leçons aux français

Ils ont attendu que le président français et la délégation qui l’accompagnait ne repartent chez eux pour attaquer. En « réponse à certains médias français », sans citer lesquels précisément, La Presse, ce quotidien qui est pourtant loin d’être un modèle dans la profession, nous a pendu une tribune où les jounalistes français sont accusés pêle-mêle de partialité, de racisme, de dénigrement et de néo-colonialisme. Quelques extraits du brouillon :

En effet, non seulement ces médias font fi de la déontologie journalistique qui exige qu’on écoute toutes les parties concernées pour que l’information soit impartiale, mais ils semblent nous dicter de nouvelles règles d’un ancien ordre colonial que nous avons cru avoir enterré. (…)Il est vrai que dans le subconscient de certains esprits rêveurs d’un ordre anachronique révolu, le développement et le progrès sont exclusivement réservés à une certaine race.

Les français sont racistes et veulent nous recoloniser. Facile et classique…

Toutefois, cette fixation haineuse sur la Tunisie dépasse l’imaginaire puisque ces médias non seulement refusent de voir notre pays se développer, progresser et se moderniser mais ils veulent nous imposer de nouvelles règles internationales visant à porter préjudice à l’honneur des uns et des autres et à accuser les Etats et les institutions sans que ces accusés ne puissent se défendre.

La victimisation, l’argument des faibles…

Il suffit qu’ils lisent les journaux tunisiens pour qu’ils s’aperçoivent qu’aucun sujet n’est tabou dans notre pays

Oui, il suffit de le faire, ca saute aux yeux…

Le masque de ces médias est tombé

Et malheureusement, celui des médias tunisiens pas encore…