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24 décembre 2011

Tunisie : premiers pas trébuchants d'un nouveau gouvernement


                                                    Hamadi Jebali, chef du gouvernement

Malgré le vote de confiance de l’assemblée constituante obtenu hier soir, le gouvernement Jebali, à peine formé, est accueilli avec les critiques de l’opposition et les suspicions de la société civile.

Beaucoup pointent l’inexpérience des membres de la nouvelle équipe gouvernementale, composée essentiellement d’anciens militants et prisonniers politiques, ainsi que le mode de distribution des portefeuilles ministériels, qui repose davantage sur un système de prime à l’opposition au régime de Ben Ali que sur des critères de compétences.

Le résultat final s’en ressent fortement : nous voila avec une équipe pléthorique dont la finalité était manifestement de récompenser les sacrifices consentis par les grandes figures des partis de la Troïka plutôt que de répondre aux défis d’une transition qui se corse avec la crise économique. Nos politiques se sont montrés aussi impatients que leurs concitoyens pour récolter le fruit, pourtant encore peu mûr, de la révolution. Et les grands opposants de Ben Ali se sont rués vers les postes et les titres, négligeant au passage leurs propres formations politiques.

Les deux mois de batailles partisanes et de tractations serrées qui ont précédé la formation du gouvernement causent pas mal de dégâts dans les partis qui ont accepté de faire partie du gouvernement, le CPR et Ettakatol en premier, avec des démissions et des dissidences fortes en leur sein.  Les partis de la Troïka, désormais privés de leurs dirigeants historiques, se retrouvent extrêmement fragilisés après ces premières élections. Ils sont aujourd’hui obligés de faire leur mutation, pour se transformer de clubs politiques qui tournent autour de la personne du grand dirigeant vers de véritables formations bâties sur la base d’un projet clair, à même de rapprocher la base militante de ses instances gouvernantes plutôt que de les séparer, comme nous pouvons le constater aujourd'hui. 
   
La formation du gouvernement révèle surtout les difficultés que rencontre cette coalition hétérogène qui va des socialistes aux islamistes en passant par la gauche nationale. Son Chef, M. Jebali, a de fait été incapable de proposer des actions concrètes et un programme précis, en l’absence de vision commune aux membres qui forment la Troïka. Il s’est simplement contenté d’une déclaration de bonnes intentions en guise de feuille de route gouvernementale. Insuffisant, au regard de la situation de crise dans laquelle se trouve le pays. Ainsi, tout le temps passé, depuis le vote du 23 Octobre, à négocier la composition de l’équipe peut être considéré comme du temps perdu sur l’agenda des réformes urgentes et nécessaires pour redresser le pays. Le pays s'apprête à affronter une année 2012 difficile, sans budget arrêté...

Difficile dans ces conditions de ne pas comprendre la déception et le blues des tunisiens qui découvrent, ébahis devant cette tragi-comédie politique, une nouvelle équipe gouvernementale dont la formation est entachée de zones d'ombre. Soupçons de copinage sur certaines nominations, soupçons d’interventionnisme étranger pour d’autres, de nouveaux ministres qui mettent en avant leur appartenance partisane plutôt que leur appartenance gouvernementale, etc. les polémiques ne cessent de fragiliser le nouveau gouvernement avant même qu’il ne soit entré en action. Ce qui n’aide pas à rassurer les tunisiens, perdus dans la confusion actuelle. Une confusion aggravée par un climat social toujours tendu, et par des performances économiques dans le rouge. Une crise sociale profonde remue le pays entier, sur fond de régionalisme, de lutte des classes de fracture identitaire

Pendant ce temps, institutions, comportements et habitudes n’ont pas changé. Le nouveau gouvernement hérite d’une administration centralisée et inféodée au pouvoir, et d’un système verrouillé, aux mécanismes de clientélisme et de népotisme bien huilés, et dont les réseaux d’influence résistent toujours à l’onde de choc révolutionnaire. De quoi donner des tentations d’hégémonisme au nouveau pouvoir en place, faute de réforme institutionnelle et administrative de fond. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer le comportement de nos journalistes pour comprendre que les réflexes mauves sont durs à changer

Comment le gouvernement de Jebali va-t-il redresser la barre pour gagner la confiance des populations ? Ses premières actions seront déterminantes pour y arriver. L’opposition arrivera-t-elle, avec le temps, à s’imposer comme une alternative crédible ? Rien n’est encore sûr, tant elle peine à tirer les leçons de sa défaite électorale. Ainsi, les premiers pas de la Tunisie vers la démocratie sont pour le moins chaotiques. Il est évident que la tâche ne sera pas facile, et que le risque d'un retour en arrière n'est pas complètement écarté. La vigilance citoyenne reste donc de mise. 



13 novembre 2011

Tunisie : et après les élections?




Fini le temps des revendications de liberté, de dignité et de justice qui ont marqué la période post 14 Janvier.  L’assemblée constituante  fraîchement élue et la configuration de la nouvelle scène politique qui en résulte donne un visage neuf à la révolution tunisienne. Les islamistes, les socialistes nationalistes et les populistes des listes "indépendantes" Al Aridha, qui ont raflé les voix des couches populaires de l’intérieur du pays, sont aujourd’hui les mieux représentés au sein de l’assemblée. Le temps des revendications d’ordre culturel et identitaires commence à prendre ses marques.

Tout en s’éloignant des causes profondes qui ont donné naissance à la révolution tunisienne, le débat public s’est focalisé depuis le début de la campagne électorale  sur la question de savoir si le parti islamiste, qui représente la première force politique du pays, est capable de renoncer à ses fondamentaux ultra-conservateurs ;  de ne pas céder à la tentation de domination que peut procurer l’exercice du pouvoir à tout apprenti- dirigeant dans un environnement peu habitué au pluralisme politique ; et à la tentation de remise en cause des acquis du Bouguibisme du point de vue de l’émancipation de la femme et du code du statut personnel.

L’entrée en force dans la scène politique des islamistes et des représentants des classes populaires a provoqué d’abord  la stupeur, ensuite la méfiance et le scepticisme d’une partie de la bourgeoisie et des couches moyennes urbaines et occidentalisées. Ni les discours séducteurs des responsables d’Ennahdha, ni leur propension à négocier la transition ne rassurent encore. La greffe n'a pas encore complètement pris. Toute l’attention des observateurs est portée à ce parti, à ses premiers pas dans l’exercice du pouvoir et à la moindre de ses déclarations. Au point où les blessés de la révolution doivent faire une grève de la faim et en appeler au soutien d’associations, nawaat et le collectif Nsitni principalement, pour faire entendre leurs revendications et être pris en charge par l’Etat, ce qui aurait dû être une priorité pourtant! 

Sans nier l’importance de la question de la sécularisation de l’Etat et celle des libertés individuelles, il y en a d’autres qu’il ne faudrait pas négliger et sous-estimer. Les derniers chiffres du chômage viennent rappeler l’urgence d’une réforme sociale, économique et éducative.  Le résultat même des élections est révélateur de telles urgences. Comment comprendre toutes les voix accordées au populiste  Hechmi Hamdi?  A-t-on pris le temps de bien comprendre la teneur du message envoyé par les classes marginalisées et exclues de la société qui ont été séduites par ses promesses fantaisistes pour de meilleures conditions de vie ? Au-delà de la question de la manipulation des esprits, n’est-ce pas aussi  un appel à l’aide de leur part, à plus de considération? Quel devrait être le nouveau rôle de l’Etat auprès de ces populations ? 

En attendant les propositions du futur gouvernement à cette dernière question, une lecture rapide des résultats des élections laisse croire que beaucoup de tunisiens ont donné leur voix à Ennahdha pour une société plus ordonnée, plus éthique et moins corrompue ; d’autres ont voté socialiste pour préserver les droits déjà acquis et en acquérir de nouveaux; d’autres encore ont choisi les listes d’Al Aridha dans l’espoir de sortir de leur état de marginalité sociale. Mais quelles que soient les raisons apparentes de ces choix différents, les tunisiens ont dans leur majorité voté pour un objectif de fond partagé par tous : l’amélioration de leur vie au quotidien et la garantie de tous les droits : qu’ils soient civils, politiques, économiques et sociaux.

La question de l’islamisme occupe encore trop d’espace et continue de faire l’objet de polémiques qui risquent d’hypothéquer les réformes politiques, économiques et sociales les plus urgentes. Ennahdha, fort de ses 41% des sièges de l'assemblée mais sans pour autant bénéficier d’une majorité absolue, sera obligé de négocier ses réformes et de les réussir pour conserver sa majorité. Ennahdha n’est pas en position hégémonique, il n’est pas tout à fait libre de ses actes et dans ses orientations, et il ne veut surtout pas gouverner seul. Il ne faudrait ni diaboliser ce parti, ni s’aligner aveuglement sur ses positions en lui accordant une confiance totale. Ce parti a encore ses preuves à faire, et ceci est valable pour toutes les autres formations politiques.  

La révolution ne sera pas achevée tant que les demandes révolutionnaires ne seront pas satisfaites. Mais nous venons de franchir un grand pas : nous avons pour une fois élu démocratiquement nos nouveaux gouvernants. A nous de rappeler régulièrement ces élus à leurs obligations pour qu’ils ne dévient pas de leur mission première : répondre aux attentes de la majorité plutôt que de servir les seuls intérêts des minorités qu’ils représentent. 

Nos dirigeants seront ce que nous voudrons qu'ils soient.   

Source cartes électorales : ici

22 octobre 2011

Elections tunisiennes : le mauvais départ d'Ennahdha





Ennahdha a-t-elle perdu la foi au scrutin?


A la veille du démarrage des votes des tunisiens à l'étranger, la sortie de Rached Ghanouchi lors d'une conférence de presse sur une éventuelle fraude électorale surprend tout le monde. Tout en admettant que " l’opération électorale se déroulait normalement", il prévient (ou menace, selon les points de vue) de faire tomber le prochain gouvernement en cas de fraude. Se rangeant du côté des "gardiens de la révolution", sans vraiment y avoir contribué, Ghannouchi nous fait part de son manque de confiance dans le déroulement du scrutin. 


Ainsi, ni la bonne organisation de l'ISIE, ni la présance massive d'observateurs et de journalistes n'ont suffit à rassurer M. Ghannouchi.  Mais pourquoi un parti aussi populaire qu'Ennahdha et qui continue de bénéficier d'une couverture médiatique mondiale s'inquiète-t-il autant?


                            Aujourd'hui, clôture de la campagne d'Ennahdha à Ben Arous



Qui gouvernera après les élections? 


La portée du message de Ghannouchi à ses adversaires va plus loin que le soupçon de fraude. Le débat porte sur l'après élections, et la vision de Ghannouchi est ferme la-dessus: "peut-être que les autres partis minoritaires vont se réunir pour exclure le parti qui a le plus de voix, cela signifierait une confiscation de la révolution".  En clair, si elle remportait une majorité de voix, Ennahdha souhaite gouverner maintenant et tout de suite, quitte à ouvrir son gouvernement à d'autres partis. Mais le parti de Ghannouchi refuse le scénario d'une coalition progressiste majoritaire qui ne prendrait pas compte de son poids électoral. 


Changement de discours


Ghannouchi est-il mauvais joueur?

Le discours du Cheikh a bien évolué depuis quelques temps : alors qu' il niait il y à peine deux mois "toute intention de prendre le pouvoir", et qu'il disait "vouloir gouverner lors des élections qui suivront l’Assemblée Constituante", il déclare aujourd'hui que son parti "compte gouverner longtemps", et ce dès l'élection de l'assemblée.  


                        Aujourd'hui, clôture de la campagne du Kotb à El Menzeh


Ce changement de cap s'explique par la montée en force récente des partis progressistes et par le poids que pourrait peser leur coalition une fois l'assemblée élue. Sans parler des indécis qui, même si leur nombre est en baisse, sont encore une inconnue pour tous. Jusqu'au dernier moment, il restera beaucoup de tunisiens à séduire et à convaincre.  

De la victimisation à la fraude 

Tout porte à croire que, malgré son discours offensif et sa confiance affichée, Ennahdha s'agite et s’inquiète comme tous les autres partis, à l'approche du jugement des urnes. La course aux sièges a démarré fort avec le vote des tunisiens à l'étranger, dont la plus grosse communauté s'est déplacé en nombre et dans l'émotion dès les premiers jours du vote. Un signal fort envoyé par les tunisiens qui veulent faire entendre leur voix, et de bon présage pour le taux de participation en Tunisie. 

Ghannouchi qui prévenait d'éventuelles fraudes, qui voulait "qu'on juge son parti sur son programme et ses actes", et qui demandait que "cessent les procès d’intention", a l'air bien moins crédible face à la décision de l'ISIE de virer en une journée trois chefs de bureaux de vote soupçonnés d'orienter les votes en faveur d'Ennahdha (Ici et Ici et ), et suite à son rappel général à l'ordre

"Ceux qui font des promesses et qui les renieront seront démasqués et plus personne ne leur fera confiance », déclarait Ghannouchi à France 24 il y a quelques jours. Il ne croyait pas si bien dire. 

12 octobre 2011

Tunisie : schizophrénie électorale



La tournure qu'a pris l'affaire Nesma TV suite à la diffusion en dialecte tunisien du film franco-iranien "Persepolis" est révélatrice des maux de la Tunisie d'aujourd'hui, une Tunisie qui se cherche, toute convelescente qu'elle est du temps de la dictature.


Beaucoup de tension, de colère, de violence...et parfois de haine se sont cristrallisés, de part et d'autres, autour du tabou religieux de la représentation d'Allah, mais aussi du nouveau phénomène du port du voil intégral. Ces réactions exacerbées, de part et d'autre, révèlent le visage d'une société male dans sa peau et qui peine encore à s'accepter comme elle est : c'est à dire plurielle. Une société qui a aussi peur pour ses acquis identitaires, dont la définition varie selon les bords : conservatrice et arabo-musulmane pour les uns, progressiste et sécularisée pour d'autres.

Cet affront de la chaine privée Nesma- et son parti pri pour une certaine conception de la société tunisienne -  provoque des démonstrations de force, mais qui sont restées pacifiques jusqu'à preuve du contraire, d'une poignée de salafistes accompagnés de sympathisans conservateurs. Dans le même temps, on assiste à une levée de boucliers de la part des progressistes, avec parfois des messages un brin alarmistes quant au danger de la talibanisation imminente de la société. La réaction pitoyable du directeur de la chaîne en est un parfait exemple...Remarquez que des deux côtés, on a recours aux mêmes procédés : la dramatisation des faits et la persuasion par la peur du camp adverse...

Ces réactions prouvent que le chemin à parcourir est encore long, avant qu'une Tunisie plurielle ne trouve son équilibre.

C'est que naître, grandir et vivre dans une société cadrée, contrôlée, surveillée dans ses moindres gestes et expressions, et élevée dans la peur de la différence et la detestation des extrêmismes, laisse des traces chez tous et n'aide pas à la tolérance. Avant la révolution, les tunisiens étaient de deux genres : les "khobzistes", ces opportunistes tout lisses qui renonçaient à leurs convictions pour plaire à l'Etat, et les passifs, ces êtres creux qui préféraient ne croire en rien et suivre la mouvance. Aujourd'hui, on voit encore beaucoup de "khobzistes" et de passifs, mais on voit également des communistes, des salafistes, des laïcistes, des humanistes, des athés, des conservateurs etc. et la liste est longue.


Les tunsiens, de tous bords, semblent à peine découvrir le vrai visage de leur pays, sans le fard et loin des clichés mauves de la propagande de Ben Ali qui prétendaient que les tunisiens formaient un bloc monolitique et homogène composé de citoyens tolérants, modérés, ouverts sur l'occident, attachés à leur tradition et laïques...Les tunsiens, pour une bonne part, découvrent aujourd'hui leur société sous ses différentes facettes : du religieux radical, au laïque radical, en passant par une large frange composée de conservateurs et de modérés.


Les médias étangers, mais également pas mal de nos médias, semblent aussi être dans le même état de torpeur face à l'enchaînement rapide des évènements, et ne s'intéressent, par fénéantisme, qu'aux plus bruyants. Au lieu de chercher à comprendre les motivations profondes des uns et des autres, et leur réel impact dans la société, on nous ressort une bonne vielle recette benalienne éprouvée : la montée dangereuse de la fièvre salafiste qui menace tout le pays...et qui pourrait rapidement justifier tous les abus et les dépassements.


Les choses sont pourant un peu plus compliquées que cela, et la Tunisie n'est ni laïque et progressiste dans sa majorité, ni subitement envahie par les salafistes et par le voil intégral. C'est le fait de minorités, qui sont beaucoup plus visibles aujourd'hui, et determinées à s'exprimer et à réclamer l'espace qui leur a été confisqué. Quoi de plus normal dans ce cas que de voir des barbus et des conservateurs resurgir, à chaque fois que l'occasion s'y prête, en gardiens du livre et de ses règles sacrées? Ils sont dans leur rôle, comme leurs contradicteurs sont dans le leur quand ils défendent leurs propres convictions.

Mais quand, d'un côté, les uns dénoncent la pseudo influence sioniste et franc-maçonne qui agit sur les esprits des tunsiens pour justifier leur projet de société conservateur (pour ne pas dire rétrogade pour certains d'entre eux...) et appeler à la censure; et quand, de l'autre côté, on crie au ras de marée islamiste...on frise rapidement la caricature et on se trompe de combat. Car le seul et vrai enjeu du moment est de faire de nos premières élections libres un succès! Nos élus autront ensuite le temps de débattre de ces sujets, entre autres.  

Le danger de radicalisation de la société existe réellement en Tunisie, surtout en cette phase de transition, et comme c'est le cas un peu partout dans le monde. Les plus vielles démocraties occidentales font face aujourd'hui aux mêmes phénomènes de société, comme la radicalisation religieuse. Mais il ne tient qu'à nous de nous prévenir des mouvances violentes et radicales, en adoptant et en imposant un système démocratique et des institutions fortes, seuls romparts contre tous les extrêmismes. Agissons alors avant qu'il ne soit trop tard, au lieu de s'inquiéter!

Seul un vote massif, gage d'une assemblée fidèle à notre société, révèlera enfin notre vrai visage. Il faudra ensuite l'accepter comme il s'est dessiné... Les plus sceptiques diront que les votes traduiront une manipulation des masses. C'est possible. Mais si la participation au vote est forte, le poids des voix manipulées ne peut être que relatif. Cette affaire a eu le mérite de pousser les partis en compétition dans leurs retranchements et à les obliger à clarifier leurs positions respectives sur ces sujets brûlants, profitons-en alors pour affiner nos choix, pour voter en son âme et conscience et inciter ses proches à faire de même.



Crédits photo : FETHI BELAID/AFP

09 octobre 2011

Tunisie : le temps des urnes


A deux semaines du vote tant attendu et craint à la fois, la bataille électorale fait rage en Tunisie.

Attentes et espoirs

Attendu, parce que l'élection d'une assemblée constituante le 23 Octobre prochain représente un moment historique et une grande étape dans le parcours révolutionnaire dans lequel le pays s'est engagé. L'élection d'une assemblée nous éloignera alors du temps de la dictature, et nous rapprochera davantage de la nouvelle République tant espérée. Attendu, parce qu'une majorité de tunisiens aspirent à rompre, plus ou moins radicalement, avec l'ancien système corrompu et ses sphères clientélistes;  et à retrouver un semblant de stabilité avec des instances gouvernantes légitimes et réprésenttives de la volonté populaire.

Craintes et mauvais souvenirs...

Craint, parce que l'exercice est inédit, inconnu et non maîtrisé par tous les tunisiens. Les gens craignent que la bataille de programmes et de propositions en cours ne se transforme en bataille des rangées entre militants de différents courants à l'issue du scrutin. Ils craignent que les partis politiques ne soient de mauvais joueurs, si toutefois le résultat du scutin n'était pas à leur avantage. Ils craignent d'être décus, tout simplement, de la composition de la future assemblée. La récente alerte à l’attention des voyageurs américains émise par le Département d’Etat américain est venue renforcer ce climat de psychose...

Il faut dire que personne ne garde de bons souvenirs des dernières législatives pluralistes organisées en Tunisie en avril 1989, qui a consacré la popularité des islamistes dans plusieurs gouvernerats du pays, (avec des scores de plus de 25% réalisés à Bizerte, à Ben Arous, à Tozeur et Kébili...), et qui a généré une longue période de répression, de violences et d'autoritarisme partout dans le pays. Personne n'a oublié, aussi, la période noire vécue par les algériens voisins suite à la victoire du FIS aux législatives de 1991, et la guerre civile qui s'en est suivie.

Quelle future assemblée?

Tout le monde est donc suspendu à cette date fatidique du 23 Octobre, et se demande quelle sera la suite des évènements?

Dans le meilleur des cas, les gens espèrent la naissance de coalitions et la formation d'un certain équilibre des forces au sein de l'assemblée qui puisse favoriser le débat sans handicaper l'avancée des réformes. Le scénario qui inquiète est celui où l'on pourrait se retrouver avec d'un côté, un bloc hégémonique, et de l'autre, l'éclatement des sièges entre de multiples petites formations incapables de se regrouper, un schéma qui favoriserait les divisions et les disputes interminables. Des scénarios qui ne tiennent compte ni des centaines de candidats indépendants à l'assemblée, ni de la place qu'occuperont les "destouriens", braves héritiers des dictatures de Bourguiba et de Ben Ali, et qui font tout pour ocupper le plus grand terrain dans la future assemblée...

Pour l'instant, les principaux partis n'ont pas complètement rabattu toutes leurs cartes. L'individualisme l'emporte encore au sein des grandes formations comme Ettakattol, Al Kotb (Pôle Démocratique Progressiste, qui monte en force depuis un certain temps), le PDP, etc. Même si ce dernier parti commence à tendre la perche aux autres, se positionnant déjà comme leader de l'éventuelle future coalition...

Le parti Ennahdha, quant à lui, continue de développr une quasi-obssession du légalisme et du concenus, et de cultiver le tabou de la violence que certains lui prêtent. Plutôt que de parler de l'islam comme référentiel originel, ils préfèrent mettre en avant leur ancrage dans la morale et dans les valeurs arabo-musulmanes, se positionnant ainsi comme un parti conservateur, mais "civil" et "normalisé" dans le jeu démocratique. Ils s'enorgueillent de leur popularité supposée, avec comme seul crédo : "n'ayez pas peur de nous, on ne vous fera pas de mal" pour conquérir les voix les plus sceptiques.

Une chose est sûre, tout cela dépendera d'un seul facteur, le taux de participation à ce vote. Plus les tunisiens voteront en masse, meilleure sera la représentativité de la future assemblée, plus forte sera l'impulsion qu'ils pourront lui donner et plus grande sera sa responsabilité face à ce peuple qui n'aspire qu'à une seule chose, un meilleur avenir.



Source Image : AFP/FETHI BELAID

13 septembre 2011

Tunisie : les enjeux de l'Assemblée Constituante


A plus d'un mois du vote, le débat fait rage en Tunisie sur la question de l'organisation d'un référundum sur la limitation de la durée et des pouvoirs de l'assemblée constituante, simultanément à l'élection de ses membres.

"Monarchie constituante", "assemblée dictatoriale", ou bien alors "constituante confisquée", "constituante vide de substance"...Les tenants du "pour" et du "contre" le référundum débordent d'imagination pour alerter sur les "dangers"de l'un et l'autre des scénarios évoqués. L'électeur tunisien, qui espérait percevoir un "espoir" plutôt qu'un "danger" dans cette constituante, se retrouve non seulement perdu dans une avalanche de candidatures, mais également face à un choix cornélien et à une difficulté supplémentaire pour décider, pour une fois, de son sort. De quoi désespérer des premières élections libres du pays...

Au delà des arguments avancés par les défenseurs et les détracteurs du référundm, la question essentielle qui est posée est celle de la délimitation des pouvoirs de l'assemblée.

Si nous avons opté pour prendre le temps d'élire une assemblée plutôt que pour l'élection d'un président dans la précipitation, c'est pour donner la chance, par déléguation, à à peu près tous les courants, toutes les tendances et toutes les visions politiques qui anniment notre société de s'exprimer et de se confronter pour aboutir à un projet majoritaire, commun et accepté par tous. Limiter les attributions de la constituante reviendrait donc à limiter la souveraineté populaire et, en quelque sorte, à fausser le jeu démocratique.

Certes, le référundum est bien un mécanisme démocratique de nature à traduire la volonté d'une majorité. Mais pourquoi alors vouloir demander leur avis directement aux électeurs plutôt qu'à leurs représentants élus au sein d'une assemblée?

Parce que cet appel au référundum est l'expression d'un doute, d'une crainte sur la capacité de la future assemblée à s'auto-réguler, à sauvegarder les acquis de la Tunisie et à proposer des réformes progressistes pour le pays. Ce doute se trouve renforcé par la popularité d'un parti en particulier, Enahdha, à qui on prédit une part confortable de sièges à l'assemblée, sans compter sur les apports d'éventuelles alliances post-électorales pour constituer une large majorité. Un parti controversé et soupsonné, s'il avait l'ascendant, de vouloir faire marche arrière sur certaines avancées qui concernent en particulier le statut de la femme, la sécularité de l'état, et les libertés individuelles. Ennahdha a beau tenir un discours consensuel et légaliste; et on a beau expliquer que le système électoral a été batti pour éviter l'hégémonie d'un parti au sein de l'assemblée et pour donner plus de poids aux "petits" partis, la méfiance - ou peut-être la peur du résultat des urnes - demeure forte...

Nous nous retrouvons donc, et toujours, face à deux lignes de clivage qui continuent de marquer la transition et qui font les débats actuels en Tunisie : la place de l'islam dans la société et dans le système de gouvernance; et le degré de rupture avec l'ancien système, ses équipes dirigeantes et ses sphères d'influences. Deux conceptions différentes de la tunisie post-révolutionnaire qui s'affrontent depuis le 14 Janvier. Mais si nous optons pour l'option d'une délimitation du pouvoir de l'assemblée, cela reviendrait à maintenir, de facto et pour un temps suplémentaire, les structures gouvernantes actuelles. Cette situation renforcerait la crise de légitimité dont souffre le gouvernement provisoire au lieu de la résoudre, sans pour autant accorder la légitimité et la souveraineté nécessaires à une assemblée nouvellement élue pour insufler une dynamique de changement. 

Il ne reste qu'une seule solution à ce casse-tête politique : que les partis politiques trouvent un accord préalable établissant un mandat clair pour la constituante. Il semblerait qu'on se dirige vers cette option. Réponse ce jeudi.

Source Photo : ici

25 juillet 2011

Et si le problème actuel de la Tunisie résultait d’un conflit générationnel profond?


Je publie ici un excellent texte qu'un ami m'a transmis.

"Le discours de certains Hommes politiques tunisiens en ce moment est pour le moins ambigu et incompréhensible.



En effet, 5 mois après le 14 janvier, on constate que l’élite composant la vie politique tunisienne se borne dans une rhétorique du passé et simpliste (crise économique, insécurité et spectre islamiste/extrême gauche). Tous ou presque se trompent et semblent oublier un élément fondamental dans l’analyse qu’il faut avoir de la société tunisienne aujourd’hui qui n’est autre qu’un conflit générationnel profond et qu’il faudra nécessairement reconnaitre un jour ou l’autre.


Une fois ces deux générations brièvement décrites, nous pouvons attaquer le vif du sujet en rappelant à nos Hommes politiques qu’un conflit générationnel est au cœur de la dynamique observée en Tunisie : les enfants des 2 Ben « Ben Laden et Ben Ali » Versus les enfants des 2 Bou «Bourguiba et Abou Ammar (plus connu sous le nom de Yasser Arafat) ».


Un clivage profond au niveau de la pensée, l’idéal recherché, du mode de vie, etc. sépare les deux générations présentés ci-dessus. Les deux évoluent ou ont évolué dans des situations radicalement différentes et ont donné lieu à l’apparition, dans chacun des deux cas, de deux blocs distincts :






1- Principales caractéristiques des enfants des 2 Bou « Bourguiba et Abou Ammar » :






  • Principal fait d’arme : avoir obtenu l’indépendance du pays pacifiquement (à moindre frais en vies humaines).
  • Icône du moment : Bourguiba, despote éclairé (mais despote quand même) se considérant père de la nation et ayant servi de modèle à toute une génération d’intellectuels prête à se sacrifier pour leur maître et à servir leur mère patrie avec dévouement et fierté
  • Puissances en présences : les Etats unis et l’Union Soviétique (un monde bi-polaire)
  • Révolutionnaires du moment : Abou Ammar « Yasser Arafat », terroriste international ayant fait de la cause palestinienne son principal combat. Cette cause qui est couramment admise comme l’une des plus grandes injustices post-seconde guerre mondiale et Che Guevara (révolutionnaire qui a osé défier l’impérialisme en déclenchant des rebellions sur pratiquement tous les continents)
  • Icônes sportives : Mohamed Ali ou Cassius Clay champion de boxe hors du commun et symbole du combat d’une minorité opprimée par son système et Maradona « El Pibe de Oro ». Tous les deux sont connus pour leur arrogance légendaire.
  • Caractéristiques de la société tunisienne : société ayant vécu une émancipation importante surtout pour la place de la femme dans la société (accès au travail, droit au vote « même si il ne servait à rien », etc., scolarisation massive (droit au savoir)
  • Les deux blocs qui s’affrontent : les socialo-communistes affrontaient les capitalistes purs et durs. Le parti au pouvoir sous le joug du despote éclairé expérimentera les deux tendances pour au final inventer un modèle à la tunisienne de « capitalisme socialisant »
  • Rapport avec la religion : un islam modéré transmis par la tradition et des imams modérés dont on a peine aujourd’hui à trouver des équivalents dans la société moderne cheikh « J3ait », cheikh « Ben Achour », etc.
  • Principaux échecs de cette génération : Cette génération n’a pas su tuer (au sens figuré) son Roi ayant toujours cette naïveté de croire que le système était bâti sur des bases solides et que le pays arrivera à avancer même si son principal cerveau (le despote éclairé) n’avait plus la vivacité d’antan. Elle a également subie de très gros affronts comme la guerre des six jours (une raclée inoubliable) et le bombardement de Hammam Lif par Tsahal. Tous ces éléments ont contribué à brider son caractère et à la soumettre de plus en plus !
  • Principaux traits caractéristiques de cette génération : Brillante, Grande Gueule, soumise à son Roi et ayant subi des chocs qui ont bridé son caractère !


2- Principales caractéristiques des enfants des 2 Ben « Ben Laden et Ben Ali » :




  • Principal fait d’arme : avoir viré du pays son Roi (Ben Ali) et tout son clan de mafieux
  • Icône du moment : pour une partie de cette génération c’est le prophète Mohamed, pour l’autre c’est le Dollar
  • Puissances en présences : les Etats unis (toujours là), les BRIC’s et les islamistes (on ne peut pas négliger le poids de ces derniers dans l’équilibre géopolitique d’aujourd’hui : à cause d’eux on déclenche des guerres)
  • Révolutionnaires du moment : Ben Laden, terroriste notoire ayant osé l’impensable (toucher l’ennemi impérialiste à son cœur) ! Même si la plupart de cette génération n’adhère pas à ses méthodes radicales, force est de constater que son geste a marqué cette génération ! Julian Assange : le premier à avoir efficacement utilisé le net dans son combat contre l’impérialisme
  • Icône sportive : Zineddine Zidane, sportif hors du commun ayant osé l’impensable devant toute une planète (mettre un coup de boule en finale de la coupe du monde de football devant 3 milliards de téléspectateurs)
  • Caractéristiques de la société tunisienne : société ayant vu l’émergence d’une classe moyenne éduquée qui pour une grande partie aspire à avoir accès à toutes les technologies modernes (voiture, internet, grand écran, etc.). Renforcement du rôle de la femme dans la société à un tel point qu’elle aspire à devenir la maitresse de la cité (Leila Ben Ali est une des facettes du résultat de l’émancipation féminine en Tunisie. Bien entendu et heureusement, il n’y pas que cette facette preuve en est le rôle de la femme tunisienne dans le mouvement du 14 janvier)
  • Les deux blocs qui s’affrontent : les capitalistes décomplexés affrontent les fervents disciples de Mohamed ! En d’autres termes, il nous faut inventer notre modèle de croissance pour les 30 prochaines années ! Une seule certitude : ce dernier devra prendre en considération les différents blocs en présences ! une sorte de « capitalisme islamique moderne »
  • Rapport avec la religion : un islam radicalisé prôné par des médias globaux soutenus par des Etats idéologiques (riches de surcroît) !
  • Principaux échecs de cette génération : Ne pas avoir gardé la main sur le mouvement du 14 janvier (la Génération des 2 Bou ayant pris la main) ! Ne pas avoir su préserver un rapport sain avec la religion (la bataille n’est pas perdue) ! une génération trop influencée par les médias et l’argent !
  • Principaux traits caractéristiques de cette génération : Moins Brillante, plus discrète, mais radicale et surtout loin d’être soumise !
3- La théorie du « conflit générationnel »


Aujourd’hui et au terme d’un rocambolesque scénario, on se retrouve dans une situation des plus ubuesque et dangereuse où la Génération des 2 Bou essaie de prendre en main la destinée de la génération des 2 Ben.


C’est pourquoi, nous assistons depuis quelques mois à un dialogue de sourds !


En effet, la première Génération (celle qui gouverne et anime la vie politique aujourd’hui) essaie d’imposer au dépend de la deuxième sa vision de la société tunisienne ! En même temps, cette génération s’accroche et ne part pas à la retraite car pour la première fois une occasion lui est offerte de ne pas être soumise à un Roi et de pouvoir exprimer ses capacités sans retenues !


C’est pourquoi, au-delà de la forme (critiquable pour certains), le fonds du discours politique actuel est hors sujet sauf pour quelques-uns qui arrivent à toucher une partie de la génération des 2 Ben avec des sujets qui les intéressent (Exemples : M. Nejib C et M. Rached G qui chacun de son côté tient un discours pour l’un et l’autre des deux blocs de la génération des 2 Ben : les capitalistes décomplexés et les fervents disciples de Mohamed) !


D’autres acteurs de la vie politique sont complètement à l’ouest et ne voient pas du tout le clivage générationnel existant (Exemple M. Béji C qui est l’incarnation de la Génération des 2 Bou : Brillant, Grande Gueule mais fait l’erreur de vouloir toujours avoir un rapport de soumission avec l’autre) !


Or il s’adresse, essentiellement à une génération qui a dit non à la « soumission » et qui risque de lui appliquer le geste favori de son icône sportive (le coup de boule) !


Signe de ce décalage entre les 2 Générations : les thèmes abordés par une majorité de la classe politique : crise économique, insécurité et spectre des islamistes/extrême gauche ! Ces thèmes ne sont pas audibles et parfois insultants pour les composantes des générations des 2 Ben :


  • Crise économique : un des slogans du mouvement du 14 janvier était de dire au despote Ben Ali que les tunisiens étaient prêts à vivre avec du pain et de l’eau pour ne plus se soumettre à son régime dégradant et totalitaire ! ce n’est donc pas en brandissant le spectre de la récession économique (qui au passage n’est pas encore avérée) que les hommes politiques vont réussir à captiver les foules
  • Insécurité : Depuis la date du 14 janvier, aucun Homme politique n’a eu le courage de dire la vérité aux tunisiens : «Plus jamais le niveau sécuritaire d’antan ne sera atteint, et ce pour une raison très simple c’est que nous vivions dans une société cadencée, verrouillée et de fait complètement artificielle. Toutes les sociétés modernes font face à des problèmes d’insécurité à des degrés divers, reste à savoir où le curseur sera placé pour la Tunisie post-14 janvier » ce choix, la génération des 2 Ben l’a fait et n’est pas prête à revenir dessus ! il vaut mieux vivre en insécurité mais digne qu’avec une sécurité et soumis ! La génération des 2 Bou qui elle a été soumise tout le temps a du mal à concevoir cette philosophie sécuritaire
  • Spectre des islamistes/extrême gauche : le discours tenu par la plupart des Hommes politiques consistent à brandir le spectre des islamistes et/ou l’Extrême Gauche. Encore une preuve que la génération des 2 Bou est à la manœuvre ! En effet, ils oublient que dans la génération des 2 Ben il y’a deux grands blocs qui s’affrontent : les fervents disciples de Mohamed et Les capitalistes décomplexés (la meilleure preuve semble la décision récente de M. Hamma H qui veut enlever le mot « communiste » de son parti)


Au lieu de nous proposer en boucle cette rhétorique, la classe politique ferait mieux de se saisir de sujets plus captivants pour la génération des 2 Ben à savoir : comment permettre au tunisien de gagner plus d’argent ? Comment les biens confisqués seront redistribués au citoyen tunisien ? Où sont les snipers? Comment organiser les autorités religieuses dans le pays ? Quel modèle de tourisme va-t-on proposer dans l’avenir? Comment développer la finance islamique? Comment combattre la corruption ?, etc.


Au terme de cette analyse rapide de la situation sous l’angle du conflit générationnel, on est obligé de faire le constat qu’à 3 mois des élections le Bloc des fervents disciples de Mohamed est le bloc le mieux encadré et le mieux représenté au sein de la génération des 2 Ben. Celui des capitalistes décomplexés peine à trouver une représentation à l’écoute de ses revendications (la génération des 2 Bou étant déphasée) !


Un autre constat s’impose c’est la disparition programmée de tous ses partis nouvellement créés dits centristes, nationalistes et autres ! Ces partis sont la preuve que la génération des 2 Bou n’a rien compris aux aspirations de la Génération des 2 Ben !"


Par Mon ami Dali
 
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24 juillet 2011

Tunisie : voter, c'est révolutionnaire!


Le 23 Octobre prochain , les tunisiens sont appelés à élire une assemblée constituante, la deuxième de l'histoire du pays.

Voter, en Tunisie, est loin d'être dans nos habitudes. Sous Ben Ali, cela n'avait pas de sens ni d'intérêt, à part celui de participer aux masacarades organisées par le RCD et de donner une légitimité populaire à un régime illégitime et qui n'avait rien de démocratique. Avant, voter voulait dire : je suis d'accord avec la corruption, la répression et le pillage du pays. On comprenait alors le désintérêt manifeste d'une majorité de tunisiens pour ce genre de rendez-vous.

Le vote du 23 Octobre prochain sera différent : aller voter représentera pour chaque tunisien un acte extra-ordinaire, un vrai acte révolutionnaire, aussi révolutionnaire que d'avoir été devant le ministère de la torture pour crier "dégage". Voter pour élire une assemblée constituante, c'est se donner les moyens de rompre radicalement avec l'ancien système, qui est la cause du malheur subi par beaucoup de gens parmi nous. Voter, c'est aussi participer, individuellement et collectivement, à reconstruire les institutions du pays et contribuer à sortir de cette phase d'instabillité et d'absence de gouvernance. Voter, c'est décider pour soi, et s'émanciper de toute forme de tutelle étatique, partisanne ou coporatiste.

Avec toutes ces bonnes raisons, et plein d'autres, pour s'inscrire et aller voter en Octobre, je reste pantois devant l'appel de cetains à boycotter l'inscription et le vote. Qui et que boycottent-ils au fait? Et pour quelles raisons?

J'avoue que j'ai du mal à comprendre les arguments des opposants aux vote, dans la mesure ou le boycott signifie le refus du changement (le vrai, pas celui du RCD). Qui n'a pas intérêt aujourd'hui de voir la Tunisie changer pour de bon? Que le changement soit bénéfique, ou son contraire, il est encore trop tôt pour poser la question. On boycotte quand on n'est pas satisfait d'un évènement qui s'est déroulé et auquel on a participé. Or, c'est le 23 Octobre seulement qu'auront lieu les premières éléctions libres de l'histoire de la Tunisie. Comment peut-on boycotter l'histoire de notre pays? Votons d'abord, et opposons-nous après si on a de bonnes raisons.

Certes, tout ne se déroule pas parfaitement. Loin de là : on accuse du retard, on organise maladroitement et on informe peu sur les enjeux de cette étape. Mais est-ce surprenant que ca se passe ainsi pour une première fois? Les premiers pas sont toujours des pas maladroits. Mais on apprend à marcher en s'exerçant jusqu'à trouver l'équilibre. On peut en dire autant pour les élections en cours d'organisation.

Refuser de s'inscrire et de voter, c'est donner au monde entier un message contraire de celui qu'on a délivré en début d'année, et qui nous vaut toute l'attention, et parfois l'admiration de l'opinion mondiale. C'est aussi ignorer les aspirations de toutes ces sociétés opprimées et qui sont actuellement en lutte pour nous avoir suivi dans le chemin qu'on a choisi...

Crédit Photo : Reuters/Finbarr O'Reilly


26 mai 2011

Tunisie : le rythme de la transition

Cela n'a échappé à personne, la période de transition en Tunisie est un moment de grande confusion. Le débat actuel sur la date de l'élection de l'assemblée constituante en est le parfait exemple. Et le rythme de la transition devient un facteur important et déterminant de la réussite de la révolution.

La difficulté réside dans le fait que le rythme de transition doit être suffisamment rapide pour satisfaire les attentes et les espoirs de la population, leur donner de nouveaux repères et apaiser leurs inquiétudes. Mais le changement ne doit pas non plus se faire dans la précipitation au risque de fragiliser les bases d'une future démocratie.     

Exercice difficle quand on sait la propension actuelle des acteurs politiques et des citoyens à s'emporter, à trancher rapidement et à se diviser sur à peu près tous les sujets de débats, alors que l'importance du moment exige de nous d'avancer de façon concertée, pragmatique et dénuée de tout calcul partisan.   

Fini le temps de la fougue révolutionnaire, place à la dure réalité de la transition : celle d'un pays qui passe en quelques semaines d'une dictature de parti unique qui dirigeait d'une main de fer à une situation de foisonnement de partis, de projets et d'idéologies qui demeurent inconnus de la majorité de la population. Tout est à reconstruire et en l'absence de gouvernance légitime, la seule issue pour prendre des décisions acceptables reste celle de la négociation et du consensus.

Pour arriver à ce consensus, il faudra réussir à extraire nos débats et nos réflexions de tout idéalisme, pessimise, égocentrisme et autres théories du complot. Il faudra être le plus réaliste possible dans l'évaluation des difficultés et le plus engagé aussi dans la concrétisation des objectifs de la transition.  

Si la Haute Instance Indépendante pour les Elections, le gouvernement de transition et les partis politiques arrivaient à s'entendre sur le rythme de la transition, on aura franchi un grand pas et le débat dépassera les questions de dates et de crédibilité pour se centrer sur la réussite de la transition avec le moins de risques possibles sur les plans sécuritaire, social et économique.

Alors qu'ils se sont précipité dans leur parade électorale, que les principaux partis politiques nous prouvent d'abord qu'ils sont capables de servir l'intérêt du pays avant le leur. Et pour que le gouvernement de transition gagne en crédibilité, qu'il démontre sa bonne volonté à respecter l'indépendance des différentes parties et à partager la prise de décision.

Source photo : ici.

25 avril 2011

Tunisie : journaliste, profession à réinventer


Avant la révolution, les tunisiens se méfiaient des médias nationaux audiovisuels et écrits pour leur affiliation ou leur assujettissement au pouvoir. Après la révolution, la parole a été libérée mais les tunisiens restent méfiants et insatisfaits. Ils continuent de douter de l'indépendance de certains médias et dénoncent le manque de professionnalisme des journalistes.


Même si l'on peut constater quelques améliorations depuis le 14 janvier, les journalistes tunisiens ne sont pas encore prêts à couvrir correctement la période électorale qui démarre. Autrefois inhibés et (auto)censurés, ils tentent petit à petit de reprendre possession de leur profession non sans difficultés. Les manquements sont flagrants en matière de respect des règles et de la déontologie journalistique dans le traitement de l'information, et la qualité du rendu n'est pas toujours à la hauteur des attentes.


A quelques exceptions près, on retrouve les mêmes lacunes chez les journalistes tunisiens, tout support confondu. Quand il dispose d'une information, le journaliste tunisien se contente généralement de la délivrer à l'état brut. Par moment, il ne prendra pas la peine de la vérifier, de la recouper, de contextualiser les faits et de les analyser, laissant libre champ à l'interprétation et à la rumeur. Dans son réflexe de peur du châtiment et d'obéissance aveugle à l'autorité, il ne se risque pas dans le traitement d'informations critiques envers le gouvernement. Parfois, le journaliste ne prend pas assez de distance et manque d'objectivité par rapport au sujet abordé, ce qui peut influencer l'opinion. Quand il anime un débat, il peine à le recadrer et à faire respecter le temps de parole, laissant passer les dérapages médiatiques. Dans ses écrits, il privilégiera l'opinion à l'enquête, la capitale à la région...


Ces lacunes, qui sont dues à un défaut de formation et à un manque d'expérience dans l'exercice libre et respectueux des règles de la profession de journaliste, sont renforcées par l'absence de cadre législatif structurant et de moyens de régulation. A défaut de compétences et de structures, le journalisme en Tunisie continuera à verser dans le sensationnalisme et dans les règlements de comptes et les journalistes à confondre leur rôle, ce qui n'apporte aucune valeur au citoyen qui a avant tout besoin de s'informer pour comprendre ce qui se passe dans le pays.

Le journaliste tunisien doit également faire face à d'autres difficultés liées à un environnement toujours hostile, qui ne respecte pas son métier et qui n'affectionne pas la transparence. Plusieurs cas d'agression de journalistes ont été
dénoncés, d'autres médias sont toujours indésirables. Deux photographes ont été arrêtés puis relâchés hier à Tunis parce qu'ils prenaient la police en photo. Certains journalistes continuent à être pointés du doigt pour leur proximité avec l'ancien régime. D'autres subissent des pressions et des menaces de poursuite quand ils s'intéressent un peu trop aux sujets sensibles liés à la corruption et la sécurité du pays. Et la disparition de la manne financière de l'ATCE, ancien organe de propagande, fragilise le secteur et commence à faire tomber des structures...


A trois mois du vote pour élire une assemblée constituante, et face à la multiplicité des partis politiques et à la complexité des questions à débattre, la situation devient inquiétante. Les recommandations annoncées par l'instance nationale pour l'information et la communication se font toujours attendre. Des journalistes de l'audiovisuel bénéficient actuellement d'un programme d'accompagnement de l'Audiovisuel Extérieur de France, et c'est une bonne chose. Mais qu'en est-il du cadre législatif? Dans quelles conditions et de quelle manière la campagne électorale va être couverte par les journalistes tunisiens? Disposeront-ils des moyens qu'il faut? Les médias électroniques seront-ils assujettis au même code que les autres médias? Les dérapages médiatiques seront-ils sanctionnés? A défaut de journalisme performant, les tunisiens continuent-ils à s'informer via Facebook et autres médias alternatifs?

Autant de questions sans réponses à ce jour...



Pour aller plus loin : ici (anglais) et ici (arabe)

Source photo : ici


25 avril 2010

Elus de Tunisie


Preuve, s'il en faut, de l'état de dérèglement extrême dans lequel se trouvent l'État et le système politique tunisiens, une tendance pas tout à fait récente mais qui se confirme d'une échéance électorale à l'autre vient marquer les municipales du mois prochain. Il s'agit de la multiplication d'un nouveau genre "d'élus", qui sont avant tout de riches hommes d'affaires issus du sérail présidentiel.

Ces "élus" ont généralement commencé à construire des fortunes personnelles par des stratégies d'alliances familiales, claniques ou clientélistes qui leur ouvrent grand les portes du "marché". Ils partent ensuite à la quête de pouvoir politico-administratif, précieux sésame pour accélérer leur montée en puissance, en empruntant
évidemment les couloirs accueillants du parti au pouvoir.

On peut penser qu'avant même d'obtenir des mandats représentatifs et donc un certain pouvoir officiel de décision et de contrôle, ils bénéficiaient d'une manière informelle de facilités par leur statut de proche - privilégié. A la différence près qu'ils sont aujourd'hui nombreux à afficher leurs prétentions et à assumer une visibilité institutionnelle en devenant députés ou maires. Ainsi, le "changement" se fait de plus en plus dans la transparence...

Au delà de la question de la légitimité de ces parachutés, un tel mélange des genres nuit gravement à la crédibilité de l'État. Il vide les institutions de leur contenu en les court-circuitant et en supprimant toute notion de représentativité dans le système électoral. Il devient de plus en plus évident que les hommes clés de la machine étatique sont élus par en haut, plutôt que par en bas. Pourquoi alors continuer à reprocher aux citoyens et surtout aux plus jeunes d'entre eux leur désintéressement de la vie politique et leur retrait de la scène publique? Ces jeunes perçoivent les institutions de l'État soit comme des boites noires qui encadrent, surveillent censurent et répriment, soit comme des poules aux œufs d'or qui bénéficient à une infime minorité de privilégiés. Face à une telle réalité, on peut davantage parler de méfiance, de crainte ou de frustration que de désintéressement des citoyens de la vie politique de leur pays. Ils peuvent au contraire montrer un certain intérêt pour des élections étrangères, comme pour les présidentielles françaises.
Simplement parce qu'elles sont plus crédibles et qu'elles permettent de maintenir le lien entre la société et l'État, plutôt que de le détruire...

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23 octobre 2009

Echos d'une campagne




A deux jours du "scrutin", tous les projecteurs sont braqués sur la Tunisie, ce petit pays de l'Afrique du Nord dont on entend si rarement parler... On ne compte plus les articles, enquêtes et reportages menés par des journalistes étrangers qui décrivent en majorité un système politique fermé dans un pays qui est avancé par rapport à ses voisins sur le plan économique, mais qui recule sur celui des droits et des libertés. Corruption, népotisme, chômage... sont des mots qui sont revenus souvent dans ces articles, cette année plus qu'en 2004.

Le régime tunisien, qui n'a jamais autant manqué de crédibilité aux yeux des observateurs internationaux, réagit en ce moment avec les mêmes méthodes qu'on lui connait pour faire face aux critiques - contribuant ainsi à leur donner plus de crédit :
harcèlement et arrestation de journalistes et de militants tunisiens, reconduite à la frontière de journalistes étrangers, censure des papiers et sites critiques, et multiplication des efforts de propagande pour défendre ce qui est dévenu indéfendable. Un dernier bilan de RSF résume bien la situation. Dans cette bataille de l'image évoquée précédemment, il se justifie par des décisions et des discours ambigus et contradictoires, qui dénotent bien l'état d'angoisse dans lequel les technocrates du régime doivent se trouver actuellement. Le ministre de la communication en a fait les frais :"L’organisation du tirage au sort donnant l’ordre de passage [des candidats] a d’ailleurs valu son poste au ministre de la Communication, limogé sur le champ, pour ne pas avoir tiré la boule du chef de l’Etat de sa poche plus discrètement." RSF.

L'article publié aujourd'hui dans LaPresse tunisienne est d'ailleurs un bel exemple de contradiction. Pour défendre ce régime, devenu expert dans la récupération des référentiels démocratiques occidentaux pour servir son image de démocratie naissante et progressive, l'auteur n'hésite pas à attaquer ces mêmes valeurs de liberté et de démocratie auxquelles pourtant le régime lui-même prétend se référer... Le tout en prenant soin de jouer sur la fibre nationaliste en accusant ses détracteurs d'intentions néo-colonialistes :

"Réveillez-vous, les Tunisiens ne sont plus ces indigènes ignorants à la merci de ces prédateurs blancs venus leur donner des leçons. (...) Quand l’Occident, qui s’érige en chantre de la liberté, piétine les droits de l’Homme, ce cortège d’esprits dits démocratiques préfèrent regarder ailleurs, plus doués pour compter leurs exploits médiatiques que les cadavres des autres. C’est le revers sanglant de la médaille dorée de la liberté à l'occidentale "

Quelle est alors cette liberté "à la tunisienne" que ce régime dit construire depuis maintenant 22 ans et semble privilégier aux autres modèles? Est-ce celle qu'il a pratiquée au début des années 90 pour réprimer durement toute l'opposition politique, des islamistes à l'extrême gauche? Ou bien peut-être est-ce celle qu'il pratique aujourd'hui pour étouffer le mouvement de contestation qui continue de secouer le bassin minier de Gafsa?

Si l'Occident a bien voulu croire et nous faire croire qu'il fallait accorder du temps à ce régime pour qu'il puisse consolider ses bases économiques et sociales pour ensuite initier la transition démocratique, il est forcé aujourd'hui de constater que ce temps accordé n'a servi qu'à consolider son caractère autoritaire et arbitraire. La transition démocratique tant attendue n'a jamais eu lieu. Bien au contraire, une combinaison de libéralisation économique profitant à une minorité, de répression et de décor démocratique définissent le mieux aujourd'hui ce régime du "changement", si choyé par l'occident pour sa bonne coopération sur les questions sécuritaires, migratoires et de libre échange...Qui croit encore que ce régime peut accoucher d'une quelconque forme de démocratie? Nous sommes face à un système qui ne sait plus se renouveler, qui est en pleine crise identitaire et idéologique, et qui se discrédite lui même en entretenant ses propres contradictions...

Nous avons eu droit dans cette campagne "électorale" à un énorme gâchi de ressources et d'argent pour amuser la galerie avec des tentes, des cirques, des éléphants et des concerts...Nous avons eu droit aussi à un président absent, et à une présidente par intérim qui s'est carrément substituée à son mari pour mener compagne et prendre du galon, sans légitimité aucune, mais avec certainement la volonté de sauvegarder quelques intérêts.

A suivre...

16 octobre 2009

Constats amers


Nos gouvernants, qui sont censés parler et agir en notre nom, devraient être aussi les garants et les vecteurs d’un ensemble de principes et de valeurs qui nous unissent et nous définissent en tant que citoyens tunisiens. Aujourd'hui, je n'aime pas l’image de nous-mêmes que nous renvoient nos gouvernants, et ne me reconnais pas dans ces valeurs qu’ils nous transmettent.

Ces élections truquées et sans intérêt sont insultantes : que de mensonges, que de censure et de louanges pour "une Tunisie démocratique et prospère", qui n'est que pure invention de la propagande...La répression est à son comble, et aucune question n'est débattue ou analysée dans le fond. Les chômeurs diplômés ne sauront pas pourquoi ils sont si nombreux, les ménages ne comprendront pas pourquoi leur pouvoir d'achat est si faible, personne ne posera la question des libertés, de la corruption, ni ne demandera de comptes aux clans qui pillent un peu trop facilement le pays...

Je ne me reconnais pas dans cette république falsifiée, aux institutions effacées, qui prétend prendre le chemin de la démocratie alors qu’elle a pris depuis longtemps celui de l'oligarchie. Je ne peux adhérer à ces élites corruptrices et corrompues qui nous gouvernent, qui n’ont pour seules valeurs que le gain et le profit, et pour seuls idéaux que l'allégeance et l'égoïsme. Je ne comprends pas cette société de l'hypocrisie, qui veut que tout soit bien quand beaucoup de choses vont mal. Je méprise cette presse mensongère, cette administration courtisane et cette justice inéquitable.

J'observe le déroulement de cette compagne et constate amèrement que nous avons droit à la 5ème mascarade consécutive depuis 20 ans. La stratégie de la participation contestataire prônée par une partie de l'opposition montre une nouvelle fois ses limites. Celle du boycott suivie par une autre partie de l'opposition n'a quasiment pas d'effet, à part celui d'enrager encore plus le pouvoir. Jusqu'à quand le consensus tiendra-t-il? Jusqu'à quand allons nous privilégier le développement aux libertés? Si aujourd'hui la Tunisie est citée comme un modèle régional de développement humain et économique, elle présente aussi un contre-exemple de la participation et des libertés. Le constat est aujourd'hui clair : le salut du pays ne viendra pas de l'opposition, et encore moins du pouvoir. Mais de chaque tunisienne et tunisien qui prendront conscience de la gravité de la situation. J'espère qu'ils sauront le faire à temps...


06 octobre 2009

Guerre d'image



Les médias tunisiens sont devenus experts dans la récupération et la manipulation des résultats obtenus par la Tunisie dans les différents classements internationaux. Après l'indice de qualité de vie présenté comme le fruit de 20 ans de "changement", omettant de préciser que le score de 2009 était en recul par rapport à celui de 2008 ; ou l'indice "d'instabilité politique et de vulnérabilité à l'agitation politique et sociale" présenté comme un indice de stabilité et de progrès démocratique alors qu'il ne faisait que refléter l'immobilisme politique du pays, nous avons eu droit cette semaine à l'indice de la gouvernance en Afrique. Cette fois encore, l'information était incomplète : elle ne mentionnait que la moyenne des scores obtenus par la Tunisie sur 5 critères d'évaluation, évitant de parler des notes très moyennes obtenues sur 2 de ces 5 critères- et pas les moindres: "Participation et droits humains " avec 45.3/100 et "Opportunités économiques" avec 52.5/100. (Voir rapport)

Il ne s'agit pas là de nier la situation relativement bonne du pays comparé à d'autres pays africains ou du monde arabe sur le plan du développement humain (initié d'ailleurs bien avant le changement) ou de celui de la sécurité (au prix d'un contrôle et d'une surveillance accrus de la société), mais de dénoncer l'interprétation trompeuse de ces résultats et leur détournement systématique à des fins de propagande. Il faut dire que pour un régime obsolète et de moins en moins crédible, de tels classements, c'est du pain béni! Cette soif de reconnaissance à l'échelle nationale et internationale ne cache-t-elle pas le mépris d'une large partie de l'opinion envers un régime qui continue de tabasser ses opposants, et ce même en pleine période électorale?

Telle est la stratégie déployée depuis plus de 20 ans pour construire et refléter l'image d'une Tunisie tranquille, heureuse et apaisée et pour détourner le regard sur les dérives du pouvoir. A côté de la quasi-totalité des médias tunisiens qui sont exclusivement voués à cette basse besogne, d'autres magazines étrangers comme Afrique Asie , Arabies, ou dans une moindre mesure Jeune Afrique , tous très sensibles à la manne publicitaire de l'état tunisien, contribuent aussi à véhiculer une telle image en prenant soin d'éviter les sujets qui fâchent comme la question sociale ou celle des libertés.

Mais dans cette guerre de l'image, qui passe indéniablement par une guerre de l'information, le pouvoir n'a plus le monopole de la parole et perd depuis un certain temps du terrain. Des chaînes satellitaires comme Al Jazira, connue pour son ton libre et critique envers les dictatures arabes, continuent de déranger en donnant la parole à des militants et à des opposants tunisiens. Ce qui lui vaut régulièrement de véritables compagnes de dénigrement de la part du pouvoir. Actuellement, pas moins de
deux livres critiques sur la situation de la Tunisie circulent et peuvent être téléchargés sur le net. Toutes les tentatives de censure déployées pour contrer ces sources d'information alternatives n'ont pas réussi à empêcher leur diffusion. Dans cette guerre de l'image, le pouvoir ne cesse de perdre des batailles. Entre temps, c'est malheureusement l'image de tout pays, mal représenté, qui continue à se détériorer...