28 décembre 2011
Tunisie : Ennahdha affine son positionnement
06 juin 2009
Gafsa: souvenons-nous!

Le 6 Juin 2008 éclatait l'un des plus importants mouvements sociaux de l'histoire récente de la Tunisie. Il y a un an, les forces de l'ordre ont tiré sur des citoyens, faisant 2 morts et plus de 20 blessés. Leur tort: avoir manifesté durant des mois contre la corruption, le chômage, et la pollution de leur environement. La tension était telle que l'on a eu recours à l'armée pour boucler le bassin minier de Gafsa, dans le sud-est du pays.
08 décembre 2008
A la Une aujourd'hui

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15 août 2008
Retour à la case prison...
A ce rythme, le contingent des Redeyefois dépassera rapidement celui des Nahdhaouis dans nos gôeles : il fallait bien y renouveler un peu le sang...
17 juin 2008
Troubles de la paix sociale…
Des journalistes sont montés au front depuis deux semaines pour défendre « la stabilité et la paix sociale », conditions nécessaires pour un développement économique durable. L’intervention en force de la police pour réprimer les manifestations de Redeyef serait alors justifiée par la nécessité de maintenir la paix sociale dans le pays.
L’argument est juste, et on a envie d’y adhérer, car tout le monde s’accorde à dire que la Tunisie n’aurait jamais pu réaliser autant d’avancées économiques sans cette relative stabilité sociale. L’expérience douloureuse de l’Algérie voisine dans les années 90, et ses conséquences négatives sur le développement économique du pays, le confirme également. Les organisations internationales ont même crée des indices de stabilité pour estimer « le risque pays », des indices qui influent fortement l’attractivité des pays pour les investissements.
Mais ce que ne disent pas ces journalistes, c’est que la stabilité se crée, mais ne s’impose en aucun cas par la force. L’état de droit, le développement équitable et les réformes économiques cohérentes sont de nature à créer un environnement stable et propice à la paix sociale. A l’opposé, la corruption, les inégalités et la répression sont les causes de l’instabilité. Dans les pays arabes, les conditions favorables à la paix sociale font défaut, mais on persiste à vouloir imposer la paix sociale par la force, en réprimant fortement et rapidement toute forme de contestation sociale. En témoignent les récentes manifestations au Maroc et en Egypte et qui ont été gérées de la même manière qu’en Tunisie…
L’encadrement strict de toute contestation est une solution facile mais limitée. Car elle contribue davantage à exacerber les tensions qu’à l’apaisement. L’absence d’intervention de tout autre intermédiaire crédible de la société civile, des partis politiques ou des ONG, qui auraient pu contribuer à régler le conflit, laisse peu de choix à des populations défavorisées et isolées. Le mécanisme vicieux qui s’en suit est bien expliqué par Rami G. Khouri, éditorialiste au Daily Star, quand il écrit que:
La plus grande partie de la population, sans réelles options, devient passive et sans réaction, se sentant dans certains cas déshumanisée par le fait que sa propre société la traite avec le même dédain que celui qu’elle avait subi précédemment de la part des occupants coloniaux étrangers. La conséquence la plus dangereuse d’états et de politiques gouvernementales se tournant vers une gestion du pouvoir basé sur la sécurité et le contrôle, alors qu’un système basé sur un état de droit serait bien meilleur, est que cela fait de la violence la première des habitudes puis ensuite une norme. (…)
Khouri explique plus loin que ces gens, qui sont des perturbés plutôt que des perturbateurs, peuvent faire appel à la violence comme dernier recours, s’ils ne sont pas entendus dans leurs manifestations pacifiques :
Cependant, la leçon pour tous, devrait être que la répression armée ne produit ni sécurité, ni stabilité et encore moins la docilité. Elle ne fait que transformer des citoyens jadis respectueux de la loi en un peuple engourdi et en colère qui estime qu’il a peu d’intérêt dans un système qui ne le traite pas de façon humaine. Perturbés, rabaissés, appauvris et inquiets pour l’avenir de leurs enfants, ils commencent à résister et à défier leur propre élite au pouvoir. En fin de compte, certains rendent les coups, au début par la résistance passive, des grèves et des protestations pacifiques. Quand ces moyens sont bloqués, ils utilisent alors la même violence que celle qu’ils voient utilisés contre eux par leurs propres gouvernements…(…)
PieceNow, image prise du documentaire The Weather Undergound, Sam Green, Bill Spiegel, 2003
Quant à Moncef Kilani, un universitaire tunisien, il explique que ces crises sont conséquentes au système politique, qui a tendance à les (re)générer d’une manière cyclique:
La masse demeure une mue, en fonction de la conjoncture, soit par l’esprit de soumission, soit par l’esprit d’émeutes. En effet, dans l’imaginaire politique, ordre et désordre s’alternent sur un mode tragique. De sorte que si la situation économique s’empire, c’est la rue qui deviendra maîtresse du jeu en n’empêchant toutefois pas la reconduction du système par l’alternance de répression et de la concordance civile. Le scénario classique de la crise/violence/dialogue demeure à cet effet toujours valable. Autrement, le système se maintient par un dosage subtil de la coercition et de la cooptation des notables et autres élites aspirant à jouir des privilèges conférés par le pouvoir politique. La balbutiante société civile est en permanence minée par ce jeu quand elle n’est pas surveillée et contrôlée par un état où domine une culture de Makhzen de soupçon envers la société laquelle est assimilée à une source d’anarchie et de régression. En conséquence, le corps social est constamment gagné par le désintérêt de la chose publique, impulsée uniquement par l’Etat qui empêche ainsi le sens civique de se développer. (…)
Aussi la société demeure-t-elle dans un étrange rapport de soumission/fascination envers l’Etat, alors que l’esprit égalitariste ainsi que le mimétisme qui y règnent servent certes de bouclier contre le conflit social généralisé et violent, mais également de limite à l’innovation et à la différenciation.
Face à la complexité de ces mécanismes, il est difficile de trouver une recette toute prête à une crise dont les causes semblent être plus « structurelles » que conjoncturelles. Et il est aussi illusoire de s’attendre à un quelconque miracle pour sa résolution. Alors, que reste-t-il à faire ? D’abord, des pratiques à stopper, ensuite des responsabilités à assumer…
11 juin 2008
Redeyef: la suite?
Les tunisiens sont encore sonnés par les récentes émeutes qui ont eu lieu à Redeyef. Car de telles violences sont rares en Tunisie, pays « du consensus et de la stabilité sociale ». Tout le monde se demande aujourd’hui comment la situation a-t-elle dégénéré au point de causer la mort de deux jeunes manifestants, dont un tué par balle par la police anti-émeute. A ce sujet, deux thèses s’opposent aujourd’hui : la thèse officielle qui attribue ces drames au recours des manifestants à la violence et aux actes inciviques, comme la fabrication de cocktails Molotov. Et celle des habitants de la région concernée, de leurs défenseurs, et, je pense, de la majorité de la population tunisienne qui l’attribue plutôt à la lenteur des négociations avec les manifestants, et à la répression violente de la part des forces de l’ordre.
La frustration est d’autant plus vive, qu’un black-out total est toujours imposé par la presse tunisienne sur les tenants et aboutissants de la crise. Cette absence totale d’informations nourrit les inquiétudes, les questionnements, et la rumeur. Ce qui ne contribue en aucun cas à l’apaisement de la situation. Des vidéos d’une violence rare circulent déjà sur Internet. On y voit beaucoup de sang, des blessés se tordant de douleur, des agents de la police forçant les portes de maisons, des rues qui sont soit vides des habitants, soit le théâtre de combats entre manifestants et forces de l’ordre…
Les tunisiens, jamais autant avides d’information, se tournent de plus en plus vers Internet, à la recherche de quelques informations, images ou vidéo témoignant de ce qui se passe réellement dans cette région quadrillée et isolée. Les seules sources d’information disponibles aujourd’hui sont la presse internationale, les sites de militants de droits de l’homme, les sites de l’opposition tunisienne ou encore les blogs. Cependant, la censure sur le net rend difficile l’accès à ces sites.
Le ministre tunisien de la Justice et des Droits de l’homme, Bechir Tekkari, a déclaré qu’il « regrettait l’incident » pour commenter la mort du jeune manifestant Hafnaoui Maghdhaoui et a nié le fait qu’il y ait eu des actions illégales de la part de la Police. Mais comme le rappelle bien Amnesty International, les lois internationales garantissent le droit à la liberté d’expression et de manifestations :
While recognizing the right of the authorities to maintain public order, the policing of demonstrations should be conducted in accordance with international standards governing policing activities, including the UN Code of Conduct for Law Enforcement Officials. Law enforcement officials must minimize damage and injury, and do the utmost to respect and preserve human life.
La Tunisie vient de réitérer son engagement pour les droits de l’homme lors de la tenue de la session finale de Revue Périodique Universelle du Conseil des droits de l’homme. Un tel engagement devrait être mis en pratique par des investigations indépendantes sur la responsabilité de la Police anti-émeute et sur les circonstances de la mort de Hafnaoui Maghdhaoui. Il est fort probable que cela se traduise par une discréditation du pouvoir, et donc peu probable que ca soit accepté par des autorités qui n’acceptent pas la critique. Cependant, certains signes montrent que les autorités commencent à revoir leur copie, comme la promesse de dédommagements pour les commerces endommagés et les biens volés, ou la révocation du PDG de la Compagnie Nationale de Phosphate. Mais ce ne sont pour l’instant que de « petites mesures », qui ne peuvent régler tous les problèmes de la région. Considérant l’urgence de leur calendrier, les autorités devraient pourtant réaliser que le temps n’est plus au dialogue, comme elles le préconisent, mais plutôt à l’action urgente et réparatrice…
09 juin 2008
عزل الرئيس المدير العام لشركة فسفاط قفصة من منصبه
نفذت السلطات التونسية مساء اليوم قرارا كانت مترددة منذ 5 أشهر في تنفيذه يقضي بعزل السيد "عبد الحفيظ النصري " من منصبه كرئيس مدير عام لشركة فسفاط قفصة دون تكليفه بأي مهام أخرى على عكس ما جرت به العادة في مثل هذه الحالات.
و تقبل أهالي ولاية قفصة القرار بردود فعل مختلفة حيث إعتبره البعض إنتصارا و جزءا من تتويج تحركاتهم النضالية، و في المقابل رأى البعض الآخر أن هذا القرار أتى كمحاولة لإمتصاص غضب الجماهير بعد إستشهاد شاب و سقوط عدد من الجرحى في مدينة الرديف ووصفوه بالمسرحية سيئة الإخراج فبركتها السلطة تريد من خلالها طمس خطاياها و أخطاءها في حق أهالي الرديف و أم العرايس و المتلوي....
أتى هذا القرار في شكل خطوة متأخرة في الإتجاه الصحيح، و رغم ذلك فإنه لا يفي بالغرض و غير قادر على حل أزمة الحوض المنجمي خاصة بعد أن شهدت أحداثها تطورات خطيرة نهاية الأسبوع الماضي أسفرت عن نتائج مؤلمة.
معز الجماعي
Pour voir les dernières vidéos mises en ligne, ici.
Evènements de Redeyf sur El Hiwar TV
Malgré les efforts de son interlocuteur pour l'amener à admettre la gravité des faits, ou à justifier les emprisonnements de jeunes manifestants, il a usé de ses capacités oratoires pour défendre la position du gouvernement, en déballant son discours de propagande bien rodé. Il est dans une relativisation qui frise le déni: tout ce qui se passe est presque normal, mais les solutions prendront du temps à avoir de l'effet. Pour les arrestations et la répression policière, ce ne sont pour lui que des "dépassements ordinaires" dans ce genre de situations de crise, et qui ne diffèrent pas des méthodes d'autres polices dans le monde. Pour lui, la police était sous pression à cause de la violences des actes des protestations, ce qui l'aurait amené à être violente en retour.
Il justifie le renvoi du syndicaliste adnane Al Haji pour dissensions au sein du syndicat, en déclarant sans gêne qu'il "déteste les militants"...
Malheureusement pour lui, des vidéos viennent d'apparaitre sur internet, et elles contredisent fermement ce qu'il dit. Elles témoignent des violences des affrontement en montrant des images de nombreux blessés, et de policiers usant de la force pour pénétrer dans les habitations (voir la vidéo ci-dessous)
Pour un accès aux dernières vidéos des évènements de Redeyef mises en ligne, ici. Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité.
08 juin 2008
Note Rouge
Ils estiment que ces réalisations, reconnues internationalement, ont eu pour mérite notoire d'impulser l'investissement dans tous les gouvernorats, notamment, dans les régions de l'intérieur.
Le communiqué lance un appel à faire preuve de sagesse, à faire prévaloir l'intérêt national et à bannir toute forme de violence.
En insistant sur l'équilibre entre régions, ces partis pointent du doigt une cause probable de cette crise. Ce faisant, ne donnent-ils pas plus de crédibilité à cette thèse? D'autant plus qu'une telle insistance se justifie par la crainte d'une propagation vers d'autres régions de "l'intérieur" qui peuvent prétendre à la même injustice.
Quant au slogan de "l'intérêt national": c'est du classique, c'est l'argument passe-partout. L'intérêt national n'est-il pas plus menacé par toutes les inégalités, la misère et les dépassements dénoncés par les manifestants?
Redeyef: déploiement de l'armée

"La situation est relativement calme et la population a été apaisée par le déploiement de l'armée qui a pris le contrôle des principaux points de la ville", a indiqué un porte-parole du mouvement de protestation sociale, Adnane Hajji, joint par téléphone à Redeyef.
"Les renforts militaires --une quarantaine de camions et des blindés-- ont commencé à se déployer dès la nuit de vendredi et devraient permettre le retrait des Brigades de l'ordre public", a estimé ce dirigeant syndical.
Les militaires devaient prendre la relève de ces unités spécialisées dans la répression de troubles publics et les autorités ont promis des compensations aux habitants et commerçants de Redeyef, dont des biens auraient été volés ou saccagés par des agents de l'ordre, selon M. Hajji.
Les affrontements ont fait un mort et huit blessés -cinq manifestants et trois policiers--, selon un bilan gouvernemental, et un mort et 28 blessés, selon des sources syndicales.
Le ministre tunisien de la Justice et des droits de l'Homme Bechir Tekkari qui a dit "regretter" samedi la mort d'un manifestant, a démenti que des actes de vols et pillage aient été commis par des agents de l'ordre.
"Nous regrettons cet incident d'autant que ces troubles sont exceptionnels en Tunisie", a-t-il déclaré à la presse, expliquant que les forces de l'ordre étaient intervenues "conformément à la loi" pour neutraliser des individus qui fabriquaient des cocktails Molotov.
M. Tekkari a souligné la détermination des autorités à empêcher toute menace à l'ordre public. "Nous ne tolèrerons aucun recours de la violence et refusons qu'un point de vue quelconque soit imposé à l'Etat par la force", a-t-il déclaré en référence aux revendications sociales dans la région.
Le ministre s'est inscrit en faux contre un "recours exclusif à l'option sécuritaire", évoquant un train de mesures gouvernementales pour résoudre les problèmes sociaux et satisfaire la demande d'emploi.
(...)
Selon des témoins joints par téléphone, des centaines d'habitants de Redeyef ont participé samedi "dans le calme" à l'enterrement de Hafnaoui Al-Maghzaoui, 25 ans, qui a succombé vendredi à une blessure par balle au poumon.
"La police est restée à l'écart" et, fait exceptionnel dans un pays musulman, de nombreuses femmes ont assisté à l'inhumation aux cris d'"Allah akabar" (Dieu est le plus grand), ont-ils rapporté à l'AFP.
Ce décès est le deuxième à Redeyef après la mort à Tabadite, village berbère proche, d'un jeune protestataire électrocuté le 6 mai alors qu'il tentait de couper le courant aux générateurs de la CPG.
Pourquoi l'armée a-t-elle été déployée? Pour protéger la population contre sa Police??? Le comble!
Le déploiement de l'armée vient généralement en renfort à la Police, pas pour la chasser. Peut-être que le bilan de la Police est devenu trop lourd, avec deux morts et plusieurs blessés, ils se sont un peu trop amusé, فتقو مواهبهم Il est certain que leur présence n'aurait fait qu'empirer les choses. La population, dont une partie a été dépouillée de ses biens, doit éprouver un fort sentiment de vengeance envers les forces du (dés)ordre.
Et puis l'armée impressionne, et inspire le respect, ou la crainte peut-être. Ça va contribuer à restaurer le calme, pour un moment...Après plusieurs mois de quadrillage policier, voilà la région de Gafsa promue au rang de zone militaire!
Sinon, tout va bien du côté de nos "journalistes au pays des merveilles", qui ont quand même eu l'autorisation d'écrire quelques lignes sur le mouvement de protestation. Mais il faut bien chercher l'information, car ils ont pris le soin de la reléguer au dernier rang de la rubrique actualité nationale.
07 juin 2008
Tunisie: un mort et plusieurs blessés dans une manifestation à Redeyef
Hafnaoui Al-Maghzaoui, 25 ans, a été atteint d'une balle au poumon droit et a succombé sur le coup, lorsque la police a ouvert le feu sur les manifestants à Redeyef, a indiqué Adnane Hajji, dirigeant syndical. Dix-huit personnes ont été blessées également par balles, a ajouté M. Hajji, joint par l'AFP au téléphone à Redeyef.
Des cocktails Molotov contre les forces de l'ordre
Une source gouvernementale a confirmé le décès d'un manifestant et fait état de 8 blessés, dont cinq manifestants et trois agents parmi les forces de sécurité, qui «sont confrontées à des troubles ces derniers jours» dans la région de Redeyef. «Les forces de l'ordre ont essuyé vendredi des jets d'engins incendiaires (cocktails Molotov) et ont dû intervenir pour neutraliser certains éléments, qui les fabriquaient», a indiqué cette source dans un communiqué.
«La police est intervenue après les sommations réglementaires d'usage», a ajouté cette source, précisant que les autorités ont ouvert une enquête pour «déterminer les circonstances de l'incident et délimiter les responsabilités». Adnane Hajji a affirmé que la police a fait usage de balles «sans sommation» et indiqué que les autorités locales ont appliqué un «couvre-feu annoncé à la population par hauts parleurs vendredi».
Affrontements depuis lundi
Selon lui, la police a aussi réprimé «une marche pacifique» des habitants qui tentaient de joindre le siège de la sous-préfecture pour «circonscrire la situation» qu'il a qualifiée de «grave». Des leaders et notables locaux étaient en tête de la marche, qui a été dispersée à coup de grenades lacrymogènes, des hommes et des femmes ont été piétinés, a raconté ce syndicaliste agissant en porte-parole du «mouvement de protestation du bassin minier».
Des affrontements sporadiques opposaient depuis lundi des manifestants qui «dénoncent le chômage, le coût de la vie, la corruption et le clientélisme», a indiqué Adel Jayar, du comité d'encadrement. Selon lui, les protestataires ont jeté des pierres aux forces de l'ordre déployées en nombre et en permanence dans Redeyef et ses quartiers périphériques.
Des dizaines de manifestants avaient été appréhendés en avril à la suite de manifestations similaires danc cette ville de 30.000 habitants, principal foyer d'agitation dans le bassin minier de la région de Gafsa, riche en phosphates.
20minutes.
Des évènements d'une telle violence sont rares en Tunisie. De mémoire, les derniers évènements de ce type et qui ont fait plusieurs morts remontent aux années 1980. Les policiers ont déjà tirés sur les manifestants il y a des semaines, mais c'était avec des balles en caoutchouc. Tirer avec des balles réelles est un acte de la plus grande gravité: c'est un homicide volontaire. Quand les banlieues françaises ont brulé de milles feux en 2005, et nous gardons tous ces images de violence en tête, aucun policier n'a tiré à balles réelles sur les manifestants, malgré le risque de propagation des émeutes jusqu'à Paris. En Tunisie, la vie d'un jeune n'a manifestement pas la moindre valeur...
Ce soir, toutes nos pensées vont aux habitants de Redeyef, et surtout aux familles des défunts.
Pour télécharger la video, ici.
04 juin 2008
Gafsa: pourquoi une telle crise?

Alors que l’industrie minière tunisienne de Phosphate affiche une santé financière arrogante grâce à l’extraordinaire augmentation de ses recettes d’exportations- une augmentation des recettes elle-même due à la hausse, du simple au double, des cours mondiaux de ce minerai-, les conditions économiques et sociales des habitants de cette région, pourtant riche en cette ressource naturelle, n’a cessé de se détériorer pour déclencher une crise qui dure depuis des mois, et qui a tendance à s’étendre aux régions voisines., causant il y a deux jours une deuxième mort.
Ces soulèvements s’expliquent par le mécontentement de la population face à la pauvreté, au chômage, à la dégradation de leur environnement et à des mesures de sécurité musclées comme seules réponses du pouvoir à leurs protestations. Les habitants dénoncent aussi la corruption, et le fait que les richesses minières considérables n’aient guère amélioré la vie de la population locale.
Cette crise révèle le paradoxe d’une région riche en phosphate, contribuant à faire de la Tunisie le 5ème producteur mondial de phosphate et l’un des principaux exportateurs. Cette région demeure pourtant l’une des plus défavorisées du pays. Cette crise ne révèle-t-elle pas un problème de partage des richesses?
Car la région est bien une source de grandes richesses pour le pays, et depuis longtemps. Il y a 50 ans déjà, c'est avec les revenus des phosphates que la Tunisie réussit à se doter d'un complexe sportif, à Tunis, pour les Jeux Méditerranéens dans les années 1960. Aujourd’hui, la région demeure toujours une source considérable en argent :
Toutes les exportations de différents produits phosphatiers ont rapporté à la Tunisie la somme totale de 780,8 millions de dinars (661,69 millions de dollars) et on n'en est qu'aux quatre premiers mois de cette année.
Avec une telle manne, les habitants de cette région n’ont-ils pas le droit de demander qu’une plus grande part des richesses provenant des ressources naturelles de la région de Gafsa soit affectée aux services sociaux et à des programmes de développement économique qui bénéficient directement aux communautés locales ? N’est-il pas logique d’exiger de la part de cette industrie prospère un plan de développement durable visant à protéger l’environnement et à bénéficier aux communautés locales ? Et si cela a déjà été réalisé, où sont alors les résultats ?
Les ressources naturelles peuvent être une source d’immenses bienfaits….ou de maux épouvantables. Le cœur du problème n’est pas la ressource elle-même mais la manière dont elle est exploitée. Un régime minier ordonné, opérant dans un cadre législatif et budgétaire transparent et prévisible, peut être une source majeure de prospérité pour le gouvernement et la population. Faute de cela, la richesse minérale… agira comme un aimant attirant les cupides et les corrompus qui se rempliront les poches aux dépens de la population.
Nicky Oppenheimer, Président, De Beers. Discours au Commonwealth Business Forum, novembre 1999
Avec le problème de partage des richesses, se pose celui de la gouvernance et de transparence. Une des sources de colère des habitants de la région sont les faits de favoritisme qui ont caractérisé le dernier processus de recrutement à la Compagnie de Phosphate de Gafsa. Les habitants ont réclamé ces emplois, qui ont bénéficié à des candidats venant d’autres régions, comme un droit, estimant à juste titre que les recrutements doivent se produire sans fraude, et que ces opportunités doivent d’abord bénéficier aux populations locales. Certains voient en cette revendication un droit légitime, d’autres une forme de régionalisme. Le fait est que toutes ces questions ne se poseraient pas, si on avait une vraie politique budgétaire, qui définit avec transparence la provenance des recettes de l’Etat, ainsi que le montant et la destination de celles-ci :
La politique budgétaire est ce mécanisme important par lequel les sociétés s’emploient à préserver la cohésion interne et l’harmonie. Elle permet de gérer les conflits par des moyens politiques plutôt que par des moyens coercitifs. De nombreuses sociétés ont mis au point des mécanismes budgétaires pour mettre en œuvre leur modèle de justice sociale et pour maintenir l’harmonie interne -- transferts entre régions, programmes de dépenses régionales, politique de redistribution des revenus et d’assurance sociale. Source
Seules la transparence et une bonne gouvernance peuvent mettre fin aux accusations, aux favoritismes, au régionalisme et aux divers déséquilibres qui caractérisent la Tunisie et ses régions. Enfin, nous apprenons aujourd’hui que le président a lancé une nouvelle initiative pour la solidarité mondiale en proposant le prélèvement d'un dollar par baril de pétrole pour accroître les ressources d’un Fonds Mondial et les consacrer à la lutte contre le fléau de la faim dans le monde. Bien. Commençons alors et d’abord à l'appliquer chez nous…
Pour en savoir plus, ici.
28 mai 2008
Mobilisation de la Blogosphère tunisienne: un succès selon Le Figaro
Dans un article intitulé "Les blogs de la colère secouent le monde arabe", le magazine français Le Figaro cite la blogosphère tunisienne:
«Ils comblent le vide laissé par la presse locale, muselée par les pouvoirs en place», constate Gert Van Langendonck, rédacteur en chef de Menessat, un site Internet dédié aux médias arabes. Corruption, torture, harcèlement… Rien n'échappe aux blogueurs. «En leur absence, personne ne serait capable de savoir ce qui se passe dans ces sociétés», remarque Alexandra Sandels, une journaliste suédoise qui travaille sur la cybercensure au Moyen-Orient.
Ni contraintes de taille ni délais d'impression pour ces petits génies de l'informatique. Grâce aux outils Internet sites Web de réseaux sociaux ou encore les twitters, ces textos envoyés directement d'un téléphone portable sur un blog , les blogueurs informent en temps réel, en évitant la censure. Succès garanti, à en croire la récente mobilisation de la blogosphère tunisienne, où l'on a pu voir de jeunes auteurs raconter, en direct, les manifestations organisées par des milliers d'ouvriers des mines de phosphates de Gafsa, Redyef et Oum-el-Arayess pour protester contre l'inflation. Les journaux officiels se sont gardés d'en faire part à leurs lecteurs.
Pour lire l'article en entier, ici.11 mai 2008
Affrontements à Redeyef
redeyef le 07/05/2008
Comité de soutien aux habitants du bassin minier: le bouclage policier de la ville d’OUM LARAYES dure depuis 3 jours
La ville étouffe sous une forte pression policière qui ne fait qu’alimenter les protestations et les confrontations des habitants avec les forces de police. Des témoins présents sur place relatent que la ville est couverte par des fumées noires dégagées par la quantité impressionnante de gaz lacrymogène déversée sur la ville et par les incendies de pneus.
Le Comité national a été informé par les habitants que les gazs lacrymogènes n’ont épargné ni les quartiers résidentiels, ni les maisons, ni les écoles. Des dizaines de cas d’asphyxie, d’étouffement et de perte de connaissance ont été enregistrés. Les violences policières se sont abattues sur l’ensemble de la population sans distinction d’âge.
Ce tourbillon de violence qui dure depuis des jours a littéralement paralysé tout mouvement dans la ville d’OUM LARAYES : les élèves ont déserté écoles et collèges ; les commerces et magasins ont baissé leurs rideaux et même les services publics ont fermé. Par téléphone, l’un des habitants nous a appris qu’il ne trouve plus un endroit où se procurer du lait pour son nourrisson.
09 mai 2008
Gafsa isolée

Une bavure policière de plus ?
C’est pour protester, une fois de plus, contre les résultats du concours d’entrée à la Compagnie qu’un groupe de jeunes chômeurs ont décidé mardi d’occuper le générateur électrique alimentant les ateliers de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG). Selon plusieurs sources locales, une brigade d’intervention de la police, munie de gaz lacrymogènes, s’est rendue sur place pour dégager les jeunes. L’un des jeunes se serait alors emparé de câbles électriques afin d’empêcher l’évacuation du lieu. Le générateur était hors tension. La remise en route du courant électrique a provoqué son électrocution et celle d’un certain nombre de jeunes qui se trouvaient avec lui. Les secours ne seraient intervenus que plusieurs heures après l’accident.
Pour le moment, la version officielle de l’histoire reste floue. « C’est une question sensible mais pour rester objectif, la police n’a pu commettre un tel acte », affirme la CPG par la voix de son service de presse. Mais pour la population qui réclame l’ouverture d’une enquête indépendante, le coupable est tout désigné. C’est la police qui aurait délibérément réactivé le générateur, sans tenir compte du danger. Le drame a mis la région en émoi et la journée du mardi a été rythmée par des affrontements entre jeunes et forces de police. Abderahman Hedili, responsable du Comité de soutien des mineurs de Gafsa en Tunisie, confirme les faits : « En ce moment, tout est fermé : les écoles, le lycée, les commerces… Redeyef reste en état de siège ».
Une initiative spectaculaire vite avortée
« La présence policière est toujours énorme », affirme M. Hedili. C’est pour « laisser Redeyef aux policiers », selon le communiqué du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), que les habitants se sont concertés mercredi sur cette action coup de poing. Plusieurs centaines l’ont effectivement fait, emportant avec eux les objets de première nécessité. Mais l’action est décédée prématurément. Après quelques négociations entre autorités et syndicalistes, les habitants sont revenus le soir même. La présence policière devait en effet se réduire. « Finalement, rien n’a changé depuis hier », déclare M. Hedili.
Le chômage, cause de tous les maux
Selon un accord formel, la CPG s’engageait à recruter dès janvier un certain nombre de chômeurs en son sein. Chose qui ne s’est pas faite et qui expliquent l’occupation de mardi. Contacté par Afrik.com, un employé de la compagnie a cependant déclaré que le recrutement de cas sociaux a débuté depuis une dizaine de jours. « On recrute pour le moment ceux dont les parents travaillaient dans la compagnie mais qui ont eu des accidents de travail. Mais les habitants veulent des solutions radicales pour résoudre le problème du chômage, qui est structurel dans le bassin minier de Gafsa », explique l’homme. La CPG ne s’attendait pas à ce que les choses prennent cette « tournure dramatique », ajoute t-il.
Rien à signaler pour Nicolas Sarkozy
« L’espace des libertés progresse », déclarait Nicolas Sarkozy lors de sa visite d’Etat le 28 avril dernier. Ces propos ont provoqué un tollé général de la part des organisations de lutte pour les droits de l’homme. Aucune mention n’a été faite des « évènements de Gafsa ». Alors que la situation empire, les autorités ne voient pour ce conflit social d’autres solutions que la répression et la pression policière selon plusieurs organisations locales. Jusque là, le bassin minier reste officieusement fermé aux journalistes. Aucun média officiel n’a repris l’information. « Après d’âpres discussions, les défenseurs des droits de l’homme ont finalement été autorisés à entrer dans la ville », affirme M. Hedili « La suite que l’on donnera à cette action sera décidé rapidement », conclut t-il.
Source.Cette crise est très mal gérée dès le début par les autorités, qui devraient comprendre enfin que la répression est une réponse inappropriée qui ne fait qu'exacerber la colère des habitants de la région. Quant aux médias tunisiens, leur silence obstiné est preuve de leur parfaite soumission...Un tel niveau d'irresponsabilité dans le pays est incroyable et incompréhensible...
