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03 juillet 2013

Glissement sécuritaire

Ce billet a été initialement publié sur Al Huffington Post le 24/06/2013




En Tunisie, l'actualité des derniers jours n'a rien à envier à celle des pires périodes de la dictature de Ben Ali : un jeune réfugié politique obtient l'asile en France après avoir fui la justice tunisienne, un rappeur emprisonné pour les paroles de sa chanson, une activiste Femen poursuivie pour sa folie ou sa différence, c'est selon les perceptions... 

Les Jabeur, Ghazi, Amina, et Weld el 15 d'aujourd'hui sont-ils les Abbou et Ben Brik d'hier ? Ont-ils, au fond, été punis pour leurs opinions politiques ? 

Si la fuite de Ben Ali a nourri chez tous l'espoir de vivre enfin dans une société libre et plus juste, les libertés ne sont guère plus garanties deux ans après. On dit souvent que le seul acquis de la révolution est la liberté d'expression. Mais celle-ci est régulièrement remise en question par des décisions de justice dont la sévérité rappelle les décisions rendues dans de nombreux procès iniques sous Ben Ali. 

C'est qu'on a tendance à oublier l'essentiel : faute de réforme de la police et de la justice, deux principaux mécanismes de domination et de contrôle en dictature, le système qui nous gouverne aujourd'hui reste le même qui permit à Ben Ali d'étouffer toute voix discordante, ou même déplaisante, durant 23 ans. Seuls les hommes à la tête de ce système ont changé. 

La justice tunisienne, qu'on dit « indépendante », dispose d'un arsenal de lois conçues pour rétrécir au maximum l'espace des libertés et être au service du despote. Elle continue à subir la domination policière, l'influence de l'exécutif, et à être rendue selon la nature des procès et des accusés. Une justice « deux poids, deux mesures », dit-on souvent.

Quant à la police, première institution répressive sous Ben Ali, elle est désormais qualifiée de « Républicaine » pour rassurer les masses et laisser croire qu'elle ne représente plus ce corps « à part » qui n'obéit pas aux règles de la République. Pourtant, le rapport de la Police avec le citoyen continue d'être entaché de violence arbitraire, verbale et physique, de bavures, et d'abus de pouvoir. La violence des policiers envers les soutiens du rappeur lors de son procès témoigne parfaitement de la supériorité du pouvoir policier, et de son impunité qui perdure. En pourchassant et en agressant d'autres rappeurs et journalistes venus soutenir Weld El 15, la Police a voulu imposer sa propre loi, et ce même dans les couloirs du tribunal de Ben Arous...

Et pourtant ! Dans le projet de constitution, l'Etat garantit la liberté de conscience dans l'article 6, les libertés d'opinion, de pensée, d'expression, d'information et de publication dans l'article 30, et la liberté de création dans l'article 41. Au moment même où le projet de constitution va être discuté en plénière, les mêmes droits qu'elle est sensée défendre sont bafoués quotidiennement par la justice. Que vaudront ces garanties constitutionnelles face à la machine répressive toujours en place ? Pas grand-chose en l'absence de trois prérequis fondamentaux : des mécanismes efficaces et indépendants pour faire respecter la loi fondamentale et l'imposer sur les lois en vigueur. Des réformes en profondeur de la police et de la justice. Et enfin un consensus authentique sur la nécessité de garantir ces droits et libertés, à tous les tunisiens, sans exceptions ni limites. 

Adopter une constitution protectrice des droits et libertés est nécessaire mais insuffisant. S'assurer de sa supériorité, de son respect et de sa bonne application est encore plus important. Sur ce dernier point, le projet de constitution est limpide et dangereux à la fois dans son dernier article : « N'entrent en vigueur les dispositions relatives à la compétence de contrôle de constitutionnalité par voie d'exception qu'après trois ans d'exercice par la Cour constitutionnelle de ses autres attributions. Les autres juridictions sont considérées incompétentes en matière de contrôle de constitutionnalité des lois ». A quoi bon alors écrire une constitution si c'est pour la ranger dans un placard durant trois ans ?
 

A croire que le véritable trésor de Ben Ali n'est ni dans les paradis fiscaux, ni dans son palais en Arabie-Saoudite, mais plutôt dans la redoutable machine de captation du pouvoir qu'il a forgé et légué à ses successeurs.

Mise à jour : Si l'on peut se réjouir de la libération de Wel el 15 le 1er Juillet 2013, le sort de Jabeur, Ghazi, Amina et les autres prisonniers d'opinion ne sont toujours pas tranchés. Affaires à suivre..

22 juillet 2012

Tunisie : mais où est le changement?



Ce qui frappe le plus dans l’évolution de la scène politique tunisienne post 14 janvier est l’absence de réel changement dans les pratiques, dans les propositions et dans le fonctionnement des différents acteurs en place. Un an et demi après la chute de la dictature, n’entendez-vous pas dire autour de vous, sur le ton de la déception, que « rien n’a véritablement changé », et qu’il « nous faudrait désormais une autre révolution, un autre séisme » pour provoquer un changement politique et social qui soient à la hauteur des espoirs nés après la chute du régime de Ben Ali ?

Et pour cause ! Si la révolution a profondément bouleversé le contexte et l’environnement dans lequel évolue la scène politique tunisienne, en favorisant l’engagement politique, en autorisant le pluralisme, et en libérant l’opinion, la parole et l’action, l’offre politique reste désespérément la même : pauvre en idées, en propositions, en création et en renouvellement.

Nous sommes toujours face à un grand déséquilibre des forces en action, avec un parti aux commandes, dominant et organisé, et qu’on ne cesse de dénoncer pour ses visées monopolistiques et pour sa volonté, plus ou moins affirmée, de substituer le parti-Etat destourien par un parti-Etat islamiste. Face à cette force hégémonique et de moins en moins encline à la concertation, des partis d’opposition petits et marginaux subsistent tant bien que mal, avec des stratégies qui oscillent de l’alliance (ou la soumission ?) avec Ennahdha (CPR, Ettakatol) à l’opposition agitée, désorganisée et stérile à ce mouvement et ses alliés (Al Jomhouri, Al Massar, PTT, etc.) 

On nous dit que ce qui marque la transition tunisienne, et pourrait représenter un modèle pour le reste du monde arabe en révolte, c’est l’originalité d’une coalition au pouvoir qui a su rassembler islamistes conservateurs et gauche séculariste et progressiste, au-delà des divergences idéologiques. Mais la théorie du front démocratique hétéroclite, qui est à l’origine de la Troïka d’aujourd’hui, est loin d’être une idée originale, et encore moins le fruit de la révolution. Cette idée était déjà proposée aux premières années de la répression Benalienne, quand Ghannouchi appelait de son exil à la collaboration entre islamistes et opposition séculariste, qualifiant ce choix, s’il était concrétisé, « d’expérience unique dans le monde arabe » et de « modèle de coexistence démocratique » à même de venir à bout du régime autoritaire. Depuis la fin des années 90, époque à laquelle ces déclarations ont été faites, ni le Président d’Ennahdha n’a changé, ni son discours sur « l’exception du modèle tunisien »… Ne serait-il pas plus honnête intellectuellement d’arrêter d’affirmer que cette Troïka est le fruit de la révolution? Et ne serait-il pas temps de tirer le bilan de cette coalition et d’ajuster l’équilibre des forces en son sein pour mieux convaincre les tunisiens de son utilité et de son authenticité? 

Quelques années après, au début des années 2000, le Chef d’Ennahdha, toujours le même, appelait déjà à un régime parlementaire décentralisé, avec une présidence symbolique aux pouvoirs limités : « Peut-il exister en Tunisie une démocratie sans une large distribution du pouvoir, reposant sur un pouvoir central à caractère symbolique ? » s’interrogeait alors le Cheikh dans un article intitulé « comment expliquer la supériorité de l’expérience marocaine ? ». A l’époque, ce positionnement visait surtout à rassurer, à la fois, une opposition séculariste récalcitrante à la participation des islamistes au jeu politique, et un parti-Etat RCD farouchement opposé à cette option… Ne sommes-nous pas toujours aujourd’hui dans cette même configuration, avec des constituants islamistes fervents défenseurs d’un régime parlementaire pur et le reste des forces politiques, gauche et destouriens compris, pour un régime mixte à fort pouvoir présidentiel ? Les difficultés de l’expérience que nous vivons actuellement - celle d’un régime d’assemblée avec une présidence aux prérogatives limitées - auraient dû pousser les différents partis à réviser leurs propositions et à tirer la leçon des erreurs constatées. Vont-ils vraiment le faire ou persister aveuglement dans la défense partisane de leurs positions respectives, au risque d’imposer à la Tunisie un régime qui ne lui sied guère ? 

Nous pouvons aussi voir une autre forme de continuité avec le passé, dans l’impuissance politique persistante des partis d’opposition actuels, toujours englués dans leurs conflits internes entre défenseurs du compromis avec le mouvement destourien, représenté aujourd’hui par BCE et son mouvement « Nida Tounes », et les tenants d’une plus grande indépendance à leur égard. Conséquence de ce débat qui dure depuis l’ère Ben Ali et qui n’est manifestement toujours pas tranché : ces partis n’arrivent même pas à stabiliser leurs faibles bases militantes pour commencer à construire une vraie alternative. Les conflits internes qui les traversent ne font que renforcer leur précarité et brouiller leur image aux yeux des populations, qui voient en ces ralliements circonstanciels avec les survivants des précédents régimes autoritaires, au mieux de la maladresse, au pire du pur opportunisme.

Il est quand même étrange, et désolant, de voir les différentes forces politiques incapables d'appréhender les causes profondes de la révolution, de s’adapter au nouveau contexte de la Tunisie post 14 janvier, et de profiter de la dynamique du changement profond qui touche notre pays pour changer et évoluer eux-mêmes. Ils se sont jusque-là montrés incapables de renouveler leurs dirigeants, reproduisant toujours les mêmes erreurs tactiques, proposant les mêmes solutions inefficaces et perpétuant les mêmes discours. Alors que les partis au pouvoir sont entrain de calquer les mêmes dysfonctionnements du parti-Etat, les partis d’opposition, qui n’ont pas réussi leur mue, restent marqués par une forte personnalisation du pouvoir dans leurs structures internes, et complètement déconnectés de la réalité des populations, surtout en région. 

Il est évident que les défis auxquels font face toutes les forces vives du pays sont colossaux, et qu’il est illusoire d’espérer voir un changement significatif en si peu de temps. Mais il est aussi légitime de douter, aujourd’hui et avec le peu de changements positifs constatés, de la capacité et de la volonté des forces politiques présentes à réformer le pays et ses institutions vers le meilleur.

18 mai 2012

Tunisie : persistance du corps et de l’esprit du Benalisme




Le gouvernement tunisien a hérité du système étatique Benaliste.  C’est-à-dire d’un État hyper-centralisé, policier et désengagé;  d’institutions corrompues, dépossédées de leurs prérogatives et court-circuitées par des réseaux de clientélisme très actifs et puissants ; d’une administration déresponsabilisée et longtemps fondue dans le système du parti unique ; et d’une société souffrant d’une situation de profonde injustice sociale, conséquence directe de ce système étatique Benaliste et de la mauvaise gouvernance qu’il génère.

Plus d’un an après la révolution, l'État et ses institutions dysfonctionnent toujours ; le corps et l’esprit du Benalisme persistent. Cet État, qui a longtemps méprisé et corrompu le peuple, continue à l’instrumentaliser et à détourner la loi et l’éthique pour servir les intérêts politiques, économiques et idéologiques d’une minorité au pouvoir et de ses clans satellites. La justice, toujours sous contrôle gouvernemental direct, est malléable et corvéable à souhait. Les médias, publics et privés, manquent d’indépendance et d’objectivité. La police, se croyant toujours au-dessus de la loi, bénéficie encore d’une impunité totale. 

En s’accommodant de ces dysfonctionnements,  en reproduisant les mêmes mécanismes et pratiques étatiques et en recyclant en partie les caciques de l’ancien régime, l’actuel gouvernement tunisien ne fait que perpétuer, voire renforcer, l’injustice sociale dont souffre les tunisiens dans leur majorité. Il avoue par ailleurs son échec à réaliser l’un des objectifs primordiaux qu’il s’est lui-même fixé : instaurer la bonne gouvernance. 

Rendues complètement dépendantes de l'État et de ses structures, les populations défavorisées, surtout en région, sont en conflit ouvert avec l'État et le gouvernement qui le pilote et le représente, et ce malgré sa fameuse « légitimité » tirée des urnes, pour réclamer moins de négligence et plus de justice. Ce conflit se traduit par les grèves, les sit-in et les violences récurrentes et persistantes qui marquent la transition tunisienne, et que les élections et les changements de gouvernements n’ont pas réussi à atténuer.

Au lieu de s’attaquer de front à la réforme de l'État et de ses institutions pour casser cette logique d’injustice sociale institutionnalisée, le gouvernement tunisien, frileux et inexpérimenté qu’il est, a préféré détourner l’attention sur d’autres sujets futiles pour gagner du temps et éviter un éventuel échec coûteux sur le plan électoral. L’absence de volontarisme politique pour porter des réformes urgentes et prioritaires laisse croire que les partis au pouvoir -comme d’ailleurs ceux de l’opposition qui brillent par la faiblesse de leurs propositions- n’ont fait que mentir aux tunisiens durant tout ce temps post-révolutionnaire sur leur réelle volonté de réforme et de rupture avec le système et les pratiques d’antan. Leur accès et leur maintien au pouvoir demeure leur principal objectif. Et ça, les tunisiens, dans leur majorité, l’ont compris, ce qui explique la déception et le manque de confiance persistant de l’opinion publique envers la classe politique dans son ensemble.  

Qu’on ne s’y trompe pas : le mal tunisien ne s’atténuera et la tension ne s’apaisera qu’avec une rupture nette avec les vieilles habitudes, ainsi qu’une répartition plus équitable des richesses, des droits et des devoirs dans notre société. Ni la religion, ni l’identité, et encore moins la morale et les débats idéologiques stériles ne sont des solutions efficaces à ce problème fondamental qui fut, est-il utile de le rappeler, à l’origine de la révolution tunisienne : celle de la dignité, de l’égalité, du travail et de la citoyenneté. 

L’hégémonisme des partis politiques au pouvoir et le népotisme de leurs responsables ; la tricherie de certains élus, leur manque de transparence et de responsabilité ;  les abus de pouvoirs et la corruption dans la fonction publique et en dehors de celle-ci ; la désinformation et la manipulation de l’opinion publique ; etc. toutes ces pratiques qui ont tellement fait de mal à la Tunisie sous la dictature et qui sont perpétuées aujourd’hui par la nouvelle classe politique ne sont acceptables et ne seront acceptées. Les politiciens, aveuglés par leur course au pouvoir et embourbés dans leur crise d’identité, feraient mieux de se ressaisir au plus vite et de s’occuper des vrais problèmes, au risque d’être emportés, eux aussi et plus vite qu’ils ne le croient, par une colère populaire toujours très vive.

Source illustration : ici

25 juillet 2011

Et si le problème actuel de la Tunisie résultait d’un conflit générationnel profond?


Je publie ici un excellent texte qu'un ami m'a transmis.

"Le discours de certains Hommes politiques tunisiens en ce moment est pour le moins ambigu et incompréhensible.



En effet, 5 mois après le 14 janvier, on constate que l’élite composant la vie politique tunisienne se borne dans une rhétorique du passé et simpliste (crise économique, insécurité et spectre islamiste/extrême gauche). Tous ou presque se trompent et semblent oublier un élément fondamental dans l’analyse qu’il faut avoir de la société tunisienne aujourd’hui qui n’est autre qu’un conflit générationnel profond et qu’il faudra nécessairement reconnaitre un jour ou l’autre.


Une fois ces deux générations brièvement décrites, nous pouvons attaquer le vif du sujet en rappelant à nos Hommes politiques qu’un conflit générationnel est au cœur de la dynamique observée en Tunisie : les enfants des 2 Ben « Ben Laden et Ben Ali » Versus les enfants des 2 Bou «Bourguiba et Abou Ammar (plus connu sous le nom de Yasser Arafat) ».


Un clivage profond au niveau de la pensée, l’idéal recherché, du mode de vie, etc. sépare les deux générations présentés ci-dessus. Les deux évoluent ou ont évolué dans des situations radicalement différentes et ont donné lieu à l’apparition, dans chacun des deux cas, de deux blocs distincts :






1- Principales caractéristiques des enfants des 2 Bou « Bourguiba et Abou Ammar » :






  • Principal fait d’arme : avoir obtenu l’indépendance du pays pacifiquement (à moindre frais en vies humaines).
  • Icône du moment : Bourguiba, despote éclairé (mais despote quand même) se considérant père de la nation et ayant servi de modèle à toute une génération d’intellectuels prête à se sacrifier pour leur maître et à servir leur mère patrie avec dévouement et fierté
  • Puissances en présences : les Etats unis et l’Union Soviétique (un monde bi-polaire)
  • Révolutionnaires du moment : Abou Ammar « Yasser Arafat », terroriste international ayant fait de la cause palestinienne son principal combat. Cette cause qui est couramment admise comme l’une des plus grandes injustices post-seconde guerre mondiale et Che Guevara (révolutionnaire qui a osé défier l’impérialisme en déclenchant des rebellions sur pratiquement tous les continents)
  • Icônes sportives : Mohamed Ali ou Cassius Clay champion de boxe hors du commun et symbole du combat d’une minorité opprimée par son système et Maradona « El Pibe de Oro ». Tous les deux sont connus pour leur arrogance légendaire.
  • Caractéristiques de la société tunisienne : société ayant vécu une émancipation importante surtout pour la place de la femme dans la société (accès au travail, droit au vote « même si il ne servait à rien », etc., scolarisation massive (droit au savoir)
  • Les deux blocs qui s’affrontent : les socialo-communistes affrontaient les capitalistes purs et durs. Le parti au pouvoir sous le joug du despote éclairé expérimentera les deux tendances pour au final inventer un modèle à la tunisienne de « capitalisme socialisant »
  • Rapport avec la religion : un islam modéré transmis par la tradition et des imams modérés dont on a peine aujourd’hui à trouver des équivalents dans la société moderne cheikh « J3ait », cheikh « Ben Achour », etc.
  • Principaux échecs de cette génération : Cette génération n’a pas su tuer (au sens figuré) son Roi ayant toujours cette naïveté de croire que le système était bâti sur des bases solides et que le pays arrivera à avancer même si son principal cerveau (le despote éclairé) n’avait plus la vivacité d’antan. Elle a également subie de très gros affronts comme la guerre des six jours (une raclée inoubliable) et le bombardement de Hammam Lif par Tsahal. Tous ces éléments ont contribué à brider son caractère et à la soumettre de plus en plus !
  • Principaux traits caractéristiques de cette génération : Brillante, Grande Gueule, soumise à son Roi et ayant subi des chocs qui ont bridé son caractère !


2- Principales caractéristiques des enfants des 2 Ben « Ben Laden et Ben Ali » :




  • Principal fait d’arme : avoir viré du pays son Roi (Ben Ali) et tout son clan de mafieux
  • Icône du moment : pour une partie de cette génération c’est le prophète Mohamed, pour l’autre c’est le Dollar
  • Puissances en présences : les Etats unis (toujours là), les BRIC’s et les islamistes (on ne peut pas négliger le poids de ces derniers dans l’équilibre géopolitique d’aujourd’hui : à cause d’eux on déclenche des guerres)
  • Révolutionnaires du moment : Ben Laden, terroriste notoire ayant osé l’impensable (toucher l’ennemi impérialiste à son cœur) ! Même si la plupart de cette génération n’adhère pas à ses méthodes radicales, force est de constater que son geste a marqué cette génération ! Julian Assange : le premier à avoir efficacement utilisé le net dans son combat contre l’impérialisme
  • Icône sportive : Zineddine Zidane, sportif hors du commun ayant osé l’impensable devant toute une planète (mettre un coup de boule en finale de la coupe du monde de football devant 3 milliards de téléspectateurs)
  • Caractéristiques de la société tunisienne : société ayant vu l’émergence d’une classe moyenne éduquée qui pour une grande partie aspire à avoir accès à toutes les technologies modernes (voiture, internet, grand écran, etc.). Renforcement du rôle de la femme dans la société à un tel point qu’elle aspire à devenir la maitresse de la cité (Leila Ben Ali est une des facettes du résultat de l’émancipation féminine en Tunisie. Bien entendu et heureusement, il n’y pas que cette facette preuve en est le rôle de la femme tunisienne dans le mouvement du 14 janvier)
  • Les deux blocs qui s’affrontent : les capitalistes décomplexés affrontent les fervents disciples de Mohamed ! En d’autres termes, il nous faut inventer notre modèle de croissance pour les 30 prochaines années ! Une seule certitude : ce dernier devra prendre en considération les différents blocs en présences ! une sorte de « capitalisme islamique moderne »
  • Rapport avec la religion : un islam radicalisé prôné par des médias globaux soutenus par des Etats idéologiques (riches de surcroît) !
  • Principaux échecs de cette génération : Ne pas avoir gardé la main sur le mouvement du 14 janvier (la Génération des 2 Bou ayant pris la main) ! Ne pas avoir su préserver un rapport sain avec la religion (la bataille n’est pas perdue) ! une génération trop influencée par les médias et l’argent !
  • Principaux traits caractéristiques de cette génération : Moins Brillante, plus discrète, mais radicale et surtout loin d’être soumise !
3- La théorie du « conflit générationnel »


Aujourd’hui et au terme d’un rocambolesque scénario, on se retrouve dans une situation des plus ubuesque et dangereuse où la Génération des 2 Bou essaie de prendre en main la destinée de la génération des 2 Ben.


C’est pourquoi, nous assistons depuis quelques mois à un dialogue de sourds !


En effet, la première Génération (celle qui gouverne et anime la vie politique aujourd’hui) essaie d’imposer au dépend de la deuxième sa vision de la société tunisienne ! En même temps, cette génération s’accroche et ne part pas à la retraite car pour la première fois une occasion lui est offerte de ne pas être soumise à un Roi et de pouvoir exprimer ses capacités sans retenues !


C’est pourquoi, au-delà de la forme (critiquable pour certains), le fonds du discours politique actuel est hors sujet sauf pour quelques-uns qui arrivent à toucher une partie de la génération des 2 Ben avec des sujets qui les intéressent (Exemples : M. Nejib C et M. Rached G qui chacun de son côté tient un discours pour l’un et l’autre des deux blocs de la génération des 2 Ben : les capitalistes décomplexés et les fervents disciples de Mohamed) !


D’autres acteurs de la vie politique sont complètement à l’ouest et ne voient pas du tout le clivage générationnel existant (Exemple M. Béji C qui est l’incarnation de la Génération des 2 Bou : Brillant, Grande Gueule mais fait l’erreur de vouloir toujours avoir un rapport de soumission avec l’autre) !


Or il s’adresse, essentiellement à une génération qui a dit non à la « soumission » et qui risque de lui appliquer le geste favori de son icône sportive (le coup de boule) !


Signe de ce décalage entre les 2 Générations : les thèmes abordés par une majorité de la classe politique : crise économique, insécurité et spectre des islamistes/extrême gauche ! Ces thèmes ne sont pas audibles et parfois insultants pour les composantes des générations des 2 Ben :


  • Crise économique : un des slogans du mouvement du 14 janvier était de dire au despote Ben Ali que les tunisiens étaient prêts à vivre avec du pain et de l’eau pour ne plus se soumettre à son régime dégradant et totalitaire ! ce n’est donc pas en brandissant le spectre de la récession économique (qui au passage n’est pas encore avérée) que les hommes politiques vont réussir à captiver les foules
  • Insécurité : Depuis la date du 14 janvier, aucun Homme politique n’a eu le courage de dire la vérité aux tunisiens : «Plus jamais le niveau sécuritaire d’antan ne sera atteint, et ce pour une raison très simple c’est que nous vivions dans une société cadencée, verrouillée et de fait complètement artificielle. Toutes les sociétés modernes font face à des problèmes d’insécurité à des degrés divers, reste à savoir où le curseur sera placé pour la Tunisie post-14 janvier » ce choix, la génération des 2 Ben l’a fait et n’est pas prête à revenir dessus ! il vaut mieux vivre en insécurité mais digne qu’avec une sécurité et soumis ! La génération des 2 Bou qui elle a été soumise tout le temps a du mal à concevoir cette philosophie sécuritaire
  • Spectre des islamistes/extrême gauche : le discours tenu par la plupart des Hommes politiques consistent à brandir le spectre des islamistes et/ou l’Extrême Gauche. Encore une preuve que la génération des 2 Bou est à la manœuvre ! En effet, ils oublient que dans la génération des 2 Ben il y’a deux grands blocs qui s’affrontent : les fervents disciples de Mohamed et Les capitalistes décomplexés (la meilleure preuve semble la décision récente de M. Hamma H qui veut enlever le mot « communiste » de son parti)


Au lieu de nous proposer en boucle cette rhétorique, la classe politique ferait mieux de se saisir de sujets plus captivants pour la génération des 2 Ben à savoir : comment permettre au tunisien de gagner plus d’argent ? Comment les biens confisqués seront redistribués au citoyen tunisien ? Où sont les snipers? Comment organiser les autorités religieuses dans le pays ? Quel modèle de tourisme va-t-on proposer dans l’avenir? Comment développer la finance islamique? Comment combattre la corruption ?, etc.


Au terme de cette analyse rapide de la situation sous l’angle du conflit générationnel, on est obligé de faire le constat qu’à 3 mois des élections le Bloc des fervents disciples de Mohamed est le bloc le mieux encadré et le mieux représenté au sein de la génération des 2 Ben. Celui des capitalistes décomplexés peine à trouver une représentation à l’écoute de ses revendications (la génération des 2 Bou étant déphasée) !


Un autre constat s’impose c’est la disparition programmée de tous ses partis nouvellement créés dits centristes, nationalistes et autres ! Ces partis sont la preuve que la génération des 2 Bou n’a rien compris aux aspirations de la Génération des 2 Ben !"


Par Mon ami Dali
 
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14 juillet 2011

Tunisie : pour une commission vérité

L'affaire Samir Feriani, l'officier de police en arrêt depuis près de deux mois pour avoir dénoncé les exactions commises par des officiels hauts placés au sein du ministère de l'intérieur, prouve combien il sera difficile de démanteler l'appreil sécuritaire que Ben Ali n'a cessé d'étoffer durant 23 ans de dictature.


Après avoir évincé Farhat Jajhi, le "M. propre" qui a tenté de réformer le ministère de l'intérieur, les chefs à la tête de l'appereil de sécurité osent le fratricide en réduisant au silence l'un des leurs. Face au cas Feriani, le gouvernement de transition, quant à lui, brille par son silence et par sa complésance.

Six mois après le 14 janvier, l'institution sécuritaire a l'air d'être toujours aussi autonome et puissante. Ni le gouvernement actuel, ni la justice, ne semblent être capables de la contrôler, et encore moins de la réformer. Seul le Palais de Carthage, sous Ben Ali, pouvait le faire. Mais la disparition de ses commanditaires n'a pas aboutti à la fragilisation de l'appareil de sécurité. Les longues années d'impunité et de puissance dont il a bénéficié n'a fait que renforcer son pouvoir.

Les agents du ministère de l'intérieur coupables d'homicides, de tortures et de violations devront pourtant répondre de leurs actes, et en priorité, faire face au légitime appel à la justice des familles des martyrs. Il ne peut y avoir de prescription en la matière. La population tunisienne ne semble pas non plus prête à faire des concessions à ce sujet. Un nouveau sit-in à la Kasbah est prévu demain pour continuer à faire pression.

Aussi primordiale que la réussite des élections de la constituante, et que le sauvetage de l'économie, la justice fait aussi partie des conditions de réussite de toute transition qui vient après des années de dictature répressive. Nous n'avons pas besoin de justice exutoire, ni de justice moralisatrice. Ce dont nous avons le plus besoin, c'est d'une justice réparatrice, d'une commission vérité dédiée à faire la lumière sur les exactions commises sous l'ancien régime. Nous ne pouvons pas bâtir une nouvelle nation avec tant de frustrations et de peines non réparées.

Source Photo : ici

30 janvier 2011

Tunisie : de la difficulté de se défaire de l'ancien régime


Plus important et certainement plus difficile que de pousser le dictateur et son clan mafieux à prendre la fuite, le démantèlement du corps et de l'esprit du Ben-alisme est le réel défi d'une transition démocratique en Tunisie.

L'Etat Benalien hérité est avant tout un état policier qui repose sur un nombre d'institutions de contrôle et de réseaux d'influence enracinées dans la population, ce qui a fortement façonné les comportements de tous durant 23 ans. Sa mission principale consiste à surveiller, quadriller la population et à réprimer avec violence tout ce qui pourrait sortir du cadre et gêner l'ordre dictatorial.

Les récents évènements de la Casbah démontrent parfaitement la prégnance de la logique policière et répressive. "
Ordre n'a pas été donné de faire évacuer la place", affirme pourtant un ministre. Mais la légitime défense invoquée par le ministère de l'intérieur face aux provocations de certains "manifestants" infiltrés sur place ne saurait justifier les attaques violentes et les pratiques douteuses d'organes plus ou moins autorisés de la Police comme cela a été relaté par de nombreux témoignages. Tout laisse à croire que des groupes de l'ancien régime, formels et informels, dans l'Etat et à son extérieur, cherchent toujours à provoquer des tensions, à manipuler les manifestants et échappent encore au contrôle. Ces éléments discrets et imprévisibles que les tunisiens nomment "milices" tentent encore de semer le trouble. Seule note positive dans l'affaire : la justice a su s'imposer en ordonnant la libération immédiate des manifestants arrêtés. Le pouvoir de la Police n'a pas été au dessus de celui de la justice, pour une fois...

Nous héritons aussi d'une scène politique pauvre et constituée d'un parti hégémonique, sans adversaires politiques, qui tournait dans le vide depuis de nombreuses années et entretenait de multiples réseaux de corruption et de clientélisme. En face une opposition faible, pas assez populaire et déstructurée essaie de gagner la confiance du public. Une zone d'ombre subsiste toujours sur l'influence réelle et sur les intentions du parti islamiste qui a bruyamment accueilli aujourd'hui son chef en exil. Mais une chose est sûre, la seule véritable force capable d'exercer une pression est celle de la rue qui, sans être représentée, a réussi à faire exclure tous les ministres sortants du gouvernement de transition, exception faite du premier ministre. L'espoir repose
aussi sur les trois commissions d'enquête et de travail sur les réformes à venir et sur leur capacité à impulser un changement fort du système actuel et à déverrouiller le système Ben Ali.

Pour finir, un petit retour dans le passé. Nous sommes début 1990, l'épouvantail intégriste et islamiste est dressé haut et fort par Ben Ali pour justifier un mouvement de répression de grande échelle, le verrouillage de l'information et de l'espace de débat public. Une majorité de tunisiens de classe moyenne et bourgeoise se rangent derrière Ben Ali et acceptent la chape de plomb, craignant l'étendue des troubles et le prolongement de l'instabilité. L'histoire nous apprend qu'accorder du crédit au gouvernement de façon aveugle et unanime ne nous a jamais réussi en Tunisie, ni les concessions cédées au nom de la sécurité et de la stabilité. Il serait temps d'arrêter d'avoir peur de tout : des islamistes, des communistes, des milices, de la Police, etc... et de les affronter sur le terrain idéologique et dans le cadre de la loi plutôt que sur le plan sécuritaire...La vigilance, l'esprit critique et la liberté d'expression sont des armes efficaces pour y parvenir.


Crédit Photo : © Philippe de Poulpiquet / Maxppp