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22 janvier 2009

UMA Vs UPM - Acte 1


J’ai appris deux choses aujourd’hui: la première est que l’UMA existe toujours;  la deuxième est que l’UPM a peut-être finit d’exister… La Libye, qui est actuellement à la présidence de l’UMA,  a annoncé aujourd’hui que les pays de l’UMA allaient « réviser » leur adhésion à ce projet cher à Sarkozy : « Les pays membres de l’Union des pays du Maghreb Arabe ont entrepris la révision de leur participation à l’Union pour la Méditerranée, à cause de l’agression Israélienne sur la bande de Gaza ».

« Réviser » voulant dire en langage diplomatique « remettre sérieusement en question », peu d’espoirs subsistent encore aujourd’hui pour que ce projet ne se concrétise un jour. Une tentative de sauvetage a pourtant été menée par  un « Lobby d’économistes » qui a lancé « l’Appel de Tunis ». Un appel qui n’a pas porté plus loin que Tunis…

Les opinions maghrébines ont commencé à converger au sujet de l'UPM depuis plusieurs mois déjà, depuis le moment où les pays du Maghreb ont compris qu’ils n’avaient finalement pas grand-chose à gagner au deal : beaucoup d’ambition, des moyens faibles, et très peu de changements dans l’équilibre des forces. Le Maroc a boudé l’inauguration en n’envoyant qu’un Prince à la place du Roi ;  La Libye était absente et l’Algérie très discrète. La Mauritanie était invitée au nom de l’UMA. Seule la Tunisie affichait encore un grand sourire Juillet dernier, s’accrochant alors à l’espoir de décrocher le Secrétariat, après avoir perdu le siège, et ce malgré tous ces « atouts »…Décembre 2009, la Tunisie perd aussi le Secrétariat et demande le divorce. Elle rejoint ainsi le club des mécontents,  

S’ils ne se retirent pas officiellement de l’UPM, les pays de l’UMA gèlent le processus avec cette initiative. La guerre à Gaza a favorisé le consensus au sein de l’UMA, et les pays du Maghreb ne s’exposent pas vraiment  en parlant au nom de l’UMA. L’enthousiasme de Sarkozy était grand quand il attribuait à son UPM des vertus de « Normalisation ». C’était sans compter avec le coup de pied dans la fourmilière donner par Israël dans toute la région...

15 juillet 2008

Précarité de l'emploi dans les centres d'appel européens en Tunisie

Dans un article bien informé du magazine tunisien Réalités, quelques jeunes diplômés en médecine ou en finance témoignent de leurs conditions de travail en tant que téléopérateurs pour des entreprises européennes implantées en Tunisie:

Au début, c’était amusant de vivre huit heures par jour dans la peau d'un voyant, mais avec le temps on se rend compte qu'on ne fait qu'escroquer les gens, surtout que la société fait signer à chaque téléopérateur recruté un engagement de ne jamais divulguer ses activités. Karima, alias Solène, maîtrise en Gestion, option finance à l'IHEC.

Avec les pourcentages sur les heures de communication et des primes motivantes on peut percevoir jusqu’à 600 dinars par mois. Nadia, alias Aline, diplôme en Médecine.

Les conditions de travail sont de plus en plus dégradées. Nous subissons un flicage incessant et une multiplication des écoutes sauvages. Moez, alias Jérôme.

Pour aller aux toilettes, je dois lever le doigt et attendre l’autorisation de mon superviseur. S’il y a beaucoup d’appels en attente, on n’est pas autorisé à y aller. Karima, diplôme en Biologie.

Il y a quelques semaines, mon chef est venu frapper à la porte des toilettes pour me presser de sortir en raison d’un nombre important de clients en attente. Une téléopératrice anonyme.

Après quelques mois de travail, tous les télé-opérateurs se rendent compte que leur tâches sont dévalorisantes pour un diplômé en médecine ou un ingénieur en informatique. Zoubeïr, alias Pierre.

La Tunisie occupe la deuxième place après le Maroc sur le marché des centres d’appels off shore avec plus de 140 centres d’appels, français pour la plupart. le secteur emploie au moins 7.000 jeunes Tunisiens, essentiellement des diplômés de l’Enseignement supérieur, selon l’Agence de promotion des investissements extérieurs (FIPA).



Salaire annuel d'un ingénieur informatique débutant en 1000 euros


Le développement des
télécommunications, des infrastructures modernes, le faible coût de la main-d’œuvre et la place de la langue française sont autant d’atouts favorables à l’implantation de centres d’appels. Ajoutez à cela un cadre légal et réglementaire très favorable, au point de permettre aux centres d'appels qui s'implantent en Tunisie de réaliser 20% de gains en coûts d'exploitation par rapport au Maroc et à la Roumanie,(pays pourtant réputés pour leurs bas coûts du travail...), selon une étude d'Enst&Young en 2007. Pour une entreprise comme La Société Tunisienne de Télémarketing, filiale d'un groupe français, qui réalise 20 millions d'euros de chiffres d'affaire par an, les gains doivent être substantiels...et qui sont pourtant non imposés!

Car ces entreprises, qui certes créent de l'emploi, coûtent aussi très cher à l'état tunisien, et à tous les tunisiens d'ailleurs: elles ne paient pas d'impôts sur les bénéfices (puisqu'elles sont exportatrices, et qu'elles paient leurs impôrts en France, accord de non double imposition oblige...), elles ne passent pas par la douane tunisienne pour importer leurs équipements, elles ne paient pas de TVA sur leurs acquisitions locales, elles ne cotisent pas à la sécurité sociale (c'est le gentil état tunisien qui le fait à sa place...), elles ne paient pas la totalité des salaires des cadres recrutés (l'état prend en charge une partie des salaire, jusqu'à 250 dinars sur 400 dinars de salaire moyen...), etc. C'est à se demander sérieusement si ça ne coûterait pas moins cher à la Tunisie de prendre en charge le coût du chômage des 7000 employés du secteur...

Certains diraient que les conditions de travail dans ces centres d'appel ne diffèrent pas beaucoup de celles qui prévalent dans l'entreprise tunisienne. Sauf que ces entreprises jouissent de suffisamment d'avantages et de moyens pour guarantir des conditions de travail décentes. Se permetteraient-elles du moins de traiter leurs employés de la sorte, si elles étaient en Europe? Non, car la force de la loi européènne ne le leur permetterait pas. Elles auraient été contraintes d'alléger la charge du travail des employés en recrutant davantage. Elles auraient peut-être et aussi été accusées d'harcèlement d'employés "en pause pipi", et obligées de prendre en charge les frais de psy de ses téléopérateurs égarés...

Ce qui m'amène à parler de l'Union pour la Méditérannée, fêtée en grandes pompes ce week-end en France, et de douter du deal "gagnant-gagnant" promis par Mr Sarkozy. Si cette union signifie le bradage des richesses et des compétences du Sud au profit du Nord, et tant que les lois, les conditions de vie et de travail, les droits et les libertés n'auront pas les mêmes poids et les mêmes consistances des deux côtés de la mer, quel sens aura cette union?

29 avril 2008

Discours de N.Sarkozy

Voici le discours complet de Sarkozy, prononcé hier lors du diner offert par le président tunisien:
Cliquez ici pour la vidéo.

Monsieur le Président de la République,
Permettez-moi d’abord de vous remercier pour la chaleur et la qualité de l’accueil que vous nous avez, une nouvelle fois, réservé, ainsi que pour les paroles si amicales que vous venez de prononcer.
J’ai souhaité faire du renouveau de la relation entre nos deux pays une priorité de mon action et c’est déjà la seconde fois que je me rends en Tunisie depuis mon élection, il y a moins d’un an.
Et pour chacun de ceux qui m’accompagnent autant que pour moi-même, c’est toujours une grande joie de retrouver la Tunisie. L’un de nos plus grands auteurs, Flaubert disait, avec une certaine justesse, qu’en Tunisie « le climat y est si doux que l'on oublie d'y mourir ». A travers l’Histoire, qui n’a succombé aux charmes de cette Tunisie ? Je pense à Ulysse et à ses aventures qui, de passage sur l’Ile des Lotophages, l’actuelle Djerba, ne parvenait plus à en faire revenir ses hommes. Vous avez noté que nous ne nous sommes pas arrêtés à Djerba. Je pense aux Phéniciens, qui se sont installés ici pour porter leur civilisation à son plus haut degré de raffinement. Je pense à Hannibal le Carthaginois qui a puisé dans ces lieux sa fougue, et pourquoi ne pas le dire, son inspiration de stratège. Je pense à Saint-Augustin et Ibn Khaldoun qui y ont enraciné, ici en Tunisie, leurs visions de la foi et de la Cité.
Tous ont aimé votre terre qui allie beauté et ouverture sur le monde.
La Tunisie est le cœur de la Méditerranée. Et c’est ici que se rejoignent les côtes orientales et occidentales de notre mer commune. Tunis est aussi proche de Nice que Nice ne l'est de Dunkerque !
La Tunisie, méditerranéenne au nord, saharienne au sud, terre natale de plusieurs papes tout en abritant l’une des premières villes saintes de l'Islam et, de surcroît, l’une des plus anciennes synagogues, bâtie sur une pierre du temple de Salomon, la Tunisie est donc un carrefour, le carrefour de l’Histoire et le carrefour des civilisations. La Tunisie, c’est d’abord l’œuvre de la volonté des hommes et, pourquoi ne pas le dire, Monsieur le Président de la République, j’aime votre proverbe, ce proverbe tunisien : « la différence entre un désert et un jardin n’est pas l’eau mais l’homme ». C’est cet héritage historique assumé dans sa diversité qui fait l’identité de la Tunisie et qui explique son ouverture et son esprit de tolérance.
Je sais, Monsieur le Président, le prix que vous attachez au dialogue des civilisations. Une chaire de l’Université de Tunis porte votre nom pour permettre à de grands esprits arabes et européens de se rencontrer, d'échanger et de bâtir dans ce respect mutuel sans lequel il n'y aurait ni paix, ni harmonie, ce dialogue indispensable, et Dieu sait que l’Orient et l’Occident ont besoin de dialoguer et que nous autres, nous avons besoin de trouver les voies de l’ouverture de la rencontre et de l’échange avec le monde arabe.
Vous avez été, Monsieur le Président, parmi les premiers à apporter votre appui au projet d'Union pour la Méditerranée. Cela ne m’a pas surpris. Après tout, pionnière dans ses relations avec l'Europe, la Tunisie a été le premier pays à avoir signé, dès 1995, un accord d'association avec l’Union européenne et la Tunisie est le seul pays aujourd'hui, au sud de la Méditerranée, à avoir mis en place une zone de libre échange avec l'Europe pour les produits industriels ? La Tunisie a bien compris que l'initiative de la France, vise à associer sur un pied d'égalité, -et j’insiste sur ce mot- et à travers des projets concrets et -j’insiste sur les projets concrets-, l'ensemble des Etats et des peuples, qui partagent une communauté de destin autour de notre mer commune. Je sais pouvoir trouver ici, dans cette Carthage, qui symbolise ce que la Méditerranée a apporté de plus beau et de plus riche aux échanges entre les hommes, l’inspiration et le soutien qui feront de l’Union pour la Méditerranée le plus beau des cadeaux que nous puissions faire à nos enfants.
Entre nos deux pays, entre nos deux peuples, la géographie et l’histoire ont tissé des liens exceptionnels. Ah quand même Monsieur le Président de la République, les Tunisiens ne peuvent pas oublier que c’est dès 1577 que la France fut le premier pays à nouer des relations diplomatiques avec la Tunisie ! Je veux dire le premier pays d’Europe. Alors, nous avons en partage une histoire faite de quelques ombres mais il y a aussi beaucoup de lumière. Aujourd'hui, sans oublier le passé, nous voulons, vous et moi, regarder résolument vers l'avenir !
Que de choses rapprochent et lient indéfectiblement nos deux peuples ! Paradoxalement, il nous faut veiller à ce que ces liens si étroits, si denses, si naturels et parfois si complexes ne tombent pas dans la routine car rien n'est jamais acquis pour toujours. Nous devons sans cesse revitaliser cette relation pour qu'elle réponde aux aspirations nouvelles de nos sociétés.
J'ai voulu que la délégation française incarne cette large communauté d'hommes et de femmes qui partage un même attachement à nos deux pays. Ces Françaises et ces Français dont les racines sont en Tunisie et qui restent liés au pays de leurs parents et de leurs ancêtres ; mais aussi, Monsieur le
Président de la République, ces Tunisiens qui se sont installés en France et y ont fait souche sans oublier la terre d'où ils viennent. Les hautes responsabilités qu’ils occupent dans toutes les sphères de l’Etat et de la société témoignent de leurs qualités. 600.000 Tunisiens ou Franco-tunisiens vivent dans l'harmonie en France, et 25.000 compatriotes résident heureux ici, en Tunisie. Je veux saluer l'accord exemplaire qui vient d'être signé entre nos Ministres qui va faciliter la circulation des personnes, des familles et des professionnels. La France est un pays ouvert et accueillant pour ceux qui veulent y venir régulièrement.
Au premier rang des échanges, et c’est peut-être le plus important pour l'avenir, est la question du partage du savoir. 10.000 étudiants tunisiens fréquentent nos grandes écoles et nos universités. C’est une tradition bien ancienne. Déjà, au XVIIème siècle, on trouvait ce que l'on appellerait aujourd'hui un ''accord d'équivalence'' permettant aux lycéens tunisiens d'accéder librement à la Sorbonne ?
Il est remarquable que les Tunisiens constituent le premier contingent étranger à l’Ecole polytechnique. A l'Université de Dauphine, le vice-président a été consacré en 2005 meilleur jeune économiste de France, il est franco-tunisien.
Aujourd'hui, il nous revient de mettre en place des formes nouvelles d'échanges culturels et éducatifs.
Je soutiens la création tout-à-fait originale de l'Université Dauphine-Tunis. Voici un établissement
tuniso-français de grande qualité. Inséré de manière harmonieuse dans le tissu éducatif tunisien, ce pôle universitaire d'excellence a vocation à rayonner en Méditerranée et en Afrique.
Face à une compétition internationale de plus en plus féroce, nos cadres doivent s’allier, nos chercheurs doivent s’allier, nos entreprises doivent s’allier. C’est cette alliance qui fera notre force, pour améliorer notre compétitivité et notre attractivité.
Pour que les civilisations se rencontrent, pour que les hommes se parlent, il faut la confiance. A ceux qui pensent que l'humanisme est une invention occidentale et qui regardent donc les autres avec un peu de suffisance, je veux rappeler que Tunis a aboli l'esclavage en 1846, deux ans avant Paris, et que la Tunisie fut, en 1861, le premier pays arabe à se doter d’une constitution. Plus tard, le Président
Bourguiba a fait, le jour même de l'indépendance de votre pays, un double choix fondamental : celui de la modernité pour les Tunisiens, femmes et hommes, et celui de l'amitié avec la France. L'année même de l'expédition de Suez, alors que la guerre en Algérie déployait ses drames, ce choix n'était pas un choix évident. Il a été courageux et visionnaire pour l’amélioration et la modernisation de la société, je pense notamment à la condition de la femme tunisienne, avec l'adoption du Code du Statut Personnel. Je veux dire qu’un tel statut était en avance non seulement sur les pays de la région mais aussi sur des pays européens où le principe d'égalité ne s'appliquait pas alors totalement à la femme.
Monsieur le Président, vous avez repris cet héritage et cette vision. La situation juridique et matérielle de la femme tunisienne s'est encore améliorée grâce à votre souci de veiller à ce que le droit de la femme soit une réalité vécue et non de simples textes juridiques. Des femmes occupent des postes de responsabilité à la fois dans le public et dans le privé. Et je veux noter que l’UNESCO a récemment honoré deux physiciennes tunisiennes de très haut niveau.
La scolarisation dans le primaire et dans le secondaire des femmes, des jeunes filles est comparable en Tunisie à celle des pays de l'OCDE. Et ce sera bientôt le cas pour l'enseignement supérieur, comme nous souhaiterions qu’il en soit ainsi dans tous les pays arabes. Et, en terme de revenus, la Tunisie va rejoindre d'ici la fin de la prochaine décennie des pays européens comme le Portugal ou la Grèce.
Signataire des grandes conventions des Nations unies, votre pays s'est engagé dans la promotion des droits universels et des libertés fondamentales, en respectant -et Monsieur le Président de la
République, j’y suis très sensible, parce que c’est une question qui m’a toujours passionné- un moratoire strict sur la peine capitale à laquelle naturellement j’ai toujours été opposé à titre personnel.
Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants, que je veux saluer, et qui font écho à ce que disait déjà feu le Président Bourguiba lorsqu’il confiait : « Je suis réaliste. Etre réaliste, c’est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible ». Je sais d’où vous venez Monsieur le Président de la République, d’où vient la Tunisie et la Tunisie peut se comparer sans rougir à tant d’autres pays.
Ces signaux, ces réformes s’inscrivent sur un chemin, étroit et difficile, mais essentiel, celui de la liberté et du respect des individus sans lesquels un pays n’est pas un grand pays. Ce chemin, aucun pays ne peut prétendre l’avoir entièrement parcouru et personne ne peut se poser en censeur. Je viens d’un continent dont l’histoire, y compris l’histoire récente, recèle des tragédies abominables et je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons. J’ai pleinement confiance dans votre volonté de voir continuer à élargir l’espace des libertés en Tunisie. Nous en avons parlé vous et moi.
Je veux dire pour terminer ma conviction que sur la base de la relation de confiance qui existe entre la Tunisie et la France à laquelle je suis très attaché, nous pouvons bâtir ensemble un avenir meilleur.
C’est l’enseignement que nous devons conserver d’un Tunisien illustre, le poète latin d’origine berbère Terence, qui avait coutume de dire : « Je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».
Un avenir meilleur pour nos enfants, qui passe par le règlement des conflits au Proche-Orient. Il ne faut pas que l’espoir retombe. Je l’ai dit à mes amis israéliens. La sécurité d'Israël passe par l’arrêt complet de la colonisation. Etre un ami, c’est dire ce que l’on pense. Cela passe aussi par la création d'un Etat palestinien moderne et viable. Cela passe également par la sécurité garantie à l’Etat d’Israël.
Je n’ai pas deux discours, un discours à Paris et un autre discours dans d’autres capitales.
Je veux aussi et enfin rendre hommage, Monsieur le Président de la République, à votre lutte déterminée contre le terrorisme, qui est le véritable ennemi de la démocratie. Et croyez bien que pour la France, la lutte contre le terrorisme engagée ici, c’est important. Car qui peut croire que si demain, après-demain, un régime de type taliban s’installait dans l’un de vos pays, au nord de l’Afrique, l’Europe et la France pourraient considérer qu’ils sont en sécurité ? Et j’appelle chacun à réfléchir à cela. Et c’est bien la raison pour laquelle je souhaite que l’énergie du futur, le nucléaire, des pays comme le vôtre puissiez y accéder. Parce que, grâce à l’énergie du futur, on aura le développement et la croissance et donc la misère qui reculera. Et vous savez parfaitement que les terroristes se nourrissent de la misère et de l’exploitation des peuples. Et c’est par le savoir et par la croissance qu’on luttera contre les terroristes. Et je sais aussi qu’on ne combat pas les terroristes -j’ai été ministre de l’Intérieur- avec les méthodes des terroristes. Et c’est pourquoi je suis si attaché à la coopération entre nos services.
La France est fière d'être le premier partenaire de la Tunisie dans tous les domaines. Soyez convaincu, Monsieur le Président de la République, qu'elle entend rester résolument aux côtés de la Tunisie pour vous aider à poursuivre l'œuvre de modernisation et de développement qui est la vôtre. Et je mesure bien ce que cela peut représenter comme effort dans un pays comme le vôtre que de tirer toute la société vers le développement, vers le savoir et vers le respect des individus.
La relation entre nos deux pays est faite de confiance, de respect, d'estime et d'amitié. Elle est tournée vers l'avenir.
C'est fort de cette conviction Monsieur le Président de la République que je veux lever mon verre à votre bonheur personnel, au bonheur de votre famille si cruellement endeuillée, il y a peu de temps, lever mon verre au bonheur de votre peuple et de la Tunisie et vous dire, Monsieur le Président de la
République, au nom de la délégation que je conduis et, si elle le permet, au nom de mon épouse, combien nous avons été sensibles à la chaleur de votre accueil.
Mesdames et Messieurs, Vive la Tunisie ! Vive la France !
Vive l’amitié entre les peuples tunisien et français !

Vaut mieux un Ben Ali qu'un Ben Laden...


Nicolas Sarkozy s'adressant à son homologue tunisien:

"Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m'ériger en donneur de leçons. Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse [en Tunisie]. J'ai pleinement confiance dans votre volonté de vouloir continuer à élargir l'espace des libertés en Tunisie. Qui peut croire que si demain, après-demain, un régime du type taliban s'installait dans un de vos pays au Nord de l'Afrique, l'Europe et la France pourraient considérer qu'elles sont en sécurité ? J'appelle chacun à réfléchir à cela."

La sécurité: voilà la raison et l'enjeu du "soutien" et de "l'estime" de Sarkozy et de l'Union Européenne aux dirigeants nord africains. La pensée de Sarkozy peut se traduire ainsi : tout pays arabo-musulman est susceptible de se "talibaniser", indépendamment de son histoire, de son voisinage, de ses progrès, de son degré d'ouverture et des aspirations de son peuple. Et ce peuple, l'un des plus éduqués du monde arabo-musulman, lui a-t-on demandé son avis? Un peuple qui est réduit dans ces propos au statut de marionnette assistée...et incapable de décider de son propre sort!

Mise à jour: Je reprends une partie de l'éditorial du Monde d'aujourd'hui, en réaction aux déclarations de Sarkozy, et auquel biensûr j'adhère:

Le chef de l'Etat est ainsi parfaitement fondé à vouloir développer plus avant les relations avec la Tunisie. C'est de bonne politique et de bon voisinage, avec un partenaire méditerranéen que la France ne saurait ignorer. M. Sarkozy aurait dû s'en tenir là. Il a cru devoir aller plus loin, et il a eu tort.

Lors d'un dîner offert par le président Zine el-Abidine Ben Ali, le chef de l'Etat français a assuré : "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse (en Tunisie). Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer." C'est une contre-vérité. Aucune ONG, aucun observateur sérieux, tunisien ou étranger, ne peut porter un tel jugement. Dans un pays où le président s'installe au pouvoir à vie, fait tabasser par des voyous, emprisonner, voire torturer, ses opposants et ne tolère qu'une presse à son service, "l'espace de liberté" régresse. Personne ne demandait à M. Sarkozy de se poser, comme il l'a dit, en "donneur de leçons". Le chef de l'Etat aurait pu choisir le silence, qui eût été une forme de décence. Avec ce satisfecit décerné au régime Ben Ali, il fait une bien mauvaise manière aux courageux démocrates tunisiens.

Pourquoi ? Probablement au nom de ce raisonnement : c'est Ben Ali ou les islamistes. Voilà qui ajouterait l'erreur d'analyse à la contre-vérité : l'islamisme se nourrit de la suppression de toute opposition, de toute vie démocratique ; il fleurit sur le terreau de l'autocratie, quand la mosquée devient le seul espace de contestation. A Tunis ou ailleurs.

26 avril 2008

Déclarations avant la visite de Nicolas Sarkozy en Tunisie

Questionné sur ses attentes lors de la visite de 3 jours du président Sarkozy en Tunisie à partir de Lundi 28 Avril, le président de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH), Me Mokhtar Trifi, a déclaré: "Le commerce, l'énergie, la lutte contre le terrorisme, c'est important, mais M. Sarkozy doit aussi utiliser sa grande influence sur la Tunisie pour y promouvoir la démocratie".

Questionné sur les projets du président Sarkozy lors de sa prochaine visite en Tunisie, un diplomate français a déclaré: "Tout n'est pas parfait, mais il est important de souligner ce que sont les réalités de la société tunisienne d'aujourd'hui" citant le statut de la femme "sans équivalent dans les pays arabes" ou "le moratoire sur la peine de mort". "Un dialogue confiant est peut-être plus productif que des proclamations publiques dont on sait qu'elles ont le don de provoquer une crispation".

Sarkozy a prévu dans son programme de visite un bain de foule sur l'Avenue Habib Bourguiba Lundi à 17h, une cérémonie de dépôt de gerbe au monument des Martyres de Séjoumi et une visite de la Médina de Tunis et de la Mosquée Zitouna mardi matin, une visite du site archéologique de Carthage et une allocution à l'Institut National des Sciences Appliquées et des Technologies (INSAT) Mercredi.

Dans sa valise : une centrale nucléaire, quelques airbus et quelques rames de métro.

AFP et l'Elysée

09 janvier 2008

Entre le croissant et le bâton...





Invité hier lors d'une conférence de presse à s'exprimer sur sa politique internationale, Nicolas Sarkozy a affirmé qu'il vallait mieux "aider" Abdelaziz Bouteflika et Hosni Moubarek, que de devoir traiter avec "les talibans en Algérie" et "les frères musulmans en Egypte"...

Le raccourci pris par le président de la rupture est assez habile pour justifier le choix de la continuité en ce qui concerne la diplomatie française dans le monde arabe. Et cette opinion figée est largement partagée en Occident: il n'y aurait que deux modèles de gouvernance possibles dans les pays arabes: les islamistes sanguinaires ou les dictatures trentenaires...

On peut se demander d'où vient ce mythe? Il est vrai que la récente histoire politique des pays arabo-musulmans ne nous révèle guère plus d'alternatives: en ne tenant pas compte des rares monarchies musulmanes, seuls des Etats islamiques et des dictatures se sont succédés ou perpetués dans ces pays. En l'abscence d'une forte opposition démocrate (ce qui est souvent le cas dans les pays concernés), l'islam politique s'impose souvent comme l'unique alternative à un gouvernement autoritaire et corrompu. De la même manière, un chef sécuritaire et autoritaire s'impose comme l'unique rempart aux mouvances islamiques dures. Ces deux formes de gouvernance se perpétuent et se complètent, l'une ayant besoin de l'autre pour subsister.

Mais l'occident n'a pas créé ce mythe. Cette croyance a été largement soutenue et défendue par les dictatures elles-mêmes, pour se crédibiliser et se maintenir. "Soutenez-nous, sinon c'est aux islamistes que vous aurez affaire!" : c'est en gros l'argument avancé par les chefs arabes depuis des années, et ca marche! Pour mettre tout le monde d'accord et se conforter dans ses croyances de part et d'autre, des contrats en milliards de dollars et de la bonne coopération en matière d'immigration suffisent généralement...

Il reste donc aux peuples arabes de choisir entre les deux alternatives, entre deux maux...Quel triste sort!!...Un dicton populaire tunisien dit "il n'y a rien à choisir dans un tas de merdes"...Dicton certes pas très fin, mais à méditer quand même...

23 août 2007

Le régime spécial Paris-Match!

La photo Paris-Match

La photo Reuters

Soucieux de l'image du président, l'hebdimadaire Paris-Match a pris soin de "supprimer" l'excès de graisse apparant sur des photos prises de Nicolas Sarkozy. La retouche est au niveau des poignés d'amour. C'est vrai qu'il est mieux sans:) Décidemment, les médias français ne veulent surtout pas fâcher le président...




11 juillet 2007

Actualité




La cause des embouteillages d'hier est un camion qui a percuté un pont de passage pietons sur la route de la charguia. Pont qui est d'ailleurs souvent boudé par les piétons qui préfèrent avoir des poussées d'adrenaline en traversant directement la route, à leurs risques et périls...Par mesure de sécurité, ils ont dû interdire la circulation sur cette route. Ce matin, elle était à nouveau fonctionnelle.

10 juillet 2007

Blocus Sarkozus


Routes fermées, drapeaux français, barages policiers, circulation bloquée, gens énervés...et 30 mn de retard au boulot ce matin. A croire qu'on s'apprête à fêter le 14 Juillet en Tunisie, 4 jours avant la France...Mais non, on attend juste la visite de Sarko, qui par la même occasion va bloquer la ville par sa présence durant tout son séjour. Au menu de la visite: une hyper promo d'un hyper président de sa grande et nouvelle invention: l'Union Méditéranéenne, une sorte d'Union Européenne "made in China" (bas de gamme), ou Union simplifiée comme son nouveau traité européen...C'est aussi une excellente manière de détourner toute envie des pays méditéranéens et voisins de l'Europe de vouloir rejoindre l'Union des 27 un jour dans le futur...Président Sarko, on vous a rien demandé, car nous on aura mieux: nos Etats Unis d'afrique (USAf):))) et cela grâce à notre Maamer international...Mais qu'est ce qu'ils ont tous à vouloir créer des Unions? On a déjà du mal à gérer et mettre en oeuvre nos Unions existentes (le Maghreb), penser alors à en créer d'autres est tout simplement inopportun...